Subscribe

Législatives : Quel député pour l’Amérique du Nord ?

Les résultats du second tour de la présidentielle montrent un resserrement entre la droite et la gauche en Amérique du Nord. Que peut-on déduire des scores des deux tours de la présidentielle pour les élections législatives ? La droite peut-elle s’incliner dans une circonscription pourtant réputée imperdable lors de sa création ?

53,63%. C’est le score obtenu par Nicolas Sarkozy si l’on cumule les résultats du second tour de la présidentielle aux Etats-Unis et au Canada. La circonscription d’Amérique du Nord est donc, sans surprise, plutôt à droite. Mais à moins d’un mois du premier tour des législatives, il serait bien maladroit d’affirmer que le candidat de droite qui sera au second tour l’emportera.

Cédric Pellen, chercheur postdoctorant à l’université de Montréal, mène actuellement une enquête sur les candidats aux législatives en Amérique du Nord et leurs pratiques de campagne dans le cadre du programme Spel (Sociologie politique des élections). Selon lui, l’inconnue de la participation rend le résultat de l’élection impossible à prévoir. “C’est une élection très ouverte. Et surtout très mystérieuse. On n’a aucune information sur les électeurs, aucun sondage. C’est une élection à l’aveugle !”

Surfer sur la victoire de François Hollande

Plusieurs éléments confirment que la gauche peut tirer son épingle du jeu. D’abord les divisions à droite dans la circonscription d’Amérique du Nord. En plus de Frédéric Lefebvre, candidat officiel de l’UMP, trois candidats indépendants se réclament de droite : Antoine Treuille, Julien Balkany, et Gérard Michon. Ce mercredi, un quatrième indépendant, Franck Bondrille, a annoncé qu’il retirait sa candidature et qu’il rejoignait celle de Julien Balkany. Un coup dur pour Frédéric Lefebvre qui voit s’allier ses adversaires à droite. Mais ce rapprochement est loin d’être surprenant pour Cédric Pellen. “Avec la défaite de Nicolas Sarkozy et la dynamique à gauche, les candidats de droite vont tout faire pour optimiser leurs chances de se retrouver au second tour. Il ne serait pas étonnant que l’UMP et Frédéric Lefebvre tentent eux aussi de se rapprocher de certains candidats dissidents afin de donner un visage plus uni”. Corinne Narassiguin, candidate du PS en Amérique du Nord, n’a pas d’adversaire principal à droite. “Avec les divisions à droite, il est difficile de savoir qui est le mieux placé. Frédéric Lefebvre a l’étiquette UMP mais personne ne sait si cela va contrebalancer le fait qu’il est parachuté”.

Autre élément en faveur de la gauche, la dynamique qui découle de la victoire de François Hollande. Pour la candidate socialiste, le résultat de la présidentielle motive encore plus les bénévoles. “Je pense que l’électorat de gauche, voire du centre, va avoir la volonté de donner une majorité au PS à l’Assemblée nationale.” Si la participation pour ces législatives reste la grande inconnue, il est intéressant de voir que c’est au Canada, favorable à la gauche, que l’on a le plus voté à la présidentielle, avec 40,52% de participation, contre 36,24% aux Etats-Unis. “Avec la possibilité de voter par Internet, on peut supposer que plus de jeunes électeurs seront enclin à voter aux législatives. Sans vouloir tirer des conclusions hâtives, on peut supposer que cela profitera à la gauche, affirme Cédric Pellen. Mais à l’inverse, les contraintes qui pèsent sur la tenue de l’élection au Canada peuvent jouer en faveur de la droite”.

Les candidats indépendants ont-ils une chance ?

Alors que le dépôt des candidatures aux législatives sera clos vendredi 11 mai, une quinzaine de candidats ont manifesté leur intention de se présenter. Parmi eux, on compte cinq indépendants. “Ces candidats qui n’ont pas été investis par un parti se disent que la logique de vote ici va être différente de celle en métropole. Que les Français des Etats-Unis et du Canada vont vouloir voter pour un candidat et non un parti politique. Cela va se jouer sur la capacité de ces indépendants à évoquer les sujets qui parlent aux expatriés”.

Mais dans une élection qui ne semble intéresser qu’un faible nombre d’expatriés, l’étiquette peut jouer un rôle majeur. D’autant que les candidats soutenus par un parti ont eu accès aux courriels des Français inscrits sur les listes consulaires très tôt dans la campagne. Sans compter le soutien logistique dont ils ont pu bénéficier. “L’UMP, le PS ou encore le MoDem avaient, bien avant les élections, des antennes dans tous les Etats-Unis et au Canada. Et pour une si grande circonscription, cela peut être utile. Et puis, dans une élection comme les législatives auxquelles les gens s’intéressent moins, c’est toujours bien d’avoir une étiquette”.

La pérennité du poste en question

Avec une participation déjà faible à la présidentielle, le pire est à craindre pour les législatives. A moins que le vote par Internet soit un franc succès. Selon Cédric Pellen, un faible nombre de votants pourrait faire perdre toute légitimé à ce nouveau poste. “Il faut savoir que les onze circonscriptions de l’étranger ont été créées au détriment d’autres circonscriptions en France. Il y a déjà eu une polémique au moment de leur création, donc si la participation est très basse, on risque de remettre en cause la légitimé de ces députés de l’étranger.” Sans compter qu’il sera plus difficile de faire remonter à l’Assemblée nationale les problèmes des expatriés en Amérique du Nord si le député est élu par moins de 40% de votants.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related