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Les bonnes feuilles de l’automne

Sept cent vingt-sept. C’est le nombre de romans à paraître cette rentrée, annoncée prolixe, variée, et de très bonne qualité. Parmi eux, deux tiers de littérature française, dont une centaine de premiers romans

 

 

Une cargaison de grands noms

L’année dernière, Les Bienveillantes, le roman de plus de 900 pages du franco-américain Jonathan Littell, avait éclipsé tous les autres, à la grande surprise de son éditeur Gallimard, et raflait deux des prix littéraires français les plus renommés, le Prix Goncourt et le Grand Prix du Roman de l’Académie française. Cette année, la rentrée amène avec elle sa traditionnelle cargaison de grands noms et d’habitués : octobre verra paraître les nouveaux Patrick Modiano (Dans les cafés de la jeunesse perdue, Gallimard), Daniel Pennac (Chagrin d’école, Gallimard), et Camille Laurens (Tissés par mille, P.O.L). Fin septembre, l’écrivain emblématique du Nouveau Roman Alain Robbe-Grillet, qui a quitté Minuit, son éditeur historique, pour Fayard, proposera Un roman sentimental annoncé comme tellement sulfureux qu’il sera peut-être vendu scellé sous film plastique. Autres grands noms de cette rentrée, le duo Olivier et Patrick Poivre d’Arvor avec J’ai tant rêvé de toi (Albin Michel) et Mazarine Pingeot avec Le Cimetière des poupées (Julliard). Le livre de la fille de l’ancien président a d’ailleurs suscité la polémique cet été avant même sa parution. La longue lettre d’une femme à son mari, qui lui explique pourquoi elle a tué et congelé l’enfant qu’elle portait, a fait réagir la famille de Véronique Courjault, inculpée en 2006 de triple infanticide, qui a tenté sans succès de retarder la diffusion du livre, arguant que l’affaire n’avait pas été jugée. Impatiemment attendu et dont tout laisse à penser qu’il sera beaucoup question de lui en ce mois de septembre, Philippe Claudel, révélé en 2005 avec Les âmes grises, saisit dans Le Rapport Brodeck (Fayard) les zones d’ombre d’un petit village isolé en période de guerre. Beaucoup de bruit également autour du quatrième roman de François Bégaudeau, qui quitte le collège de banlieue d’Entre les murs pour rendre hommage à la journaliste Florence Aubenas, dont il retranscrit et analyse dans Fin de l’histoire (Verticales) le récit qu’elle fit de ses cinq mois d’emprisonnement en Irak. Enfin, Olivier Adam, dont le roman précédent, Falaises, avait été listé pour de nombreux prix en 2005, publie à l’abri de rien (L’Olivier) un très beau roman sur la dérive et le mal de vivre d’une jeune femme qui, pour fuir la misère de sa propre vie, cherche à venir en aide aux clandestins réfugiés dans sa petite ville côtière face à l’Angleterre.

 

Lignes de force

Une des lignes de force de cette rentrée est la quête d’identité sur fond de retour au pays, de recherche des origines, ou d’exploration de l’histoire familiale. Dans Nuit Ouverte (Flammarion) Clémence Boulouque met en scène une jeune actrice qui remonte le cours de l’histoire collaborationniste de sa famille, alors qu’elle accepte d’incarner à l’écran Regina Jonas, première femme ordonnée rabbin, morte à Auschwitz en 1944. Dans Baisers de Cinéma (Gallimard), Gilles Hector, le personnage d’Eric Fottorino, est né de mère inconnue et de père photographe de plateau de cinéma, en pleine effervescence de la Nouvelle Vague. À la mort de son père, il est persuadé que sa mère était une comédienne de l’époque. Pour Michel Del Castillo (La Vie mentie, Fayard) et Minh Tran Hui (La Princesse et le pêcheur, Actes Sud), la quête de l’identité passe par la découverte d’un pays, de son histoire et de sa culture, l’Espagne pour le premier, le Vietnam pour la seconde. Autre axe de la rentrée, le deuil, la mort de l’être cher, et, de façon plus insupportable encore, celle de l’enfant chez Marie Darrieussecq, qui livre dans Tom est mort (P.O.L) le récit poignant d’une jeune mère française exilée en Australie dont le fils est mort accidentellement dix ans auparavant. La mort de l’enfant, du sien, la mort de sa petite fille de quatre ans, Philippe Forest en avait fait un essai, Tous les enfants sauf un. Il revient au roman avec Le Nouvel Amour chez Gallimard, ou il décrit comment, après le deuil, et malgré le lien invincible qu’il a créé, sa femme et lui retrouvent l’amour, mais chacun de leur côté. Enfin, dans le dernier roman de Linda Lê, In Memoriam (Christian Bourgois), la mort est celle aussi de la femme aimée, autour de laquelle deux frères ennemis gravitent, se haïssent et cherchent du sens.

 

Des caractères bien réels.

Sur un ton plus léger, les romans s’inspirant de personnages réels sont légion : Zelda Fitzgerald pour Gilles Leroy dans Alabama Song (Mercure de France), Miles Davis dans Miles, ce feu paisible (Fayard) d’Alain Gerber, ou l’immense Greta Garbo dans Le Tombeau de Greta G. de Maurice Audebert (Actes Sud). Et à ne surtout pas rater, les chasséscroisés très documentés de Christophe Donner entre aujourd’hui et la Révolution autour du personnage de Louis XVII, l’enfant-roi mort en 1795 dans la prison du Temple (Un roi sans lendemain, Grasset). Enfin, le grand événement de cette rentrée est le livre de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy, L’Aube le soir ou la nuit (Flammarion). Pendant les mois qui ont précédé son élection, Reza a suivi le candidat pas à pas, fondue dans le rythme de la campagne, intégrée à son plus proche groupe de conseillers. Le résultat de ces mois d’observation est un portrait littéraire écrit par une romancière et auteur de pièces de théâtre, non une enquête journalistique. Jeu dangereux pour Sarkozy ? Non sans doute, et c’est ce qu’il aurait d’ailleurs prédit à l’auteur au début de la campagne : « Même si vous me massacrez, je ne peux en sortir que grandi ».

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