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Le New York de Tomi Ungerer

Après quinze ans d’absence sur le sol américain, le dessinateur alsacien Tomi Ungerer revient sur la côte Ouest.  Alors que le Eric Carle Museum of Picture Book Art de Amherst (MA), lui consacre une grande exposition pour célébrer ses 80 ans, il se souvient de ses années new-yorkaises.

Malgré la fatigue, c’est un homme à la verve rieuse qui répond au téléphone. « Je suis dans mon assiette, mais elle est plutôt ébréchée. Vous savez à mon âge… ». C’est en effet, à l’occasion de ses 80 ans qu’il fêtera en novembre,  que Tomi Ungerer, auteur de livres pour enfants et pour adultes, a décidé de revenir dans le pays qui lui a donné ses premiers succès.

« J’étais sur la liste noire publiée par le FBI »

Depuis Philadelphie, où l’Alsacien s’est arrêté le temps de donner une conférence, il se souvient de son arrivée à New York, en 1956. « C’était comme un conte de fées. Je suis arrivée avec soixante dollars en poche et, au bout d’un an, mon premier livre (Les Mellops font de l’avion, 1957, ndrl) était publié. » Sa rencontre avec Ursula Nordström, des éditions Harper&Row, lui permettra de publier pas moins de 90 ouvrages.

Né à Strasbourg, sous le nom de Jean-Thomas Ungerer, il passe son enfance sous l’occupation nazie pendant la Seconde guerre mondiale. Une période de sa vie qui le marquera à jamais.

« À 8 ans, j’avais déjà toutes mes opinions actuelles sur la violence, le fascisme, la ségrégation. » Des thèmes dont il se fera un fervent critique, notamment pendant les 14 ans qu’il passera aux Etats-Unis. « C’était l’époque de McCarthy. Puis, il y a eu la guerre au Vietnam, le Mouvement des droits civiques. Ma vie a pris un tour plutôt engagé. J’étais sur la liste noire publiée par le FBI. »

De la rédaction de Playboy à la construction de l’amitié franco-allemande

Durant ses années américaines, il autopublie en 1966 The Party, une œuvre dans laquelle il exprime toute son aversion pour la société d’élite de New York, suivie de Fornicon, une satire érotique. «  Il y a un aspect anglo-saxon hypocrite chez les Américains, qui n’aiment pas l’humour slogan, l’humour coup de poing », se rappelle celui qui a été critique culinaire pour Playboy. « Et encore, dans les années 1960, nous pouvions faire à peu près tout ce que nous voulions. À New York, il y avait un vrai soulèvement. »

Des prises de positions politiques qui dérangent, un coup de crayon un peu trop licencieux, Tomi Ungerer est alors banni des librairies et bibliothèques de l’Amérique puritaine. Pendant des années, aucun éditeur n’acceptera de le publier.

De retour en Europe, après un passage par le Canada, c’est un autre combat qui attend cet éternel subversif. Celui des relations franco-allemandes d’après-guerre. Celui de la construction du Rhin comme une colonne vertébrale à l’Europe, avant son engagement aujourd’hui pour faire de même avec le Danube et les anciens pays de l’URSS. « Il me faut des causes pour me battre. J’ai toujours préféré les barricades à un embouteillage. » En 1972, il dessinera même les affiches pour la campagne électorale du Parti sociale démocrate allemand de son ami Willy Brandt.

Bientôt une autobiographie

Installé en Irlande, près des falaises qu’il affectionne tant, il n’avait pas mis les pieds aux États-Unis depuis quinze ans. « Il faut vivre avec son temps, mais New York a bien changé. Les gratte-ciels sont épouvantables, il n’y a plus de kiosques, il faut courir des blocs pour trouver une librairie, la télévision est systématiquement écœurante et du plus bas niveau. »

Cela ne l’empêche pas d’avoir un regard tendre et poétique pour la Grosse Pomme, qui lui a donné le ton et l’inspiration de ses histoires pour enfants. « Il y a tellement de nationalités dans cette ville que la plupart des gens ne se comprennent pas. Il ne leur reste que des sourires et des larmes pour communiquer. »

Certains de ses ouvrages, à l’image de The Three Robbers (Les Trois brigands, ndrl), Moon Man (Jean de la Lune, ndrl) et Otto: The Autobiography of a Teddy Bear (Otto: l’autobiographie d’un ours en peluche, ndrl), non disponibles pendant plus de trente ans aux États-Unis, viennent d’être réédités par Phaidon Press.

À l’aube de ses 80 printemps, l’écrivain a même mis un point final à un nouveau livre jeunesse, consacré aux jeux de mots en anglais. Sculpteur à ses heures, Tomi Ungerer s’occupe aussi du musée qui porte son nom, ouvert en 2007 à Strasbourg. En parallèle, il prépare son autobiographie.

Pour en savoir plus :

http://www.tomiungerer.com/

Tomi Ungerer sera à la Free Library of Philadelphia (PA)  le 14 juin pour une discussion modérée par Tony Auth sur le thème «  Tomi Ungerer, Subversive Genius ». L’entrée est gratuite. Début à 7 pm.

Le 19 juin, Tomi Ungerer sera au Eric Carle Museum of Picture Book Art de Amherst (MA) pour inaugurer l’exposition Tomi Ungerer: Chronicler of the Absurd (jusqu’au 18 octobre 2011) et dédicacer ses ouvrages. Rendez-vous à 1 pm.

En France, le Musée Tomi Ungerer présente jusqu’au 7 août 2011 une exposition baptisée Ogres, brigands et compagnie, Les livres pour enfants de Tomi Ungerer. C’est la première rétrospective de ses dessins de livres pour enfants. L’exposition est centrée sur ses productions de la période new-yorkaise (1956-1971). Elle regroupe environ deux cents oeuvres dont une centaine de dessins originaux exceptionnellement prêtés par la Free Library of Philadelphia (PA).

 

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