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Le vote par Internet, des clics et des couacs

Très décrié, le vote par Internet a été expérimenté pour la première fois pour les législatives en Amérique du Nord. Une bonne nouvelle pour la participation, avec plus de 22 000 votants en Amérique du Nord, qui ne doit pas pour autant cacher les multiples problèmes rencontrés par les électeurs français outre-Atlantique.

22 088 Français des Etats-Unis et du Canada ont pu voter aux législatives par Internet. Soit 14,04% des inscrits sur les listes électorales. Une victoire pour la démocratie ? Pas vraiment, compte tenu des très nombreux problèmes qu’ont rencontrés certains expatriés. Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde, des Français se sont arrachés les cheveux devant leur ordinateur.

Pour faire face à d’éventuels problèmes, la section PS d’Amérique du Nord avait décidé de mettre en place un support technique. Très rapidement, les équipes de la candidate socialiste Corinne Narassiguin se sont trouvées submergées de demandes. “Entre ceux qui nous ont contacté par mail, twitter, facebook, on a reçu environ 450 messages”.

Des problèmes informatiques

Le principal problème technique rencontré par les Français d’Amérique du Nord était l’incompatibilité d’une version du logiciel Java avec le site officiel mis en place pour voter. Etonnant que les services du ministère des Affaires étrangères n’aient pas anticipé cette complication. Les plus téméraires devaient alors désinstaller leur version de Java pour en télécharger une plus ancienne. Ou changer d’ordinateur.

Hélène, de Miami, qui a essayé de voter avec un ordinateur acheté une semaine plus tôt, s’est trouvée dans ce cas de figure. “Je me suis dit que cela serait facile étant donné que mon ordinateur est très récent. Lorsque j’ai fait le test pour savoir si la configuration de mon ordinateur était suffisante, j’ai eu un message m’indiquant que mon Java n’était pas à jour”. Après avoir désinstallé et re-téléchargé les plug-ins, rien à faire, Hélène ne pouvait toujours pas voter. “J’ai alors essayé depuis mon ordinateur du bureau : même problème. J’ai demandé à mes collègues d’essayer sur leurs postes également, même message d’erreur”.

Au final, Hélène aura essayé de voter sur quatre ordinateurs sans jamais y parvenir. “Pour un système censé faciliter le vote, je trouve cela bien compliqué !” Outre le problème de Java, certains électeurs nous ont confié qu’il leur était impossible de voter de leur Macintosh, ou alors avec certains logiciels de navigation comme Chrome. Des dysfonctionnements inexpliqués.

Un support technique inefficace

Les problèmes informatiques n’ont pas été les seuls obstacles au vote par Internet. Un nombre incalculable de Français des Etats-Unis et du Canada n’ont jamais reçu leur mot de passe, qu’ils auraient pourtant dû obtenir par courriel. C’est le cas d’Alice. Elle a alors alerté le consulat de Montréal le 27 mai au soir. La réponse n’est arrivée que le mardi 29 mai à 16h45, soit après la fermeture du vote par Internet ! “En plus, je n’ai pas reçu tous les bulletins dans ma boîte aux lettres, ce qui a fait que je n’ai pas non plus pu faire valoir mon droit par la poste”. Ce à quoi le consulat a répondu “concernant les bulletins il arrive qu’il en manque”. Alice ne sera pas disponible le 2 juin, elle ne pourra donc pas voter, malgré ses efforts. “Si j’avais pu anticiper que c’était aussi compliqué, je m’y serais prise à l’avance. Je suis vraiment déçue.”

Une déception que partage Anne, installée à Los Angeles, dont les identifiants et le mot de passe n’ont jamais fonctionné. “Après avoir eu ma boîte email bombardée de messages des candidats, j’ai réussi à trouver le bon courriel contenant le mot de passe pour ce vote.” Après plusieurs essais infructueux, elle décide de rentrer son numic (numéro d’identification consulaire) et sa date de naissance, espérant avoir plus de chance. “Mon numic était bon. Je l’ai verifié parmi plusieurs correspondances. Je ne dois donc pas connaître mon année de naissance… C’est franchement décevant qu’après tout cela je ne puisse même pas voter, surtout vu le nombre inapproprié de courriels des candidats que j’ai reçus”.

La sécurité en question

De nombreux internautes se sont “amusés” à montrer les nombreuses failles du site Internet votezaletranger.gouv.fr. Ce document publié par Laurent Grégoire explique comment il aurait pu, très simplement, modifier le choix d’un électeur à son insu. Le hacker précise bien évidemment qu’il n’a effectué cette manipulation que sur son propre ordinateur. Selon Laurent Grégoire, une telle cyber-attaque peut être mise en place sans qu’aucun électeur ne se rende compte que son vote n’est pas allé au candidat souhaité. Rien de bien rassurant avant le vote par Internet du second tour des législatives du 6 au 12 juin prochains.

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