Subscribe

“L’enfer sur terre”: un ex-détenu somalien raconte Guantanamo

“C’était comme l’enfer sur terre”: dans sa première interview depuis sa libération la semaine dernière, un ancien prisonnier somalien de la prison de Guantanamo Bay, détenu pendant huit ans, a raconté à l’AFP sa captivité.

Mohamed Saleban Bare, 44 ans, affirme n’avoir été en rien impliqué dans des actes terroristes au moment de son arrestation par la police pakistanaise à Karachi en décembre 2001.

Il a été détenu quatre mois au Pakistan, envoyé en Afghanistan puis à Guantanamo Bay.

“J’ai été emprisonné pendant environ huit ans et deux mois alors que j’étais innocent mais, grâce à Allah, je suis libre maintenant et je veux laisser derrière moi toutes ces souffrances”, raconte M. Bare, dans une interview accordée à Hargeisa, capitale de la région somalienne semi-autonome du Somaliland.

M. Bare et un autre Somalien, Osmail Mohamed Arale, 45 ans, ont été libérés et rapatriés samedi par le Comité international de la Croix Rouge (CICR).

Ils font partie d’un groupe de 12 détenus de Guantanamo, dont six Yéménites et quatre Afghans, renvoyés dans leur pays d’origine par les autorités américaines.

“Guantanamo Bay est comme l’enfer sur terre et je ne me sens pas encore normal, mais je remercie Allah de m’avoir maintenu en vie et d’avoir fait que je ne souffre pas de désordres physiques et mentaux comme plusieurs de mes amis”, dit-il, assis dans la chambre de son hôtel à Hargeisa.

A Guantanamo, “ils utilisent des techniques de torture très dures”. Cheveux courts et longue barbe clairsemée, l’ex-prisonnier semble épuisé, l’air hébété, et se déplace avec lenteur.

“Ils vous empêchent de dormir pendant au moins quatre nuits de suite”, poursuit-il; “ils ne vous donnent quasiment qu’un biscuit à manger pour toute la journée, ils vous font dormir dehors sans couverture dans le froid et pour certains détenus c’est encore pire, avec des tortures à l’électricité et des coups”.

M. Bare assure que les autorités américaines ne lui ont jamais indiqué quelles charges pesaient sur lui. Les interrogatoires ont porté sur son passé et ses relations en Somalie. “Il n’y avait que des soupçons et aucun dossier clair”, assure-t-il.

Il explique qu’il ne voulait pas répondre aux questions sur ses liens présumés avec al-Ittihad al-Islamiya, mouvement islamiste somalien des rangs duquel sont issus de nombreux leaders insurgés actuels, en particulier parmi les shebab, qui se revendiquent d’Al-Qaïda et du jihad mondial.

“Guantanamo est un endroit où l’on humilie les musulmans”, juge-t-il. “Tous les prisonniers sont musulmans mais ils (les Américains) affirment que c’est une prison pour terroristes. Pourquoi alors n’y détiennent-ils pas des non-musulmans?”.

“Aucun droit de l’homme n’existe ou ne s’applique à Guantanamo. Les interrogateurs forcent les détenus à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis en les torturant et en souillant leur religion”, poursuit le Somalien.

“Ils avaient l’habitude de jeter le Coran dans les toilettes et d’augmenter le son de leurs musiques pendant nos prières”, accuse-t-il, reprenant une accusation d’autres ex-prisonniers de Guantanamo.

“Certains de mes compagnons de détention ont perdu la vue, (…) d’autres ont terminé à moitié fou”, conclut M. Bare: “je suis OK par rapport à eux”.

Related