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Le premier dictionnaire innu-français est dans les bacs !

La disparition d’une langue, c’est une partie de l’humanité qui s’en va. Mais s’il surgit un dictionnaire quelque part, il y a de bonnes chances que cette langue soit toujours vivante.

Kuei ! Tan eshpanin ? Oups ! Vous en perdez votre latin, ou plutôt votre innu-aimun ? Ce “bonjour, comment ça va ?”, c’est du montagnais, l’une des langues autochtones les plus vivantes au Québec. Avec environ 20 000 individus, les Innus – ou “êtres humains” en innu-aimun – se retrouvent dans une dizaine de villages et réserves sur la Côte-Nord et au Saguenay-Lac-St-Jean et, dans une proportion bien moindre, dans la péninsule Est du Labrador, appartenant à la province canadienne de Terre-Neuve-Labrador.

Riches sur le plan artistique avec des chanteurs, des écrivains, des slammeurs ou encore des vidéastes, les Innus se devaient de se doter d’un ouvrage rassemblant l’ensemble de leur vocabulaire. C’est là qu’apparaît le Dictionnaire innu-français que vient de publier l’Institut Tshakapesh de Uashat au Québec, sous la direction de José Mailhot et de Marguerite MacKenzie.

Un travail de terrain

La consultante en linguistique Yvette Mollen, membre du comité éditorial pour le dictionnaire, explique qu’il aura fallu sept ans pour arriver à cet ouvrage rassemblant plus de 27 000 mots, grâce notamment à la patience d’une douzaine de collaborateurs colligeant sur le terrain l’ensemble du corpus lexical.

Si les premiers mots innus avaient été répertoriés aux XVIIe et XVIIIe siècles, certains dictionnaires avaient toutefois vu le jour au XXe siècle. Mais ils ne portaient que sur des mots originaires de certaines communautés et non sur l’ensemble de la nation innue. Le Dictionnaire innu-français est, lui, un rassembleur. Tout en normalisant l’orthographe, Yvette Mollen estime que les spécialistes ont vraiment “essayé de tout mettre dans le dictionnaire ; on ne voulait pas dire qu’un mot était meilleur qu’un autre.” C’est ainsi que le mot “balai” peut être désigné par plusieurs mots innus selon la communauté d’origine. C’est une question de respect.

Concrètement, chaque mot, outre sa définition, est accompagné de sa prononciation phonétique avec ses variables régionales. Parcourir cet ouvrage, c’est découvrir un peu l’âme du peuple innu, puisqu’on y découvre que les Innus ont des mots désignant des concepts animés et inanimés. Conçu avant tout pour les Innus, une version française-innue devrait bientôt voir le jour tout comme une version anglaise-innue.

La version papier du dictionnaire est disponible en contactant directement l’Institut Tshakapesh (www.tshakapesh.ca ou (418) 968-4424). On peut aussi jeter un œil à sa version numérique dont la particularité sera d’être enrichie au fil des mois de mots nouveaux.

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