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Lemaitre, l’autre modèle pour l’athlétisme français

Atypique et provincial, l’échalas (1,89 m) Christophe Lemaitre, sacré roi d’Europe du 100 m mercredi soir à Barcelone et dans l’attente d’autres lauriers en Catalogne, a des arguments pour séduire le grand public en offrant une image différente du sprinteur.

“Vendu”, “survendu” même comme le premier athlète blanc sous les 10 secondes, le Savoyard propose une nouvelle voie pour l’athlétisme français.

Découverte. Lemaitre est né à l’athlétisme le 10 septembre 2005. Ingénieur parisien transféré dans l’Ain, Jean-Pierre Neyr n’a pas oublié. Accompagné de ses parents, Christophe était venu faire un petit bout d’essai sur une piste improvisée de 50 m, en fait une allée en gravillons d’un parc à Belley. Passionné d’athlétisme, M. Neyr y organise chaque année une opération de détection. “Il avait réalisé la meilleure +perf+ de toutes les catégories alors qu’il allait passer cadet 1re année”, se souvient-t-il.

Les débuts. “Fin septembre 2005, Christophe réalise 11 sec 87 pour son premier 100 m, et 11 sec 46 pour le deuxième. Belley est une sous-section du club d’Aix-les-Bains (Savoie), équipé d’une piste en synthétique. En 2006, il y est parti, aussi pour ses études”, explique le découvreur. Le professeur retraité d’EPS Pierre Carraz, entraîneur bénévole depuis près d’un demi-siècle, va toucher le gros lot. “Bien sûr que j’ai noté son potentiel. Mais Christophe a mûri progressivement”, note le technicien.

Une autre voie. “C’est une victoire des clubs, la victoire d’un autre modèle. Comme à mon époque avec les perchistes du Racing Club de France. La France n’a pas les moyens d’avoir un modèle unique. C’est une immense réflexion pour la Fédé et l’INSEP”, attaque Jean-Claude Perrin, actuellement assistant au Paris Handball. Si des observateurs évoquent l’échec des “entraîneurs nationaux de l’INSEP”, Pierre Carraz n’entre pas dans la querelle. Et de constater: “En région parisienne, il y a une grande densité d’athlètes et d’entraîneurs. Mais la Ligue Rhone-Alpes n’est pas mal fourni de clubs bien structurés”.

Atypique. Pas de bras et de pectoraux, provincial quand la grande majorité des sprinteurs français viennent de la banlieue parisienne, Lemaitre détonne dans le milieu. Son avènement rappelle que le sprint “c’est avant tout les jambes”. Ses zozotements et réponses en forme de sketch, ponctuées de “voilà” et “c’est clair”, attirent indéniablement la sympathie.

Détection. “Ce qu’on fait dans notre coin, il faudrait l’étendre, le généraliser, faire de la prospection à l’école. C’est un moyen indispensable pour trouver ceux qui ont la fibre pour faire de la vitesse”, insiste M. Neyr. Pierre Carraz est pour sa part sévère envers les professeurs d’EPS. “On peut enlever les mots +sportive et physique”. Maintenant il faut amuser les enfants plutôt que les faire travailler”, accuse-t-il.

L’avenir. La nouvelle envergure de Christophe Lemaitre attise les offres de service. Pourra-t-il continuer à Aix-les-Bains, avec Carraz? “On y a pensé. Pour le moment, il est bien à Aix car il n’aime pas vivre en ville”, explique le coach. A 70 ans, il ne se fait pourtant pas trop d’illusion. Alors il avertit: “Pour bien entraîner un athlète, il faut bien le connaître”.

 

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