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« Les élus locaux de droite risquent de payer l’impopularité de Nicolas Sarkozy »

Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques à l’université de Reims, spécialiste des campagnes électorales, de la démocratie de proximité et du parti socialiste, analyse les enjeux des élections régionales françaises des 14 et 21 mars.

Quelles sont les chances de la droite de conserver ses deux régions (ndlr, l’Alsace et la Corse), voire d’en gagner de nouvelles ?

Le rapport de force est très favorable à la gauche. Les élus locaux de droite risquent de payer l’impopularité du président de la République. L’UMP (ndlr, le parti de Nicolas Sarkozy) risque même de perdre la Corse, où elle est très divisée, et l’Alsace, où son leader historique (ndlr, Adrien Zeller) est décédé le 22 août 2009. Sa seule chance est l’incapacité que pourrait avoir la gauche à se rassembler au second tour.

L’UMP ne peut-il pas remporter la région Languedoc-Roussillon, où la gauche va présenter deux listes suite à de nouveaux dérapages verbaux de son élu Georges Frêche ?

Les sondages donnent Georges Frêche vainqueur dans tous les cas de figure, et ce, même si les deux listes de gauche se maintiennent au second tour. La droite est très peu implantée dans cette région. Les régionales se jouent aussi sur la personne et Georges Frêche bénéficie d’une notoriété que n’ont, ni la maire de Montpellier qui a été intronisée par le parti socialiste (PS), ni le candidat UMP. Mais ce que peut perdre le PS en Languedoc-Roussillon, il le regagnera dans les autres régions, grâce à son attitude face au cas Georges Frêche. La stratégie de Martine Aubry dans cette affaire lui a permis de montrer sa fermeté et sa volonté de rénovation.

Quels pourraient être les scores des autres partis ?

Europe Écologie vise les 17 %, mais cela me paraît utopique car on voit que les intentions de vote baissent au fur et à mesure que la gauche monte. Ce parti prospère habituellement sur les difficultés du PS. Le MoDem (ndlr, de François Bayrou) est lui complètement asphyxié par Europe Écologie et le regain du PS. De plus, leur ancrage local est très faible. Quant au Front national (FN, parti d’extrême-droite), son score est comme souvent assez difficilement quantifiable. La question est de savoir si les ex-FN, déçus de Nicolas Sarkozy, reviendront vers le parti de Jean-Marie Le Pen. Il est plus probable qu’ils s’abstiendront.

 

Alors qu’un ministre sur deux est candidat aux régionales, certains pourraient-ils perdre leurs fonctions en cas de défaite ?

Nicolas Sarkozy a tout fait pour ne pas nationaliser la campagne. Sa stratégie sera de dire « la défaite de la droite n’est pas un échec pour la politique gouvernementale ». Dans sa logique, il n’a pas intérêt à remettre en cause le mandat des ministres ou il se contredirait. Il va tout faire pour sous-estimer la portée nationale du vote.

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