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Les clichés de Paris d’Andrzrej Haladuda

Le photographe français expose un extrait de son ensemble Les Apparences, intitulé Parisian Motifs, à la galerie Soho Photo Gallery de White Street.

« Chaque chose est une trace. Ce sera ma méthode ». C’est la révélation qui frappe Andrzej Haladuda en 1998, alors qu’il regarde les marques de pas dispersées dans une allée du Jardin du Luxembourg.  L’envie naît alors de laisser un témoignage de sa vision de Paris. Durant trois ans, Andrzej photographie sa ville d’adoption en suivant d’abord un scénario géographique, par arrondissement, puis thématique, choyant les thèmes de la gastronomie, du temps passé, du désir entre autres. Parmi les multiples mètres carrés de diapositives en stock, Haladuda garde 300 de ses clichés intuitifs qu’il renomme « motifs », comme en peinture.

A l’origine, les Apparences décodent une certaine vision de Paris et de la France, qui n’est «ni l’armée de Napoléon ni la force nucléaire mais ça », dit Andrzej en pointant du doigt la photo d’une bouteille de parfum Guerlain. Les photographies d’Haladuda répondent à une logique tridimensionnelle : chacune évoque un lieu, un symbole culturel mais aussi le ressenti personnel du photographe. Ainsi, cette marionnette de danseuse de french cancan représente la période mythique de la Belle Epoque, mais aussi, d’après l’auteur, « un message tragique et angoissant sur la vie et la mort».

Par contrainte d’espace, seulement une vingtaine de photographies sont exposées, sous l’appellation “Parisian Motifs”, à la galerie Soho Photo. C’est la plus vieille galerie collective à but non lucratif de New York et présente onze expositions par mois.

Un Parisien à New York

D’origine polonaise, Andrzej a vécu 20 ans à Paris avant de venir s’installer à New York il y a quelques années. Mais rien n’est définitif pour l’artiste nomade qui compte retourner en  France un jour. «Paris, c’est le plaisir, la liberté et l’art. Ca m’a beaucoup manqué quand je suis arrivé en Amérique ». Son amour pour la capitale a beau être inconditionnel, il ne nie pas que « New York est une ville inspirante par sa diversité. On y travaille beaucoup mais c’est aussi la Babel moderne. Le snobisme est naturel ici, presque enfantin. Les gens ne sont pas frustrés mais curieux et prennent le meilleur de la vie. A Paris, c’est très en vogue de critiquer mais on peut agir en toute liberté. Et le plaisir est au centre de toute chose. »

Un photographe, trois passeports

« Les Apparences, c’est un hommage à la ville qui m’a tant donné ». Né au sein d’une famille francophile, Haladuda rêve de Paris dans une Pologne communiste où voyager n’est pas usuel. Dès l’enfance, il est attiré par les arts visuels puis choisit des études de sémiologie de l’image.  Sa vie prend un nouveau tournant quand il obtient une bourse pour étudier 5 mois à Paris en 1984. Il se souvient encore de son premier jour : « j’étais frappé par ce monde de couleurs, avec des publicités partout. Tout contrastait avec la grisaille de la Pologne. Cette ville m’a offert une révélation artistique et personnelle. J’y suis devenu libre».  Tout de même patriote, il revient en Pologne pour vivre avec sa famille et se réserve des aller-retours occasionnels en France jusqu’au jour où l’état de guerre est déclaré. Andrzej prétend alors un voyage d’étude à Paris et ne revient pas. Il devient photographe et travaille avec de grandes institutions, notamment en tant qu’enseignant à l’Ecole nationale des arts décoratifs. Il rentre en Pologne après la chute du communisme puis revient à Paris, où il exerce en photographe free-lance. Aujourd’hui, Andrzej possède trois passeports, polonais, français, américain. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer, sans la moindre hésitation, être français avant tout le reste.

 

Parisian Motifs d’Andrzej Haladuda, jusqu’au 31 décembre a la Soho Photo Gallery. www.sohophoto.com

 

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