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Le renvoi des Roms met le feu aux poudres entre Paris et Bruxelles

Nicolas Sarkozy a suggéré mercredi à la commissaire européenne Viviane Reding, qui a critiqué les renvois de Roms par la France, d’accueillir des Roms au Luxembourg, son pays d’origine, ont indiqué des sénateurs UMP à l’issue d’un déjeuner avec le chef de l’Etat.

“Il dit qu’il ne faisait qu’appliquer les règlements européens, les lois françaises et qu’il n’y avait absolument rien à reprocher à la France en la matière mais que si les Luxembourgeois voulaient les prendre il n’y avait aucun problème”, a rapporté le sénateur de Haute-Marne, Bruno Sido.

“Il a dit que notre politique était la bonne et qu’il était scandaleux, il s’en expliquera d’ailleurs demain (ndlr: jeudi à Bruxelles lors d’un Conseil européen), que l’Europe s’exprime de cette façon sur ce que fait la France”, a poursuivi M. Sido devant la presse.

Son collègue de Seine-et-Marne Michel Houel a confirmé que le chef de l’Etat avait indiqué, en substance, que “le commissaire européen habite le Luxembourg, qui est très proche de la France, nous serions très heureux si le Luxembourg pouvait aussi accueillir quelques Roms”. M. Houel a ajouté devant la presse que Nicolas Sarkozy ne s’était “pas tout à fait” exprimé comme lui mais que c’était “ce que ça voulait dire”.

Mardi, la commissaire à la Justice Viviane Reding a vertement dénoncé une circulaire émise en août par le ministère de l’Intérieur, remplacée depuis, qui ciblait expressément les Roms pour les expulsions. “Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale”, a-t-elle lancé.

L’Elysée a fait savoir mercredi que ces propos étaient “inacceptables” mais a prêché l’apaisement en estimant que l’heure était à un “dialogue apaisé” entre Paris et Bruxelles sur ce sujet.

Agacée, l’Allemagne soutient la Commission

L’Allemagne a apporté mercredi son soutien à la Commission européenne, engagée dans une confrontation verbale avec la France à propos de l’expulsion des Roms, tout en regrettant le ton des propos.

Le droit de libre circulation au sein de l’Union européenne (UE) “est inconditionnel”, et “aucune discrimination n’est autorisée à l’encontre de minorités ethniques”, a estimé le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert au cours d’un point de presse régulier.

“Si la Commission européenne examine à présent si la France est en accord avec tout ceci, alors c’est son droit de le faire”, a-t-il poursuivi.

Une représentante de la Commission “a par ailleurs parfaitement le droit de faire une déclaration, comme elle l’a fait hier. Bien sûr, de telles déclarations sont parfois plus utiles si elles sont mesurées au niveau du ton,” a ajouté M. Seibert.

“Le gouvernement allemand va attendre et suivre les développements de cette affaire”, a-t-on ajouté de source gouvernementale. Viviane Reding, chargée de la Justice et des Droits fondamentaux à la Commission européenne, a vivement critiqué la France mardi pour la façon dont elle expulse les Roms originaires de Roumanie et de Bulgarie.

“J’ai été personnellement interpellée par des circonstances qui donnent l’impression que des personnes sont renvoyées d’un Etat membre (de l’UE) juste parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale”, a-t-elle ajouté.

Mercredi l’exécutif européen a apporté son soutien à Mme Reding en affirmant qu’elle parlait “au nom de la Commission” toute entière. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a ajouté qu’elle n’avait pas voulu faire un parallèle avec les déportations pendant la guerre.

Une autre source gouvernementale à Berlin a estimé mercredi que l’affaire donnerait lieu à “des discussions entre la France et la Commission” jeudi en marge du Conseil européen à Bruxelles. Mais “il n’est pas dans l’intérêt du président français de faire de cette question bilatérale un sujet du Conseil”, ajoutait-on de même source.

Concernant les menaces mardi de Bruxelles de poursuivre la France en justice pour sanctionner ces expulsions après la révélation de l’existence d’une circulaire (texte donnant une interprétation de la loi) ciblant expressément les Roms, cette source a rappelé que “presque tous les pays sont engagés dans une procédure juridiques d’une forme ou d’une autre avec la Commission”.

Le quotidien allemand de centre-gauche Süddeutsche Zeitung a publié mercredi un éditorial au vitriol contre Mme Reding, estimant qu’elle devait démissionner ou présenter des excuses “avant de provoquer des torts sérieux à la relation entre Paris et Bruxelles”.

“On aurait pu espérer que la commissaire en charge de la justice dans l’UE connaisse la différence entre l’extermination d’une minorité et ethnique durant la Deuxième guerre mondiale et la déportation d’hôtes indésirables auxquels on donne quelques centaines d’euros”, a écrit le quotidien.

Des ONG saluent les propos de Mme Reding

Une vingtaine d’organisations non gouvernementales de Roms de Roumanie ont salué mercredi l’annonce par Bruxelles de son intention de déclencher une procédure d’infraction en justice contre Paris dans l’affaire des rapatriements des Roms.

“Pour la première fois, l’UE signale clairement et sans équivoque que les droits fondamentaux des Roms doivent être respectés”, estime dans un communiqué l’Alliance civique des Roms de Roumanie, qui réunit 22 ONG.

Selon ces associations, les déclarations faites la veille par la commissaire à la Justice et aux Droits des Citoyens, Viviane Reding, “confirment les signaux d’alarme” tirés par de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme.

“Alors que les circulaires des autorités françaises ont prouvé la nature xénophobe et raciste des mesures d’expulsion, nous espérons que ces dernières vont mettre fin à l’évacuation ‘en priorité’ des campements des Roms”, ont-elles ajouté.

Par ailleurs, les ONG demandent à Bucarest d’assurer le respect des droits des Roms, précisant que les membres de cette communauté continuent à être “victimes de la discrimination et de la ségrégation, particulièrement à l’école et dans le logement”.

Bruxelles a menacé mardi de poursuivre Paris en justice pour sanctionner les expulsions de Roms roumains et bulgares et accusé les autorités françaises de duplicité.

Depuis le tour de vis sécuritaire annoncé par le président Nicolas Sarkozy fin juillet, un millier de Roms ont été reconduits en Roumanie et en Bulgarie, la plupart avec une aide de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant.

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