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L’école dans le collimateur de l’Élysée

En croisade contre l’insécurité à l’école, Nicolas Sarkozy annonce une série de mesures destinées à combattre « le cancer de l’absentéisme scolaire ». Création d’établissements de « réinsertion scolaire » pour les élèves perturbateurs, suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme, tolérance zéro face aux violences. Pour les professionnels de l’éducation, cette politique de fermeté relève du rapport de force.

Inspiré par le modèle éducatif américain, Nicolas Sarkozy a annoncé dans un discours prononcé le 5 mai devant 300 préfets, recteurs et inspecteurs d’académie conviés à l’Élysée la création d’internats spécialisés, destinés « aux élèves exclus au moins une fois » de leur établissement secondaire. Une institution unique en France qui rappelle les camps de rééducation à l’américaine et inquiète les professionnels de l’éducation.

Nicolas Sarkozy a ajouté que dix de ces établissements devraient ouvrir leurs portes à la rentrée prochaine dans des départements prioritaires comme la Seine-Saint-Denis qui accueillera au moins trois de ces établissements. Un autre ouvrira dans la Somme. Vingt à trente élèves âgés de 13 à 16 ans devraient y faire leurs classes. Sur les 53 établissements réputés les plus difficiles de France et qui accueilleront un policier référent, trois se trouvent dans l’académie d’Amiens, a annoncé Nicolas Sarkozy le 25 mai  lors de sa rencontre avec l’équipe éducative du collège Charles-Fauqueux de Beauvais, classé en zone d’éducation prioritaire.

Au programme : discipline, apprentissage de l’effort et respect de l’autorité avec un enseignement réduit aux « fondamentaux » et beaucoup de sport. Un modèle proche des établissements dit « alternatifs » aux États-Unis qui accueillent des primo-délinquants scolaires. « L’enseignement théorique sera réduit au minimum et remplacé par le sport pour fatiguer les esprits », soupçonne Frédérique Rolet qui craint de voir le marché éducatif français se calquer sur ce modèle d’établissements américains livrés aux seules forces du marché. « La révolution libérale de Nicolas Sarkozy est une dérive autoritariste qui tend à gérer les établissements scolaires comme des entreprises », assure-t-elle.

À mi-chemin entre les classes relais et les centres éducatifs fermés, les centres de réinsertion scolaire emploieraient des personnels volontaires de l’Éducation nationale, des éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse et des volontaires du service civique. Pour Frédérique Rolet, « ce sont des maisons de redressement qui ne disent pas leur nom », avec le danger d’un appauvrissement de l’enseignement réduit au strict minimum et un phénomène de ghettoïsation des élèves. Elle poursuit : « La conséquence sera la mise à l’écart de certains élèves, l’aggravation de la fracture sociale et une dégradation accentuée de l’enseignement. »

La carotte et le bâton

Autre mesure annoncée mardi dernier, la suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme. Le chef de l’État a détaillé le futur dispositif de suppression des allocations qui seront « rétroactives », c’est à dire rétablies, en cas de retour de l’élève à l’école.
Parallèlement, des internats d’excellence doivent être créés pour certains jeunes issus de milieux défavorisés.  « Nous avons le sentiment que le gouvernement veut développer des élites au détriment de l’éducation populaire de type éducation prioritaire », s’agace Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du Syndicat national des enseignants du second degré (Snes).

Sceptiques, les enseignants et les syndicats déclarent que cette série d’annonces était un moyen pour Nicolas Sarkozy d’esquiver les problèmes réels de l’éducation comme le sous-effectif des professeurs et les coupes budgétaires de l’Éducation nationale qui rendent de plus en plus dur l’exercice du métier d’enseignant. « Le malaise est sensible. Les violences et le taux de suicide dans l’Éducation nationale augmente chaque jour, déplore Frédérique Rolet, faisant référence aux faits divers qui ont fait sensation ces derniers mois. Ce n’est pas en enfermant les jeunes qu’on résoudra le problème », conclut-elle. Un constat amer qui laisse à penser que cette réforme pré-électorale du système scolaire pourrait bien n’être qu’un sparadrap sur une gangrène.

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