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Législatives 2012 : Carole Granade, candidate MoDem : “L’UMP penche trop à droite à mon goût”

Directrice pendant huit ans de la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco, Carole Granade a été investie le 11 janvier dernier par le Mouvement Démocrate (MoDem) pour défendre les couleurs du parti en Amérique du Nord lors des prochaines élections législatives. Rencontre.

France-Amérique : Après une expérience dans le monde associatif, qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager en politique ?

Carole Granade : Mon cœur a battu à droite pendant longtemps. Mais aujourd’hui, l’UMP penche beaucoup trop à droite à mon goût, en particulier sur les questions d’immigration. Franck Barrat (le président du MoDem en Amérique du Nord, ndlr) est un ami de longue date. Je n’ai pas soutenu sa campagne pour l’Assemblée des Français de l’Etranger parce qu’en tant que directrice de la Chambre de commerce de San Francisco, j’avais peur de tout mélanger. Avec lui, j’ai parlé beaucoup de politique et depuis quelques mois, je me retrouve dans les idées de François Bayrou.

Faire ses premiers pas en politique pour un scrutin comme celui des législatives est un gros risque, non ?

Sur la dernière élection AFE, je ne me sentais pas légitime, contrairement à aujourd’hui. J’arrive à un bon moment pour moi et qui tombe parfaitement avec la période électorale pour remplir ce mandat de député. J’ai une expérience de terrain depuis vingt ans, à la fois en France et aux Etats-Unis, à la fois dans le privé et dans l’associatif, sur le terrain de l’éducation, de l’entrepreunariat, un peu de social aussi comme auprès d’associations de familles françaises.

Mais vous avez quand même un manque d’expérience sur le terrain politique…

Je pense que c’est une chance plus qu’un problème. La plupart des candidats qui se présentent sur notre zone n’ont pas une expérience politique colossale. J’ai un profond respect pour les quelques personnes qui sortent de la société civile pour s’engager en politique. Pour n’en nommer qu’une, on peut parler de Christine Lagarde qui est quand même une femme extraordinaire. Son passage au gouvernement a été remarqué de manière positive et elle n’avait jamais eu de carrière politique avant cela.

Vous prenez en exemple Christine Lagarde. Etonnant quand on connaît son appartenance à l’UMP. C’est aussi une femme. Est-ce que cela a compté dans votre investiture au MoDem ?

Ce qui a compté, c’est mon soutien pour le MoDem. Je me suis renseignée dès le début des discussions avec l’équipe pour savoir s’il y avait d’autres candidats. La question du sexe n’est pas entrée en considération.

Vous habitez à Lyon depuis septembre. N’avez-vous pas peur qu’on vous reproche de faire campagne depuis la France?

Je ne vais pas faire campagne uniquement depuis la France. J’étais à San Francisco en novembre, à New York la semaine dernière, etc. J’envisage de venir une fois par mois en Amérique du Nord. De toutes façons, je ne crois pas qu’un candidat puisse couvrir le territoire en entier. On peut me reprocher de le faire de la France. Maintenant s’il y a un candidat qui fait cela de New York et qui ne couvre que la côte est, on lui reprochera de ne pas aller dans le middle west ou sur  la côte ouest. In fine, on ne pourra pas tout couvrir.

Comment alors allez-vous vous faire connaître des électeurs en Amérique du Nord ?

Cette campagne va se faire en grande partie de manière virtuelle, via mon site et ma page Facebook. J’ai également une équipe derrière moi. Toutes les forces vives en Amérique du Nord ont l’intention de s’impliquer dans la campagne, mais aussi après. Si je suis élue députée, ils seront là pour faire remonter les informations. Par ailleurs, je continuerai mes allers-retours aux Etats-Unis. Jusque début septembre, je passais 90 % de mon temps à San Francisco, aujourd’hui je suis à 80 % en France. Mais cela ne change pas grand chose. Je pense que mes 15 ans d’expérience sur le sol san franciscain sont des clés.

Au centre, vous aurez un concurrent direct en la personne de Philippe Manteau, qui représentera l’Alliance républicaine écologiste et sociale. Ne craignez-vous pas un éparpillement des voix ?

