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Législatives 2012 : Phillippe Régnoux lance le débat mercredi à Montréal

Dans son essai politique Nous tracerons des horizons, publié en avril dernier, Philippe Régnoux, un Français expatrié à Montréal, propose d’expérimenter un nouveau mode d’action collectif à travers la communauté française d’Amérique du Nord. Il lancera mercredi un mouvement citoyen, durant lequel il pourrait annoncer sa candidature.

France-Amérique : Nous tracerons des horizons propose un débat sur l’engagement citoyen des Français d’Amérique du nord. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la rédaction d’un tel ouvrage ?

Philippe Régnoux : Lorsqu’on voit, à travers les réseaux associatifs, que l’on touche 200 à 300 personnes, on est très content, alors qu’on est 182 000 Français inscrits sur les listes consulaires, c’est-à-dire, en gros, 250 000 à 300 000 Français sur l’ensemble du territoire nord-américain. Ceux qui ne se font pas connaître pensent, à un moment donné, qu’ils n’ont plus besoin d’être partie prenante de la communauté. On voit seulement les gens arriver lorsqu’ils ont un problème et qu’ils ne trouvent pas l’information. Il manque un lien clair entre les gens qui vivent dans la communauté et ceux qui les représentent. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre.

Que pensez-vous du rôle des premières législatives pour les Français de l’étranger ?

Je trouve ces législatives débiles. Choisir un ou une député(e) pour une circonscription aussi énorme que celle de la première circonscription, c’est en soi une forme d’aberration. Par contre, là où cela devient intéressant, c’est si on définit ce qu’est la circonscription, et de manière générale, la communauté à laquelle on s’adresse. Le risque, cependant, c’est de rentrer dans le jeu politique français de base dont justement la grande majeure partie des Français installés en Amérique du Nord se moque éperdument. Ces derniers veulent savoir ce qu’est leur identité, leur statut, ce qui les caractérise, car certains sont binationaux, d’autres simplement expatriés. C’est un travail qu’il aurait été nécessaire de faire avant même de se poser la question d’avoir  des représentants, mais aujourd’hui, cela ne figure même pas dans le débat.

Vous allez lancer le 23 novembre à Montréal le mouvement citoyen “Ici Pour Demain”, appuyé par votre livre. A-t-il vocation à devenir un parti dont vous serez le candidat ?

Actuellement, la question se pose. C’est un secret de polichinelle mais je ne sais pas si je suis le mieux assis pour pouvoir porter ce projet-là. Je ne raisonne pas pour l’instant en terme de parti car on n’est pas dans une structure institutionnalisée. Les gens agrégés autour d'”Ici pour demain”, ne sont pas venus comme militants. Ils sont venus car ils aiment les propositions et qu’ils veulent porter des débats. D’un autre côté, les partis ne veulent pas le faire et il faut que quelqu’un soit la voix de ce projet. S’il n’y a pas d’autres voix qui émergent, il va falloir à un moment mouiller la chemise. Si je pars là dedans, ça va être sur des fonds propres ou des contributions. Je pèse ça avec ma compagne. Mais je ne me fais pas d’illusion : je suis un outsider, il y a peu de chances que je sois élu en 2012. Ce n’est pas pour le poste que je le fais : lorsque l’on croit à ses idées, il faut se lancer.

Quelles sont les idées que vous défendez ?

Nous voudrions mettre en place ce que l’on appellerait un leadership de la communauté française en Amérique du Nord, c’est-à-dire une table ronde autour de laquelle s’assoiraient des élus de toutes tendances confondues, des conseillers élus à l’Assemblée des Français de l’étranger, des sénateurs qui représentent la circonscription, des responsables diplomatiques et consulaires et des responsables d’associations, qui agissent au quotidien, notamment en aide aux nouveaux arrivants. L’objectif serait que tous ces représentants puissent gérer un budget qui soit celui de la communauté française d’Amérique du Nord, budget qui viendrait de contributions volontaires. C’est la mesure phare que j’irai défendre, même si cela doit prendre du temps.

En quoi consisterait cette contribution volontaire ?

