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Le Nobel de la Paix donné à l’Union européenne, enlisée dans la crise

Le prix Nobel de la Paix a été attribué vendredi à l’Union européenne aujourd’hui empêtrée dans la crise de la zone euro mais qui a contribué à pacifier un continent ravagé par deux guerres mondiales.

“L’UE et ses précurseurs contribuent depuis plus de six décennies à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme en Europe”, a déclaré à Oslo le très europhile président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, dont le pays, paradoxalement, n’est pas membre de l’Union. Le Nobel est attribué sur fond de désunion des Etats européens, dont la solidarité est actuellement mise à rude épreuve: les riches économies du Nord traînent des pieds pour venir en aide aux pays du Sud financièrement asphyxiés par une dette publique excessive et soumis à des cures d’austérité.

Ce test, dont les résultats sont encore en suspens, a d’ores et déjà révélé de profondes fissures dans l’édifice européen, déjà en mal de popularité au sein des opinions publiques pour qui Bruxelles est souvent éloigné et trop bureaucratique. Les dirigeants de l’UE ont naturellement salué cette récompense.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy a souligné que les Européens sont parvenus “à surmonter la guerre et les divisions” pour “former ensemble un continent de paix et de prospérité”. “Un grand honneur pour l’ensemble de l’Union européenne, pour ses 500 millions de citoyens”, a aussi affirmé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Parmi les poids lourds européens, la chancelière allemande Angela Merkel a salué une “décision formidable”. En France, l’Elysée a estimé que le Nobel conférait à l’Europe “une responsabilité encore plus grande, celle de la préservation de son unité, de la capacité à promouvoir la croissance et l’emploi, et de la solidarité à l’égard de ses membres”. Même la Grande-Bretagne, peu connue pour son europhilie, a souligné que l’UE devait “préserver et renforcer ses acquis dans l’avenir”.

Mais ailleurs, notamment sur la toile, certains commentaires étaient plus acerbes comme cet internaute qui confiait sur Twitter que “cette façon de décorer les gens à titre posthume m’a toujours fait sourire” ou le philosophe Michel Onfray qui remarquait “l’Europe pas prix Nobel de la paix sociale…”. Reconnaissant que “l’UE connaît actuellement de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables”, M. Jagland a fait valoir qu’elle avait contribué à muer l’Europe “d’un continent de guerre vers un continent de paix”. “Aujourd’hui une guerre entre l’Allemagne et la France est impensable”, a-t-il dit.

Née sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale sous l’impulsion des six pays signataires du Traité de Rome en 1957, l’UE, alors baptisée Communauté économique européenne, a aidé à stabiliser un continent coutumier des conflits. Malgré des crises de croissance récurrentes, l’union a lié les destins des ennemis d’hier et est devenue le plus grand marché commun et la première puissance économique au monde. Au fil des ans, le projet s’est étoffé et étendu jusqu’à englober 27 Etats situés il n’y a pas si longtemps des deux côtés du “Rideau de fer” et affichant de grandes disparités économiques, sociales et culturelles mais qui partagent notamment aujourd’hui, pour 17 d’entre eux, une monnaie unique.

Selon le président du comité, par ailleurs secrétaire général du Conseil de l’Europe, il reviendra à l’UE de choisir qui viendra recevoir le prix à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel. En visite à Helsinki, M. Van Rompuy a appelé à “savourer” le Nobel avant de trancher cette question — révélatrice de la direction extrêmement polycéphale de l’union.

Ce prix de la Paix est un pavé dans la mare en Norvège, opulente nation où la prestigieuse récompense est décernée et qui a elle-même rejeté une adhésion à deux reprises lors des référendums de 1972 et 1994. Près de trois habitants sur quatre diraient aujourd’hui “nei” à l’UE, selon les derniers sondages. Tout en félicitant l’UE, le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a de nouveau exclu une adhésion de son pays. Avec ce prix qui consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 8 millions de couronnes suédoises (920.000 euros), le comité Nobel répare un oubli historique, nombre de commentateurs s’accordant à dire qu’après Gandhi, le projet européen était l’autre “grand absent” de la famille des lauréats.

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