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Le régime syrien gagne la bataille de Homs mais pas la guerre

Le régime syrien a gagné la bataille de Baba Amr à Homs face à une rébellion faiblement armée mais cette victoire militaire ne résout en rien l’impasse politique dans laquelle il se trouve, estiment des analystes.

Devenu l’un des symboles de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, assiégé et bombardé pendant près d’un mois, le quartier rebelle de Baba Amr a été repris jeudi par l’armée régulière, les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) préférant se retirer. “Le régime n’a fait que démontrer une évidence: un rapport de force qui penche massivement en sa faveur sur le plan militaire”, estime Peter Harling, directeur du projet Egypte-Syrie-Liban pour International Crisis Group. Mais “les victoires du régime sont toujours très provisoires”.

Une victoire militaire à Baba Amr ou ailleurs ne peut cacher l’incapacité du régime à résorber la crise qui l’oppose “à des centaines de milliers voire des millions de personnes” en Syrie, insiste M. Harling. Depuis le 4 février, les rebelles de Baba Amr n’avaient que des armes légères et moyennes à opposer à l’artillerie lourde de l’armée. Faute du soutien aérien étranger dont ont bénéficié les rebelles libyens, ils ont finalement choisi le repli tactique pour éviter, selon eux, un bain de sang.

“La victoire de Baba Amr va donner un élan au régime”, affirme Shadi Hamid, du Brookings Doha Center. Mais “la rébellion n’a pas été écrasée”. “L’opposition, les rebelles ont tellement perdu qu’ils ne peuvent plus arrêter”, ajoute-t-il en référence à la répression qui a fait plus de 7.500 morts selon l’ONU. “Le régime peut se faire valoir d’une victoire mais c’est évident qu’il n’a pas gagné la guerre”, insiste Agnès Levallois, experte du Moyen-Orient basée à Paris.

Selon elle, le régime ne pouvait pas se permettre de laisser Baba Amr aux mains des insurgés en raison de l’importance stratégique de Homs, troisième ville du pays. Mais “cela ne va pas brider la volonté de l’opposition de continuer à se battre”, dit-elle. D’après une source de sécurité à Damas, “prendre Baba Amr était très important car c’était la destination finale de l’armement qui arrivait en Syrie avant d’être distribué”.

Dans cette lutte à la vie à la mort pour les deux camps, le régime a peut-être marqué un point, mais il reste aux abois, selon les analystes. “Sur le plan politique, le régime n’avance pas: il rallie ce qui reste de ses bases sociales, tout en promettant d’écraser le reste de la société et cela ne produit pour l’instant aucun résultat durable”, estime M. Harling.

Avec la démonstration de force à Baba Amr, le président Assad, fort du soutien russe, semble de toute évidence privilégier l’option militaire pour vaincre l’opposition, ignorant les appels quotidiens des chefs d’Etats arabes et occidentaux ainsi que les différents trains de sanctions. “Plus le régime pense qu’il va gagner, moins il est enclin à engager des négociations”, estime M. Hamid. “Le régime est pour l’instant très à l’aise, il ne sera contraint de changer d’approche que si le rapport de force change sur le plan militaire ou en cas d’une initiative politique en faveur d’une transition négociée incluant un soutien de la Russie”, estime M. Harling.

De plus en plus conscient du blocage, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition au départ opposé la militarisation, a annoncé la formation d’un “bureau militaire” pour superviser la livraison d’armes aux rebelles. Le CNS “comprend que le vent tourne, que la militarisation est une option plus crédible, qu’il y aura des ressources, il veut en faire partie et crée ainsi sa propre structure”, explique M. Harling. Selon Mme Levallois, “on risque d’entrer dans une étape extrêmement dangereuse (…). La militarisation, c’est entrer dans une guerre civile qui peut durer des mois et des mois”, selon Mme Levallois.

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