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Le monde inattendu de Muriel Barbery

Muriel Barbery est l’auteur de L’Élégance du Hérisson, best-seller des deux côtés de l’Atlantique. Elle s’est entretenue avec le journaliste et essayiste Adam Gopnik, au cours du PEN World Voices Festival, qui s’est terminé dimanche dernier à New York.

Modeste, Muriel Barbery, qui frôle la quarantaine, a evoqué pour le public venu nombreux au Cantor Film Center l’origine de son œuvre, ses méthodes et influences. L’Élégance du Hérisson est son deuxième roman et a pour décor un immeuble chic du 7ème arrondissement de Paris. Elle y décrit l’improbable amitié qui se développe entre une concierge et une adolescente, « deux âmes solitaires qui vivent des moments d’éternité ».

L’idée de ce roman est venue par hasard à l’écrivain, après la parution de son premier livre. « J’y avais décrit la concierge de façon très vulgaire, selon l’image que j’avais de ce genre de personne. Mais mon éditeur m’a dit : « Vous êtes écrivain. Vous pourriez la faire de parler de n’importe quelle manière… Comme la Duchesse de Guermantes… » Alors j’ai écrit les 10 premières pages et n’y ai pas changé une virgule. Au début c’était une concierge érudite, pas forcément philosophe. Cela est venu plus tard. »

Adam Gopnik, lui, n’est pas à l’aise avec le terme « concierge ». Il préfère « gardienne ». « Je ne suis pas consciente d’une différence », répond-elle. «  Concierge est un terme plus ancien. Je n’ai jamais fréquenté la haute bourgeoisie. Des gens m’ont posé des questions sur le Duc de Breteuil, par exemple, qui est censé vivre dans la rue que je décris. C’est un monde éloigné du mien, un monde inventé. »

Pour Adam Gopnik, la jeune Paloma est un personnage d’adolescente merveilleux. « Cette idée de petite fille m’est arrivée très tardivement – j’avais déjà écrit les trois quarts du livre. Mon mari m’a dit qu’elle lui plaisait bien, que je devais lui donner une voix plus substantielle », explique Muriel Barbery en avouant que son mari participe activement à la conception de ses livres.

C’est son mari qui a initié l’écrivain à la culture japonaise. L’amour du Japon et de la culture japonaise est en effet l’un des points communs que partagent la concierge et la jeune fille. « Après avoir vu un film japonais d’Ozu, Une histoire de Tokyo, je suis tombée vraiment amoureuse du Japon, qui est au cœur de l’histoire. J’étais éblouie par le sens de la beauté. Mais je n’avais jamais mis les pieds au Japon quand j’ai écrit ce livre. » Aujourd’hui elle habite à Kyoto. « Notre rêve s’est concrétisé. » Sans pour autant rejeter la culture française. « Les Français aiment le superfétatoire, l’embellissement, l’ornementation excessive. Les Français font beaucoup avec beaucoup, et les Japonais font beaucoup avec rien. Là, je dois avouer que je suis très française – j’aime le style français. »

Gallimard, l’éditeur de L’Élégance du hérisson a vendu les droits à 45 éditeurs dans le monde. Muriel Barbery ne s’attendait pas à un tel succès. « En septembre 2006, quand ce deuxième roman est paru en France, ils en ont imprimé 4000 exemplaires, et on priait qu’ils soient tous vendus. »

Prière excaucée donc, et ce malgré un dénouement qui, comme le rappelle un spectateur, n’a pas satisfait tous les lecteurs. Réponse de Muriel Barbery : « Un roman n’est pas quelque chose comme la politique, que l’on défend. C’est une intuition, Je dois avouer que je ne pense absolument pas aux lecteurs – pas du tout pour les provoquer. L’écriture est une sorte de transe qui mène à des choses inattendues. »

Elle a reçu beaucoup de courrier de lecteurs indignés par cette fin. « Je les ai compris », dit-elle. « Ils ont suggéré des dénouements alternatifs. Il y a beaucoup de pages dans le roman dont je ne suis pas satisfaite. Mais je suis contente des derniers mots du roman. »

 

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