Subscribe

Légende de l’alpinisme, Maurice Herzog est mort à 93 ans

Légende de l’alpinisme pour avoir vaincu l’Annapurna en 1950, ancien homme politique gaulliste, mais aussi héros à l’image ternie après le livre publié par sa fille, Maurice Herzog est mort, jeudi soir, à Neuilly, à l’âge de 93 ans.

Ancien secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports en 1963 et député-maire de Chamonix, celui qui a dirigé jusqu’à sa retraite plusieurs entreprises, dont la Société du tunnel du Mont-Blanc (1981-84), résidait à Neuilly. Très fatigué, il s’était retiré, il y a une semaine, dans une maison de repos, selon son entourage. Maurice Herzog était entré dans l’Histoire, le 3 juin 1950, quand à la tête d’une expédition sans oxygène et sans carte, avec Louis Lachenal, il avait foulé par un vent glacial ce sommet himalayen de 8 078 m. Sans cet exploit, a-t-il dit, “je n’aurais pas eu la vie que j’ai eue après”. Une victoire qu’il a payée d’une amputation des doigts et des orteils. “Vous voyez ce que j’ai en moins mais, moi, je sens ce que j’ai en plus. Et c’est incomparablement plus grand que ce que j’ai en moins”, disait-il.

Dans “Annapurna, premier 8000” (éd Arthaud, 1951), vendu à une douzaine de millions d’exemplaires et traduit en 40 langues, et qui reste le best-seller de la littérature de montagne, Maurice Herzog avait raconté, en la romançant, la grande aventure de sa vie. Mais sa statue de héros s’était lézardée dès 1996, date de la publication du texte intégral des mémoires de Lachenal, “Carnets du vertige”. Relégué au second rang, dans la mémoire collective, tout comme les autres alpinistes qui les accompagnaient, Lionel Terray et Gaston Rébuffat, Lachenal y donnait une version des faits moins à la gloire du seul Herzog. Dans son livre “Le héros” publié en 2012, sa propre fille, Félicité Herzog, a également contribué à ternir la légende de son père en le qualifiant de “menteur et d’hémiplégique de la pensée”.

Ombres et lumières

“Lors de l’ascension de l’Annapurna, c’est Lionel Terray qui a redescendu sur le dos Maurice Herzog et en définitive, Maurice Herzog lui doit la vie”, a déclaré sur RTL l’ancienne skieuse Marielle Goitschel. Selon elle, “Maurice était un communicant qui a rendu des lettres de noblesse à la montagne” mais “c’est Lionel Terray le plus grand montagnard qu’on ait eu à l’époque”. “C’était un grand alpiniste au-delà de toutes les polémiques, qui a su réussir sa reconversion et réussi dans l’action publique”, a déclaré pour sa part l’ancien ministre et ancien président du conseil général de Savoie, Michel Barnier, sur RTL.

“Dans tout homme, il y a des ombres et des lumières, pour Maurice Herzog comme pour tout le monde, je ne vais pas rentrer dans cette polémique, ce n’est pas le jour de le faire”, a-t-il dit, ajoutant: “Il a été un grand alpiniste, c’est bien de rappeler que, encore une fois, on est toujours en montagne dans une cordée.” “C’était une personnalité assez complexe, au charisme indiscutable, et un certain nombre de zones d’ombres resteront sur sa carrière en montagne”, a déclaré Denis Crabières, président du Syndicat national des guides de montagne, se demandant toujours “qui a occupé le rôle principal” dans cette ascension. “Peut-être n’y aura-t-il pas de réponse. Peut-être n’y aura-t-il pas besoin d’en avoir. Et finalement, ça sera très bien comme ça”, a-t-il dit.

Pour l’ancien maire de Chamonix, Michel Charlet (1983 à 2008), “c’était un meneur d’hommes, un bon chef d’équipe” et un “visionnaire”. Mais “il n’avait pas le contact avec la population et il avait un peu la folie des grandeurs”, a-t-il dit à propos de celui qui ne “venait plus qu’une ou deux fois par an” à Chamonix où il avait une villa. Dans un communiqué, l’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet a rendu hommage à ce “gaulliste très soucieux d’expliquer comment il avait voulu éradiquer tout ce que le régime de Vichy avait voulu imprimer à ce ministère”. “Certains ont pu s’étonner de notre complicité. Mais elle était fondée, pour moi, sur un profond respect, et, pour lui, je le crois, sur son désir de transmettre un héritage”, a conclu l’ancienne ministre communiste.

Related