Ce n’est pas parti d’un rêve fou, c’est simplement venu d’une observation: il y a de nombreuses communautés culturelles qui le font. On parle des Juifs, des Italiens, des Grecs, des Portugais etc. Ils se disent : “On a une communauté, elle compte tant d’individus, on va demander chaque année à chacun de participer financièrement à trois ou quatre pôle d’actions principaux qui seront mis en avant.” Cela ne veut pas dire qu’ils ne paient pas d’impôts dans le pays d’accueil, ou dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, l’Etat français n’a plus les moyens de subvenir aux besoin des Français de l’étranger. Quand on regarde les chiffres, il y a parfois près de 50% de baisse au niveau de certaines dotations. La situation ne va pas s’arranger avec la rigueur annoncée par François Fillon. Alors, soit on devient cynique, soit on fait l’autruche, soit on affronte les problèmes mais en n’attendant pas tout de l’Etat.

Quand les Français partent s’installer en Amérique du Nord, c’est aussi avec l’idée d’être moins taxés. Ne pensez-vous pas qu’il y ait de nombreux réfractaires ?

L’idée est de dire que l’effort que je fais en plus permettra à ma communauté d’intervenir comme un maillon de solidarité pour ceux qui  se trouveraient dans des situations difficiles. On revient à des thèmes classiques. Raisonner en disant: ” On est dans un territoire nord-américain, libéral, donc moins d’impôts, moins de taxes,”, ça donne, par exemple, des difficultés d’accès aux soins de santé que l’on connaît aux Etats-Unis. Si on veut de bons services publics, il faut y mettre l’argent. Si demain on n’arrive plus à recréer ce tissu solidaire, alors la communauté n’a plus de sens. On deviendra des maillons atomisés dans un espace que l’on n’arrivera plus à définir. Cette première circonscription est peut-être l’opportunité de créer un laboratoire à ciel ouvert.

Pensez-vous qu’un député censé représenter toute la nation puisse arriver à ce résultat ?

Le député qui va être bientôt élu représentera certes la nation, – il va faire des propositions de lois, en voter certaines, représenter une majorité ou être dans l’opposition – , mais il est aussi représentant de Français et de Françaises qui ont un statut très particulier. Vouloir faire abstraction de ça, c’est fouler au pied une réalité que vont leur renvoyer dans la figure ceux qu’ils sont censés représenter. Demain, si le député ou la députée ne fait que siéger à Paris et qu’il se contente de faire remonter les informations, les gens vont se demander à quoi il sert, comme on l’entend aujourd’hui sur les représentants AFE. C’est un drame démocratique parce qu’on ne fait pas l’effort d’aller demander aux gens comment ils veulent que les représentants qu’ils vont élire les représentent.

La plupart des partis déclarés n’ont pas encore présenté leurs candidats. Qu’en pensez-vous ?

Avant les primaires socialistes, j’avais lancé un appel pour qu’on organise des primaires citoyennes ouvertes à l’échelle de notre communauté. Je suis plutôt progressiste, je ne me suis pas adressé aux partis de droite. Je voulais que nous profitions de cette opportunité pour définir ce qui nous rassemble. Mais on a encore une fois loupé cette occasion. J’ai eu le Parti socialiste, Europe écologie et le Modem qui m’ont tous répondu que cela ne les intéressaient pas. Quand vous leur demandez ce qu’il va se passer, ils répondent que c’est Paris qui va désigner ses candidats.  Mais quelle est la logique qui voudrait que, depuis les couloirs des partis politiques, on décide qui peut représenter une population qu’on ne connaît même pas ? Si poser ce débat peut permettre aux gens, qui ne seraient pas forcément susceptibles de s’engager,  de s’interroger, alors c’est une bonne chose.

Pour en savoir plus :

Le mercredi 23 novembre à 18 heures, Philippe Régnoux lancera Ici Pour Demain, à la coopérative de travail Les Katakombes (1635 rue Saint-Laurent) à Montréal. RSVP à rsvp@icipourdemain.org

Biographie :

Juriste de formation, ancien directeur des programmes pour le réseau Ferarock en France, Philippe Régnoux a vécu au Gabon, avant de s’installer il y a six ans à Montréal au Canada, où il a travaillé pour la radio juive Radio Shalom. A la tête de Kayak Média, une entreprise de gestion de contenus éditoriaux pour d’autres entreprises, il a également fondé les le collectif “Souriez, vous êtes Français” en 2008, qui promeut la participation citoyenne au sein de la communauté française au Québec.

Nous tracerons des horizons, Philippe Régnoux, Editions du Marais, essai paru en avril 2011.

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