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Le rôle prêté à Sarkozy dans l’affaire Karachi suscite à nouveau des interrogations

Un témoin, entendu par les juges qui enquêtent sur un éventuel financement politique illégal de la campagne d’Edouard Balladur en 1995, a relancé les questions sur le rôle du ministre du Budget de l’époque, Nicolas Sarkozy.

Le 2 décembre, devant Renaud Van Ruymbeke, Gérard-Philippe Menayas, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, a répété que le ministère du Budget avait “nécessairement donné son accord” à la création en 1994 au Luxembourg d’une société offshore, Heine. C’est par cette société que transitaient les commissions sur des contrats d’armement, légales jusqu’en 2000, et versées à des intermédiaires, dont ceux du contrat Agosta de vente de sous-marins au Pakistan.

Les juges en charge du volet financier de l’affaire Karachi tentent de déterminer si ces commissions sur les contrats Agosta et Sawari II de vente de frégates à l’Arabie Saoudite ont pu, in fine, conduire à un financement illégal de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. “Il est clair que le ministère du Budget a nécessairement donné son accord pour la création de Heine (…) Vu l’importance du sujet, cette décision ne pouvait être prise qu’au niveau du cabinet du ministre”, a déclaré Menayas, ex-directeur administratif et financier de la DCNI, branche internationale de la Direction des constructions navales (DCN), selon son PV cité aujourd’hui par Libération.

Interrogé par le juge Van Ruymbeke une première fois le 9 novembre 2010, Menayas avait déjà assuré que “le volume total des commissions était validé contrat par contrat par les deux ministres du Budget et de la Défense”. Pour vérifier si la loi a été enfreinte, les juges tentent d’une part de remonter le circuit de versement des commissions sur les contrats Agosta et Sawari II signés fin 1994 et d’autre part de reconstituer le financement de la campagne de Balladur.

Valls veut que Sarkozy “s’explique”

Le première mention du nom de Sarkozy provient d’un document chronologique, ni daté ni signé, saisi par la police à la DCN en 2007, qui évoque les circonstances de la création de Heine, mentionnant l’aval de Nicolas Bazire, directeur du cabinet du Premier ministre de l’époque Edouard Balladur, et de Nicolas Sarkozy. Cette affirmation a été reprise dans un rapport de la police luxembourgeoise de janvier 2010.

L’ex-PDG de la DCNI, Dominique Castellan, mis en examen le 13 décembre, s’est montré plus prudent sur ce point devant le juge Van Ruymbeke : “j’ignore totalement si on a demandé l’aval des autorités mais je suis sûr que nous avons informé le ministère des Finances (auquel est rattaché le Budget, Ndlr) que nous serions amenés à payer nos agents commerciaux par des virements sur des trustees à l’étranger.”

En novembre 2010, le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant affirmait qu'”à aucun moment, alors qu’il était ministre du Budget de 1993 à 1995, Nicolas Sarkozy n’a eu à approuver des commissions relatives à des marchés à l’exportation, la procédure d’agrément préalable en cette matière ayant été supprimée dès le mois d’octobre 1992″.

Après la publication du PV de Menayas, le directeur de la communication de la campagne de François Hollande, Manuel Valls, a “exigé” que Nicolas Sarkozy “s’explique” sur l’affaire. L’équipe de François Hollande aussi a demandé que le rôle joué par Nicolas Sarkozy dans l’affaire Karachi soit établi et a réclamé la levée du secret Défense “sur l’ensemble des documents relatifs à ces contrats” d’armement. En septembre dernier, l’Elysée avait assuré que Sarkozy était “totalement étranger” à l’affaire de Karachi, “d’autant plus qu’à l’époque où il était ministre du Budget (1993-95), il avait manifesté son hostilité à ce contrat comme cela apparaît dans les pièces de la procédure”.

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