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« Les Américains n’ont jamais oublié Piaf »

Ambassadrice du répertoire français aux Etats-Unis, la chanteuse de jazz Raquel Bitton, installée à San Francisco, sera en concert les 13 et 14 février prochains à New York. Elle y présentera son dernier spectacle, A little bit of Paris, qui fait revivre l’âge d’or de la chanson française. Rencontre.

Votre répertoire musical est une reprise des chansons françaises des années 30 et 40.  Pourquoi un tel attachement à cette période ?

Cette période me fascine énormément depuis la lecture du livre de Janet Flanner, Paris was yesterday. Cette New-Yorkaise, qui a habité Paris pendant cette période, y racontait des histoires merveilleuses. Le Paris de 1930 et 1940 était éblouissant à mes yeux. C’est le Paris d’avant-guerre. Les chansons d’Edith Piaf,  le jazz, les Américains qui débarquent sur Paris, les chanteuses de charme comme Tino Rossi, Lucienne Delyle ou Damia : tout cela éveille une certaine nostalgie.

Finalement, vos albums font revivre un Paris fantasmé…

Absolument. Mon répertoire est très rétro. Le Paris d’aujourd’hui est pollué par la culture américaine. J’essaie donc de faire revivre la vraie musique française du Paris de Joséphine Baker et d’Edith Piaf. Pour les Américains, Piaf est le symbole de la France et de Paris. D’ailleurs, lors de mon dernier concert à New York au Carnegie Hall, Skitch Henderson m’avait présentée avec ses mots : « Voici une interprète la chanson française dans toute son authenticité ! » Cela m’a beaucoup touchée.

Vous serez à New York les 13 et 14 février prochains avec un spectacle intitulé, A Little bit of Paris. Quelle relation entrenenez-vous avec la capitale française ?

J’ai une vraie fascination pour Paris. C’est évidemment une très belle ville avec une histoire passionnante. De manière plus personnelle, j’aime me balader dans les marchés aux puces ou dans les vieux magasins pour y découvrir des partitions de musiques ou de vieux disques.

Comment avez-vous découvert Edith Piaf  ?

J’ai découvert le répertoire d’Edith Piaf aux Etats-Unis vers l’âge de 16 ans, après ma première histoire d’amour. En fouillant dans une boite de 33 tours appartenant à mon père, je suis tombée sur le disque d’Edith Piaf, C’est l’amour. J’avais l’impression qu’elle racontait ma propre histoire d’amour. J’ai trouvé qu’elle avait l’air triste mais j’ai été transporté par les paroles de la chanson. Aujourd’hui, je chante les textes de Piaf avec le même sentiment d’émerveillement. Je ne souhaite ni la remplacer ni l’imiter. Ce qui m’intéresse, c’est de connaître ce qui se cachait  derrière Piaf et en particulier ceux qui l’avaient épaulée. J’ai la chance, depuis des années, de rencontrer les gens qui ont gravité autour d’elle: ses auteurs, ses compositeurs, ses anciens amants.

D’où vient cette fascination américaine pour Edith Piaf  ?

Les américains se souviennent d’une grande chose à propos de la France: la libération de 1945. C’était une période glorieuse pour eux et pour les Etats-Unis. Or, à ce moment-là, c’est la voix de Piaf qui résonnait dans Paris. Elle véhicule donc à travers ses textes et sa voix, une certaine époque à laquelle les Américains aiment se référer. Il faut se souvenir que lors du premier séjour d’Edith Piaf aux Etats-Unis, les américains se demandaient qui était cette petite femme lugubre, en robe noire. Ils s’attendaient alors à une parisienne du Lido, comme Mistinguett ou Joséphine Baker. Mais Edith Piaf les a éblouis par sa voix et ils ne l’ont jamais oubliée.

Aujourd’hui, comment réagit le public américain ?

Le public américain est très réceptif à cette époque de la chanson française. Mais, je m’efforce de narrer l’histoire de la chanson au préalable en anglais avant de l’interpréter en français. J’introduis donc la chanson avec une certaine dramaturgie, à la manière d’un comédien. L’imagination du public est alors prise dans le texte !

Quels sont vos projets ?

Je prépare un spectacle pour 2011 qui s’intitule Une Américaine à Paris, avec 20 musiciens. Le titre s’inspire du long-métrage de Vincente Minnelli, An American in Paris. Et je travaille actuellement sur mon prochain disque, Samba. Les textes français rendent hommage à mon ami, Pierre Barouh (ndlr, compositeur qui a notamment travaillé avec Claude Lelouch). Ce disque fait la part belle aux mélodies : la samba et la bossa nova en particulier.

Infos Pratiques

http://www.raquelbitton.com/

Raquel Bitton sera en concert à New York au Feinstein’s at Loews Regency :

http://feinsteinsattheregency.com/

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