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Les « Américains » du village français de la mode

La SCAD, l’école d’Art et de Design de Savannah, a organisé son premier gala de bienfaisance à Paris au profit de la restauration de la Maison Basse à Lacoste. Depuis dix ans, l’université américaine préserve et redonne vie à ce petit village de 450 âmes au cœur de la Provence qui compte également Pierre Cardin parmi ses bienfaiteurs.

Le 7 octobre dernier s’est déroulé le  premier gala de bienfaisance de la prestigieuse école d’art et de design de Savannah, en Géorgie (SCAD), donné au profit de la rénovation de la Maison Basse du village de Lacoste et coprésidé par le couturier Pierre Cardin et l’ambassadeur des Etats-Unis à l’Unesco, David T. Killion.

Posé sur le flanc nord d’un contrefort du petit Luberon, Lacoste accueille depuis presque dix ans des étudiants américains de l’une des plus grandes universités spécialisées dans l’Art et le Design. En effet, depuis 2001, ce petit village médiéval du Vaucluse est, avec Hong-Kong, l’un des deux campus internationaux de l’université américaine. Chaque trimestre, entre cinquante et soixante-dix étudiants américains en dernière année, heureux privilégiés, font le voyage en France. « Imaginez un étudiant venant d’une grande ville comme Atlanta, en Géorgie, découvrant avec des yeux ronds le village provençal de Lacoste. Nos étudiants sont plus que ravis ! » explique Mary Scarvalone présidente de SCAD Lacoste.

Déjà propriétaire de trente-et-une bâtisses de la petite ville médiévale, entièrement rénovées par ses soins, la SCAD parachève son campus de Provence avec l’acquisition de la Maison Basse, qui servit un temps d’écurie au Marquis de Sade. Une fois restaurée, notamment grâce aux fonds récoltés lors de ce gala, ce trésor historique du XVe siècle, comprendra des résidences d’accueil pour les artistes et les étudiants chanceux de passage et pourra aussi servir d’atelier, de salle de classe ou de lieu d’exposition culturel.

Les « Américains » de Lacoste

L’histoire commence en 1970, lorsque le peintre Bernard Pfriem y fonde la « Lacoste School of Art ». L’artiste américain « est tombé littéralement amoureux du village, raconte Mary Scarvalone. Sa personnalité et son charisme lui ont permis d’attirer des grands noms de l’art dans son école comme Man Ray, Lee Miller ou Henri-Cartier-Bresson ». En 1996, à la disparition du peintre, SCAD reprend l’école des Beaux-Arts et décide de restaurer les bâtiments historiques du village un à un.

Cette année, la « Lacoste Scool of Art » dispensait des cours de photographie, d’histoire de l’art et des bijoux, de peinture, de design ou encore de mode. Ceux que les Lacostois appellent entre eux « les Américains », vivent au rythme des cigales de la Provence, résidant dans des maisons datant du XVIIe siècle et co-habitent en parfaite entente avec les villageois français. « Les habitants nous aiment maintenant, s’amuse Mme Scarvalone, nous essayons de faire des choses tous ensemble. C’est pourquoi la SCAD Lacoste accueille une série de programmes publics et des expositions pour la communauté locale et régionale. » L’université américaine a su réveiller le village assoupi depuis les années 30 et lui redonner son charme.

Une ville, deux bienfaiteurs

Lacoste constitue un cas unique en son genre. D’autant qu’un autre grand créateur, Pierre Cardin, est arrivé dans le village en 2001. Il est devenu propriétaire du château du Marquis de Sade, d’une boulangerie, d’un primeur, d’une épicerie et d’un marchand de journaux.  L’homme d’affaires a acquis au total une quarantaine de bâtiments A ce jour. « On m’accuse de tout acheter, déclare-t-il, mais ce sont les habitants qui souhaitent vendre ! Je suis un constructeur. A mon âge, je réalise sans me soucier du lendemain. J’aime transformer les bâtisses, les rendre habitables et viables. Comme un collectionneur qui amasse des toiles, moi je collectionne les maisons et les terrains. » Le couturier bientôt nonagénaire et la grande université américaine possèdent plus de 50% de ce village de 450 âmes (sources Insee), une situation pour le moins atypique. « Oui nous avons une certaine présence à Lacoste, répond modestement Pierre Cardin. Ce village était à l’époque entièrement mort, abandonné, seulement habité par des personnes âgées. Suivant l’exemple de la SCAD, tout en n’ayant aucune idée de leur présence, je suis devenu propriétaire du Château du Marquis de Sade. Finalement, on s’est partagé, sans le savoir, le village. »

Aujourd’hui, grâce au soutien de ses deux bienfaiteurs, cet ancien site stratégique de l’Antiquité, surplombant ce que furent les principales voies romaines, a retrouvé sa superbe. Lacoste est devenu une scène culturelle de premier ordre au service de la création, dont la toile de fond sert d’inspiration aux étudiants américains et à la folie des grandeurs d’un des plus riches créateurs français.

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