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Le parcours en accords majeurs d’Emmanuel Morlet

Emmanuel Morlet, directeur du bureau de la musique des services culturels de l’ambassade de France, vient d’être nommé directeur artistique du Green Music Center à l’université de Sonoma State, à Rohnert Park près de San Francisco. Pour France-Amérique, il revient sur son expérience et évoque ses futures responsabilités sur la côte Ouest.

Emmanuel Morlet se définit comme “parfaitement œcuménique”. “J’ai un grand respect pour tous les créateurs, qui œuvrent dans le genre populaire ou savant.” Dès ses débuts, Morlet est convaincu qu’il faut impliquer directement les Américains. La “vieille école”, qui cherchait à imposer la culture française, n’est plus tenable. De plus, la France ne dispose pas de réseau de diffusion en Amérique, d’où la nécessité des partenariats. Très peu d’Alliances Françaises disposent de moyens suffisants pour produire des spectacles.

En quinze années au bureau de la musique, “un record”, la présence de la production française aux Etats-Unis a bien changé. Lorsque le Franco-Américain débute son travail, presque tout est à faire. En 1998, Emmanuel Morlet s’installe dans ses bureaux new-yorkais en assistant puis participant à l’arrivée de la French touch, ce mouvement électro-pop qui a depuis permis de “dé-ringardiser la France”. Dans ce cadre, Morlet organise la venue des Daft Punk, qui montent leur premier live à l’occasion de la présentation d’une collection du musée Beaubourg au Guggenheim. Dans leur sillage, une nouvelle scène électro se fait connaître aux Etats-Unis. Ce sont les débuts américains des groupes Air, Paris is burning, Cassius, Dimitri from Paris, Motorbass. Avec l’aide des services culturels, le groupe Phoenix joue aussi ses premiers accords dans des salons professionnels américains.

La promotion des musiques dites du monde est le deuxième grand projet d’Emmanuel Morlet. Jusqu’alors, ce genre musical était lié à des communautés, des quartiers, et restait confidentiel. New York découvre ainsi que Paris était la capitale mondiale des musiques du monde. Aucune distinction n’est faite entre les artistes francophones ou non. Amadou et Mariam sont lancés en Louisiane, Césaria Evora et Youssou N’Dour deviennent des références au-delà de l’Hexagone.

Troisième axe fort de l’action d’Emmanuel Morlet : la musique classique contemporaine, une de ses spécialités. Avec l’aide de Pierre Boulez, déjà célèbre aux Etats-Unis, de nouvelles générations de compositeurs accèdent à la reconnaissance (Pascal Dusapin, Philippe Manoury). En 2003, le bureau de la musique organise le festival Sounds French. Quarante concerts ont lieu en un mois à New York, regroupant 25 compositeurs. Le festival est financé aux deux tiers par les partenaires américains, le Philarmonic et le Carnegie Hall.  Le festival se déroule alors que les discours belliqueux de l’administration Bush se renforcent et que le ciel s’assombrit en Irak. Morlet souhaite s’assurer que les coopérations internationales, dont le festival, se poursuivront même en période de tensions. Ses partenaires américains le rassurent : ils tiennent particulièrement à cet événement. L’Amérique ne se replie pas sur elle-même, la culture reste à l’abri du French bashing. La même année, sous l’impulsion de Morlet, les musiques du monde font leur entrée avec succès au festival Global Fest de New York.

Dans la foulée de ces succès, un fonds américain pour la musique contemporaine est créé, puis un fonds pour le jazz en 2006, après le festival French Quarter. Chaque année, un jury franco-américain de professionnels de l’industrie musicale décide quel projet sera soutenu, sans que le bureau de la musique ne prenne part au vote. Les logiques de cofinancement et la recherche de sponsors provoquent un changement culturel pour l’ambassade. L’Etat français est d’abord réticent à l’idée de soutenir ce qu’il considère comme une délégation de pouvoir. Avec le temps, ces pratiques innovantes se sont installées, les programmes d’échanges musicaux se sont pérennisés.

Le 1er mars, Emmanuel Morlet prendra ses fonctions de directeur artistique du nouveau et grandiose Green Music Center. Situé sur le campus de l’université de Sonoma State, dans le vignoble aux portes de San Francisco, le centre ambitionne d’atteindre rapidement une dimension nationale voire internationale. Le Weill Hall compte 1 400 places à l’intérieur, et s’ouvre sur l’extérieur et ses 4 000 autres places. Une deuxième salle, le Schroeder Hall, sera livrée à l’automne et un troisième espace pouvant accueillir 10 000  personnes à l’extérieur est aussi prévu. Le projet est estimé à 250 millions de dollars et a pu être finalisé grâce à l’intervention financière de son chairman, l’ancien banquier Sanford Weill.

La mission éducative et culturelle du centre va bien au-delà du campus. En terme de programmation, le nouveau directeur artistique ne peut pas dévoiler l’ensemble de la sélection pour le moment. 80 % des événements seront consacrés à la musique, célébrée dans toute sa diversité (classique, actuelle, folk, pop, rock, baroque et jazz). Emmanuel Morlet souhaite que le centre se transforme rapidement en un haut-lieu culturel, en développant les coproductions internationales, à la recherche des accords parfaits.

 

Plus d’informations sur le Green Music Center : http://gmc.sonoma.edu/

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