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Législatives 2012 : Gérard Michon : “La candidature de Frédéric Lefebvre n’a pas le vent en poupe aux Etats-Unis”

A 56 ans, Gérard Michon est un vieux loup de la politique. Déçu par l’investiture de Frédéric Lefebvre (UMP), cet ingénieur de Los Angeles a décidé de soutenir le projet présidentiel en se portant candidat indépendant à droite. Entretien.

France-Amérique : A l’annonce de l’investiture de Frédéric Lefebvre, candidat UMP en Amérique du Nord, vous avez été l’un des premiers à faire part de votre déception. Avez-vous toujours votre carte au parti ?

Gérard Michon : Oui. Je n’ai pas péché (rires). Je compte simplement écrire une lettre polie aux instances de l’UMP pour leur expliquer pourquoi je me porte candidat, malgré mon appartenance au parti. Je ne cherche pas à être investi autrement, même si j’ai eu des propositions de parrainage. La candidature de Frédéric Lefebvre n’a de toute façon pas le vent en poupe aux Etats-Unis.

Quel est votre parcours ?

Je suis arrivé le 16 août 1980 à Los Angeles. J’étais à UCLA (University of California, Los Angeles, ndlr) jusqu’en 1995, d’abord en tant qu’élève puis en tant que professeur. Puis je suis devenu ingénieur conseil indépendant. J’ai adhéré au RPR dès 1984, puis à l’UMP lors de sa création. Je suis un des membres fondateurs de la section RPR de Los Angeles, où j’ai occupé la fonction de vice-président chargé de la logisitique. En 1984, nous avions accueilli Jacques Chirac, qui venait défendre la candidature de Paris aux Jeux Olympiques d’été de 1992. En 2003, j’ai créé la section UMP de l’ouest américain. Depuis 1994, je suis également élu AFE pour le groupe “Majorité présidentielle”.

Si vous étiez élu député de l’étranger, conserveriez-vous votre mandat à l’Assemblée des Français de l’étranger ?

En tant que vice-président à la commission des Lois et règlements de l’AFE, je suis un vrai rigoriste. Le mandat AFE est juridiquement compatible avec celui de député, mais le travail de terrain ne l’est pas avec une activité législative à Paris. Il est bon que les deux fonctions ne soient pas cumulées. Lorsqu’ils deviennent sénateurs, la tradition des élus AFE est d’abandonner leur charge de service de proximité. Je garderai une semaine ou deux mon mandat AFE, puis je me consacrerai totalement à celui de député. Malgré cela, mon intention est de conserver une résidence en Amérique du Nord et de me déplacer à partir de là sur tout le continent dans des périodes où ma présence à Paris ne serait pas indispensable.

La prise en charge des frais de scolarité des Français à l’étranger, mise en place par Nicolas Sarkozy en 2007, a fait beaucoup de remous. Quelle est votre position ?

Si la prise en charge (PEC) des frais de scolarité pour les élèves des classes de lycée  était supprimée, comme le souhaite le PS, l’économie réalisée se ferait au détriment des classes moyennes. L’argent retournerait au budget général de l’Etat et n’aurait aucune raison de revenir automatiquement au système des bourses scolaires à l’étranger. A terme, l’effort de la Nation en faveur de ses expatriés serait diminué, avec des conséquences inacceptables pour les classes moyennes.

Quelles seraient les conséquences de la suppression de la gratuité au lycée selon vous ?

Une des conséquences prévisibles de la disparition de la PEC serait la baisse du nombre d’élèves issus de familles aux revenus moyens. La perte pourrait se révéler onéreuse pour les établissements scolaires qui devraient mettre des professeurs  devant des chaises vides. Ne pas conduire des élèves français au bac est aussi une forme de gâchis des bourses publiques consacrées à ces élèves depuis la maternelle.

La PEC semble cependant avantager certaines familles financièrement capables d’assumer ces frais de scolarité…

Je suis navré des déclarations électorales socialistes présentant la PEC comme une aide à des  « familles qui n’en ont pas besoin ».  Il s’agit en fait d’aider des enfants qui, sinon, ne pourraient pas passer le bac français, parce qu’il sont nés dans des familles à revenus moyens. Je rappelle l’effort financier considérable consenti par ces familles pour maintenir leurs enfants dans le système français jusqu’à la classe de troisième. Par ailleurs, le système des bourses doit être réformé en profondeur. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas actuellement, d’exclure totalement du programme, des familles dont le logement dépasse une certaine valeur « sur le papier ».  La vente de leur habitation principale ne devrait jamais être considérée pour les familles comme une « ressource »  pour assurer la scolarité de leurs enfants. Il en va de même de la capitalisation du fonds de retraite des parents.

Au printemps dernier, le député UMP Claude Goasguen préconisait dans un rapport d’exiger des personnes ayant une double nationalité de choisir. En tant que membre UMP franco-américain, qu’en pensez-vous?

Je suis connu pour aboyer en séances publiques de l’AFE. J’ai cependant félicité Manuel Valls (député PS, président de la mission d’information parlementaire sur le droit de la nationalité, ndlr)  pour lui signifier qu’il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre sa position et la mienne. Personne de sérieux ne remet en cause la reconnaissance par la France de la nationalité multiple.  Les dérapages récents sont limités à quelques personnalités particulièrement incompétentes dans ce domaine. Il n’y a pas là d’enjeux politiquement colorés, malgré diverses tentatives de récupération de mauvaise foi. Ce débat est clos.

En Amérique du Nord, la protection sociale est souvent un problème pour les expatriés. Que préconisez-vous ?

Les Français de l’étranger sont pris en charge par le système de leur pays d’accueil. L’adhésion volontaire à la caisse de la sécurité sociale spécifique qu’est la CFE est une option utile qui obéit à d’autres règles que les compagnies d’assurance privées. Ici, le problème principal est celui des mutuelles complémentaires, rendues nécessaires par le fait que la CFE ne rembourse les frais médicaux qu’au taux français. Ce n’est pas suffisant. Il faut regarder au cas par cas : un jeune couple par exemple, n’a souvent pas intérêt à prendre la CFE. Le marché des assurances américaines est assez ouvert en Amérique du Nord.

Et en matière de fiscalité ?

Les Français de l’étranger sont surtout soumis à la fiscalité de leur pays d’accueil assortie des règles internationales habituelles (e.g., les revenus immobiliers sont taxés dans le pays de l’immeuble) et celles des conventions fiscales entre pays. Il est honteux de faire passer les expatriés pour des évadés fiscaux ou des fraudeurs. Il y a là un gros travail d’éducation à faire auprès des médias en France, voire auprès de certains hommes politiques. Comme Dominique Strauss-Kahn il y a quelques années, ou Jérôme Cahuzac (PS) qui se complaisent impunément dans une démagogie anti-expat, qui se traduit souvent par des propositions législatives ineptes.

Pour en savoir plus :

Gérard Michon a créé sa page sur Facebook.

Retrouvez chaque semaine sur www.france-amerique.com un portrait d’un candidat à l’élection des députés de l’étranger dans la circonscription d’Amérique du Nord.

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