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Les adieux à la reine, “un amour presque mystique”

Adapté du roman de Chantal Thomas du même nom, Les adieux à la reine sort en salles vendredi 13 juillet aux Etats-Unis. Léa Seydoux interprète Sidonie Laborde, lectrice de Marie-Antoinette (Diane Kruger), avec qui elle entretient une relation ambiguë. Dans un huis clos versaillais, on assiste à l’intimité entre les femmes de la cour et la dévotion sans bornes de la jeune fille à la reine, lors des dernières heures au château, tandis que la révolution gronde au-dehors. France-Amérique a rencontré le réalisateur, Benoît Jacquot.

France-Amérique : Les adieux à la reine est l’adaptation d’un roman de Chantal Thomas. Pourquoi avez-vous choisi ce livre?

Benoît Jacquot : Je l’ai lu et j’ai tout de suite eu le sentiment que c’était un film que possiblement je pourrais faire. C’est un sentiment qui n’est pas très précis, c’est-à-dire qu’on ne voit pas le film sortir tout armé du livre comme de la cuisse de Jupiter mais c’est un sentiment fort. Ça ne m’est pas arrivé souvent.

Pourtant, vous aviez déjà adapté des romans.

Mais pas des romans d’auteurs contemporains ou vivants alors que celui-ci je l’ai lu au moment où il est sorti, où il a eu le prix Femina et où il a été un best-seller en France. Je n’ai fait ça que rarement. En général, j’adapte des romans d’auteurs qui ne sont plus de ce monde et à qui je ne risque pas d’avoir à faire au moment de réaliser.

Avez-vous travaillé avec Chantal Thomas sur l’adaptation ?

J’ai travaillé avec sa complicité, dans la mesure où elle connaît très bien ce que je fais et où elle m’a laissé une totale liberté de la trahir. Et elle est même assez fine – ce que je pouvais deviner – pour penser que c’est en la trahissant que je serais probablement plus proche d’elle.

Elle avait déjà fait un énorme travail de recherche. Avez-vous dû en faire autant ? Quelles libertés peut-on prendre avec l’histoire ?

Ce qui m’intéresse, c’est cette équation étrange et paradoxale : plus on est rigoureusement exact, plus on peut se permettre de liberté d’imagination. Le travail de l’imaginaire non seulement ne suffit pas mais peut être très dommageable à l’établissement d’un film. Il faut lui donner un cadre. J’ai des conseillers historiques très utiles à cet égard.

La part d’imaginaire, c’est ce point-de-vue féminin que vous adoptez ?

A partir du moment où le film, plus encore que le livre, choisit de suivre un personnage féminin, de voir ce qu’elle voit, de ne pas voir ce qu’elle ne voit pas, ça féminise tout. Donc c’est comme si je confiais le film que je fais, moi qui suis un garçon, à une fille, à l’actrice. C’est un point de vue masculin sur un point de vue féminin.

Quel regard portez-vous sur l’amour de Sidonie envers la reine, à la fois rapport de pouvoir et relation intime, amour et obéissance ?

C’est un amour presque mystique. La reine est sa maîtresse dans tous les sens du mot. Et Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen, ndlr) est la maîtresse de la reine donc ça crée un circuit infernal. J’aime beaucoup, depuis longtemps, être en position de voir les femmes quand elles sont entre elles. Ça me fait souffler, parce que c’est pas commode d’être un mec. Contrairement à ce qu’on croit en général, c’est beaucoup plus incommode d’être un homme. Parce que les femmes sont supposées reproduire le monde et nous on est supposés le faire avancer.

Mais dans votre film, le roi est complètement absent.

C’est ça la vérité : ce sont les femmes qui font tout avancer mais sans en avoir la responsabilité instituée, ce qui est très commode depuis la nuit des temps.

Aviez-vous une intention de satire sociale ? Certains passages rappellent Molière, avec la noblesse qui s’enfuit en pyjama au milieu de la nuit ou la reine qui fait des caprices ridicules.

Il y avait une intention d’ironie, d’incongruïté. Parce que des événements, même tragiques, ont réellement une dimension cocasse. J’ai horreur des choses fades ou plates, ça ne m’arrange pas du tout. J’aime le relief , les choses contrastées. Que tout soit divers, ambigu, contradictoire. Qu’on ne sache jamais si on aime ou si on n’aime pas, que le jugement soit difficile à fixer, même le mien… Enfin non, moi j’aime absolument celle qui s’appelle Sidonie, Léa Seydoux. Je l’aime radicalement, sinon je ne lui aurais pas confié le film du premier au dernier plan.

 

Sortie en salles aux Etats-Unis le 13 juillet. Drame (2011), 100 mn.

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