Subscribe

Le roi Houellebecq sacré enfin par le Goncourt

Michel Houellebecq, héraut de la désespérance, s’avoue enfin “profondément heureux” : sacré lundi par le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, il obtient la consécration qu’il attendait fébrilement depuis plus de dix ans, sans jamais renoncer.

Accueilli comme une rock-star par des médias hystériques chez Drouant, le restaurant huppé de la capitale où est proclamé le nom du lauréat, Houellebecq, chemise bleue assortie à ses yeux, esquisse un sourire. “C’est une sensation bizarre mais je suis profondément heureux”, déclare-t-il, presque intimidé face à cette gloire tant souhaitée. “Il y a des gens qui ne sont au courant de la littérature contemporaine que grâce au Goncourt, et la littérature n’est pas au centre des préoccupations des Français, donc c’est intéressant”, ajoute-t-il, attablé avec le jury dans une petite salle au 1er étage du restaurant. Au menu, cuisses de grenouille… Trois fois éliminé de la course au Goncourt dans le passé, cette quatrième tentative de l’auteur de “La carte et le territoire” (Flammarion) a donc été la bonne. Le roman, de facture plus classique et moins glauque que ses précédents, est propre à plaire à un plus large public. Et l’écrivain, mûri, plus disert et visiblement mieux dans sa peau, s’est assagi.

Les jurés ont couronné le plus connu des écrivains français vivants en un peu plus d’une minute, au premier tour, par sept voix contre deux à Virginie Despentes, qui décroche, elle, le Renaudot, avec “Apocalypse bébé” (Grasset). Best-seller depuis sa sortie début septembre, “La carte et le territoire” s’est arraché à plus de 130.000 exemplaires et un Goncourt double ou triple les ventes, avec près de 400.000 exemplaires en moyenne. Peut-être beaucoup plus dans son cas. Le personnage fascine. La plupart des critiques lui avait accordé le Goncourt, avant même la parution du livre. Son éditeur, Flammarion, ne l’avait pas obtenu depuis trente ans. “C’est peut-être le plus facile à lire” de mes livres, confie-t-il”, mais “certainement le plus compliqué en construction”. Rebelle et dérangeant, adulé ou détesté, l’enfant terrible de la littérature française a été sur la liste des prétendants au Goncourt depuis “Les particules élémentaires” en 1998. Ses relations houleuses avec le jury datent de cette année-là, quand il rate le prix d’un cheveu au profit de Paule Constant pour “Confidence pour confidence”. Mauvais perdant, il descend en flammes la romancière et lance, amer: “son livre est médiocre, pas antipathique mais raté”. Il ajoute: les jurés “ils sont payés”… Pas vraiment le moyen de se faire des amis en dépit d’excuses tardives. En 2001, le provocateur Houellebecq rate encore la marche du Goncourt avec “Plateforme”, consacré au tourisme sexuel, en étant éliminé par le jury dès la deuxième sélection. Peu avant les attentats du 11 septembre, il avait déclaré dans une interview (tronquée, selon lui) au magazine Lire : “La religion la plus con, c’est quand même l’Islam”. Enorme scandale. Procès. Relaxe en 2002.

Le prix Goncourt lui échappe de nouveau, d’une voix, en 2005, avec “La possibilité d’une île” (Fayard), autour du mouvement raélien. Il reçoit alors avec dépit ce qu’il considère comme un lot de consolation, l’Interallié. “Le système des prix est tellement opaque qu’il vaut mieux ne rien en attendre”, assène-t-il. Garde-t-il encore aujourd’hui de tous ces échecs passés une forme de rancoeur ? “Je suis quelqu’un qui oublie les mauvaises choses”, assure l’heureux lauréat. Dans “La carte et le territoire”, qui écorche le monde de l’art, l’amour, l’argent, les “people”, Michel Houellebecq met en scène avec sadisme son propre assassinat. Ce Goncourt va le ressusciter.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related