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Les Américains et la gauche française

Historien américain, spécialiste de politique française et professeur à l’Appalachian State University de Caroline du Nord, Michael C. Behrent analyse pour France-Amérique le rapport des Américains à la gauche française.

France-Amérique : Quels souvenirs garderont les Américains de Nicolas Sarkozy ?

Michael C. Behrent : Nicolas Sarkozy leur était très compréhensible, beaucoup plus que la plupart des hommes politiques français. À travers “Sarko l’Américain”, ils ont vu une célébration perpétuelle de la vie américaine, dans un style souvent caricatural. Sarkozy, ce président hyperactif, ambitieux, pragmatique, champion de “ceux qui se lèvent tôt”, mais aussi cet amoureux du luxe et de l’argent, ce père de famille à la vie sentimentale compliquée, voyant d’un œil méfiant le monde de la culture.

Les Américains connaissent-ils François Hollande ?

François Hollande est un personnage plutôt opaque, difficilement identifiable pour les Américains. Non seulement ils n’en ont jamais entendu parler, à l’exception de ces dernières semaines, mais il n’y a aucun point en commun entre lui et l’Américain moyen. Hollande est né dans un milieu d’extrême droite colonialiste, qui a peu à voir avec la droite américaine. Il a fait l’ENA, une des institutions clé de la Ve république, qui ne possède aucun équivalent aux États-Unis. Il a enfin choisi d’adhérer au Parti socialiste pour des raisons de carrière plutôt que pour ses convictions.

Quelles seront les conséquences des propositions de François Hollande sur les relations franco-américaines ?

La politique économique prônée par Hollande – des dépenses publiques ciblées, une fiscalité plus juste, une relance de la croissance – a son pendant dans les débats politiques actuels aux États-Unis. Elle peut être clairement rapprochée de celle de Barack Obama. Le candidat républicain Mitt Romney ne manquera pas sans doute de faire un amalgame entre la politique du président élu et celle d’Obama, pour pouvoir traiter ce dernier de “socialiste”. Tous les deux sont également favorables à la fin prochaine de la présence militaire de l’Otan en Afghanistan. En réalité, Hollande est un homme politique bien français, et issu d’une culture politique très distincte de celle des États-Unis.

Comment le Parti socialiste français est-il perçu aux États-Unis ?

Les Américains comprennent peu de choses au socialisme : d’abord dans son histoire, qui se réduit pour eux au désir du « tout État », ensuite dans son actualité, qui est de plus en plus en rupture avec ses formes traditionnelles. Le fait que Hollande ait surtout été un chef de parti leur semble tout aussi bizarre, les chefs de parti aux États-Unis – au sens du “Chairman of the Democratic National Committee” – étant peu connus des citoyens, et leur rôle restreint à des responsabilités organisationnelles et financières. D’autre part, les grands enjeux qui ont marqué ses mandats successifs à la direction du Parti socialiste, comme l’intégration européenne et le traité constitutionnel, leurs paraissent trop lointains.

Quelles étaient les relations entre les présidents Mitterrand et Reagan ?

En 1981, en pleine Guerre froide, l’Administration américaine redoute la victoire d’un socialiste qui prône une “rupture avec le capitalisme”, l’annulation de l’installation des euromissiles en Allemagne et prépare l’arrivée de ministres communistes au gouvernement. Sur le plan idéologique, tout séparait le libéralisme reaganien du programme socialiste (nationalisations, etc.). Mais les relations sont demeurées solides, exception faite de quelques querelles ponctuelles, comme le refus de la France d’accorder le droit de survol aux avions américains lors du raid sur la Libye en 1986. François Mitterrand a toujours eu de bons rapports avec Ronald Reagan, et encore meilleurs avec George H. W. Bush et Bill Clinton. Entre Barack Obama et François Hollande, les circonstances sont différentes. La fin de la Guerre froide et l’implosion du PC ont rendu caduque la question épineuse du communisme. La méfiance que l’arrivée d’un socialiste au pouvoir en France a pu susciter à Washington dans les années 80 a vécu.

Les deux blogs de Michael C. Behrent : sisterrepublic.wordpress.com et alternatives-economiques.fr/blogs/behrent

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