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Le prix de l’amour

Audrey Tautou et Gad Elmaleh s’en donnent à cœur joie dans Hors de prix, une comédie piquante sur le matérialisme.

Souvenez-vous de Breakfast at Tiffany’s (Diamants sur canapé), de Blake Edwards, inspiré par une nouvelle de Truman Capote. Un film aimable, plaisant à regarder, truffé de jolies créatures baignant dans le luxe. Mais aussi une critique de la haute-société new-yorkaise et des excès qu’elle suscite. Ce classique a inspiré à Pierre Salvadori une fable contemporaine située dans la jet-set du sud de la France.

Irène, une jolie gigolette, traîne dans les hôtels de luxe à la recherche d’un homme qui saura lui offrir ce qu’elle mérite. Elle tombe sur Jean, un serveur de bar qu’elle prend pour un riche client de l’hôtel. Timide, il n’ose pas contredire la belle qui, découvrant qu’elle s’est fait berner, l’abandonne là. Mais Jean est ferré, et va déployer tous ses charmes pour la reconquérir.

Pierre Salvadori est un réalisateur atypique dans le paysage du cinéma français. Ni vraiment un cinéaste populaire – malgré un public fidèle, voire conséquent pour Hors de prix, totalisant plus de 2 millions de spectateurs en France – il ne se revendique pas non plus du cinéma d’auteur. Axé sur la comédie haut de gamme, il divertit avec des acteurs triés sur le volet, un scénario tiré au cordeau, et des dialogues gentiment drôles. Fortement influencé par Ernst Lubitsch et Gregory La Cava, il crée, à partir d’un quiproquo, une situation comique dans laquelle, à cause des impératifs de la vie, le drame s’invite insidieusement. Plus ses personnages, des anti-héros, révèlent leurs failles, plus on les aime. Ils possèdent ce petit supplément qui les distingue de leur voisin, comme la mythomane de Comme elle respire (Marie Trintignant) ou le sommelier suicidaire dans Après vous (José Garcia). Ce défaut, le ressort de la comédie, les rend très humains. "Ce sont des personnages qui me bouleversent. Ils désirent accéder au monde et en faire partie, alors qu’ils n’ont rien pour ça. Ils n’ont pas le "mode d’emploi". Comme beaucoup de mes personnages, Jean est un soumis, écrasé par sa timidité, que ses désirs vont émanciper", explique Pierre Salvadori.

Il réunit ici deux acteurs furieusement tendance, les gratifie d’une image somptueuse, d’un décor de conte de fée, et d’une garde-robe luxueuse. L’ensemble est un peu artificiel au début, mais l’alchimie se crée, surtout quand le réalisateur sort de l’hôtel, et que les paysages et le soleil de la Côte d’Azur illuminent cette comédie et leurs acteurs. On tombe alors sous le charme de la gouaille d’Audrey Tautou et de l’innocence un peu mièvre de Gad Elmaleh.

Par-dessus tout, se pose la question de l’engagement, de l’amour, et de l’argent. Irène ne peut pas aimer Jean parce qu’il n’est pas riche, et c’est tout ce qui lui importe. De même Jean, prêt à tout pour charmer sa belle, va manquer de se convertir à son cynisme, avant de se demander si l’amour est vraiment à ce prix.


Hors de prix (Priceless)
, de Pierre Salvadori, avec Audrey Tautou et Gad Elmaleh. Durée : 1 h 44 min.

Actuellement sur les écrans américains, voir la liste des salles.

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