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L’enfermement des mineurs, un sujet qui divise

Ignorant les foudres de la droite qui l’accuse d’angélisme, la ministre de la Justice Christiane Taubira reste déterminée à rompre avec le tout répressif et prend même ses distances avec une promesse de campagne de François Hollande sur les centres fermés pour mineurs.

Dans un entretien publié mardi par Libération, elle confirme les grandes lignes de la politique pénale qu’elle compte mettre en oeuvre, qui ne sera plus centrée sur la prison comme seule réponse à la délinquance. Elle répète que la surpopulation carcérale est “inacceptable” et que des consignes vont être données aux parquets pour freiner le recours aux peines planchers et les courtes peines de prison, susceptibles d’être remplacées par des peines alternatives telles que le placement sous bracelet électronique.

Elle va plus loin concernant le placement de mineurs délinquants dans les “centres éducatifs fermés” (CEF), petites structures créées en 2002 et constituant l’ultime alternative avant l’incarcération. “Il faut sortir du fantasme CEF. Il faut arrêter de dire que c’est LA solution”, déclare-t-elle, en annonçant avoir lancé une “inspection” pour “évaluer ces centres”, où les incidents sont récurrents. L’ancienne majorité avait prévu d’ajouter 20 CEF à la quarantaine existant déjà, en transformant des foyers classiques en centres fermés.

François Hollande avait dit avant son élection qu’il en doublerait le nombre, avant d’expliquer aux professionnels de la justice des mineurs, troublés par cette proposition, qu’il savait aussi “l’importance des autres structures d’accueil”. “Aujourd’hui, on place en CEF des jeunes car, parfois, il n’y a pas d’autres offres de placement. On ne va quand même pas en construire d’autres pour légitimer ce contresens”, estime Mme Taubira, en se disant “sensible au milieu ouvert pour une réalité simple: 80% de non-récidive”.

Selon la Chancellerie, ces propos ne contredisent pas les engagements du président Hollande. Mais la ministre insiste sur le fait qu'”il ne faut pas déshabiller Paul pour habiller Pierre”, a précisé le porte-parole du ministère, Pierre Rancé.

“Affichage de sévérité”

A peine nommée, Christiane Taubira, réputée pour son franc-parler, avait cristallisé les critiques à droite lorsqu’elle avait annoncé son intention de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs, conformément à un engagement du candidat PS à la présidentielle. Le tollé a immédiatement suivi mardi ses déclarations à Libération.

“Mme Taubira défend une vision idéologique, passéiste et naïve d’une justice qui refuse toute place à la sanction”, a lancé Eric Ciotti, secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité. “La justice est pour elle une notion à géométrie variable et la fermeté un concept étranger”, selon l’ex-ministre UMP Brice Hortefeux, alors que pour Wallerand de Saint-Just, membre du bureau exécutif du Front national, Mme Taubira mène une politique caractérisée par une “fascination envers le délinquant et le criminel”.

Le député et ex-ministre Yves Jégo, vice-président du Parti radical, a déclaré sur Europe 1 avoir “lu avec stupéfaction les propos de Mme Taubira”. “Je constate qu’on détricote tout ce qui a été fait par la précédente majorité et qu’on ne propose rien à la place”, a-t-il commenté. “Nous sommes extrêmement satisfaits des déclarations de Mme Taubira”, a en revanche déclaré à l’AFP Michel Faujour, cosecrétaire national du Snpes-PJJ, syndicat d’éducateurs qui n’a jamais été favorable aux centres éducatifs fermés. Leur création a répondu, selon lui, “à une logique d’affichage de sévérité pour les jeunes délinquants”, qui n’a pas eu les résultats escomptés.

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