La circonscription et ces élections sont nouvelles : personne ne sait quel va être le retour des électeurs. Est-ce que ce sera une super élection AFE qui joue beaucoup sur la personne plus que les partis, ou une élection beaucoup plus politicienne ? Je ne connais pas aujourd’hui la personne que vous avez mentionnée, je n’ai pas vu les autres candidats sur scène.

Vous avez été co-fondatrice du programme Flam Education Française Bay Area (EFBA) en 2009. Quelle est votre position sur l’éducation française à l’étranger ?

Mes deux enfants sont nés aux Etats-Unis. On a fait le choix avec mon mari de les mettre dans une école américaine, en particulier parce que les frais de scolarité des écoles françaises étaient colossaux et que l’idée de demander une bourse me révulsait un peu. On a beaucoup investi en temps et en énergie pour que nos enfants apprennent le français malgré tout. D’ailleurs, aujourd’hui à l’école ils s’en sortent très bien. Mais cela a été difficile. EFBA a rassemblé 400 élèves la première année et six cents l’année suivante. Les programmes Flam sont un premier niveau de solution, pour donner au moins un accès à l’enseignement de la langue française.

Qu’est-ce que vous proposez ?

Il faut donner à ces structures des moyens de se développer, en proposant par exemple des packages et des outils pour pérenniser ces programmes. Si aujourd’hui le gouvernement pouvait mettre une personne ou deux à disposition de ce genre de service dans les consulats, avec les personnes qui s’occupent déjà de l’éducation, ce serait vraiment une bonne chose. Il pourrait y avoir également un programme scolaire réalisé au niveau de l’Education nationale pour développer la matière « français langue étrangère », à destination des enfants qui suivent ces programmes Flam. Je sais que cela pourrait servir aussi dans les écoles internationales en France. Et tout cela avec des budgets limités.

Vous paraissez réticente au sujet des bourses scolaires. Quel est votre point de vue concernant la prise en charge des classes de seconde, première et terminale dans les Lycées Français ?

Je ne crois pas que les bourses scolaires soient la solution à tout. La prise en charge qui a été mise en place par Sarkozy en 2007 est une très bonne idée, par contre que fait-on pendant les années collège ? La solution serait effectivement de prolonger cette prise en charge jusqu’à la sixième. D’aucuns diront que cela fait beaucoup d’argent, mais le budget de l’éducation est assez faible par rapport à d’autres postes. Les étudiants qui ont été éduqués dans ces écoles-là gardent un attachement profond avec la France, souvent ils y retournent pour faire leurs études, puis leur carrière.

Vous avez aussi la nationalité américaine. Comment avez-vous réagi concernant le débat sur la binationalité ?

Constitutionnellement, je pense que ce serait très difficile à faire passer. Certains voient cela comme une contrainte, moi je pense que la binationalité est une chance. Pendant un long moment, la Belgique avait refusé la binationalité : le pays a perdu beaucoup de nationaux de haut niveau. Face à cette erreur, le gouvernement est revenu sur sa décision. Fermer ses frontières, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Affirmer que les Français qui ont choisi un autre pays ne sont plus français, je pense que c’est dramatique. Je crois en la mobilité internationale.

C’est un de vos chevaux de bataille ?

Oui. Il faut continuer à aider les Français qui font leurs études à l’étranger. Essayer de trouver des stages pour les jeunes étudiants, des volontaires internationaux en entreprises, aider les entrepreneurs qui veulent se développer aux Etats-Unis. C’est ce qui me faisait me lever tous les matins à la chambre de commerce. Je souhaite développer le système d’aide à l’export qui existe aujourd’hui en France. Il faut renforcer les synergies entre les chambres de commerce, UbiFrance, les CCEF (Conseiller du Commerce Extérieur de la France, ndlr) pour conseiller les entreprises et les aider à aller dans le pays qui sera le plus légitime pour elles.

Pour en savoir plus :

Carolegranade2012.com

www.facebook.com/carolegranade2012

 

Retrouvez tous les candidats aux législatives 2012 dans le numéro de Février du magazine France-Amérique et sur notre site.

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