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Les expulsions de roms continuent

Deux campements de Roms ont été évacués jeudi à Lille, et dans le même temps, des dizaines de Roms bénéficiant de l’Aide humanitaire au retour devaient quitter la France depuis Lyon, pour la Roumanie, au lendemain d’un message de “fermeté” délivré par le ministère de l’Intérieur.

Quelque 200 personnes ont été évacuées jeudi matin, près de Lille, en deux temps. Un premier camp, à Hellemmes, où résidaient environ 150 personnes, a été évacué en début de matinée, puis un autre, à Villeneuve d’Ascq, avec une cinquantaine de personnes, a constaté une journaliste de l’AFP. Ces évacuations interviennent alors que le ministère de l’Intérieur a assuré mercredi que les expulsions de campements illicites décidées par la justice seraient effectuées “avec fermeté”, tout en précisant que les préfets avaient reçu instruction de “mener un travail de concertation préalable”.

En milieu de matinée, alors que les cars transportant des Roms, candidats au retour, avaient pris la direction de l’aéroport de Lyon, la police est intervenue pour déloger une soixantaine de Roms, expulsés il y a trois jours d’un squatt de Vaulx-en-Velin et qui avaient dressé des abris de fortune à la sortie de Lyon, près du Parc de la Tête d’Or. Les Roms sont partis en direction d’un bois le long du Rhône, a constaté un photographe de l’AFP.

Jean-Philippe, militant pour la défense des Roms, a chiffré à 240 le nombre de personnes devant embarquer pour la Roumanie, après avoir quitté leurs campements, menacés d’expulsion, ces derniers jours dans l’agglomération de Lyon. “Ces retours volontaires sont des expulsions déguisées, et en plus on dilapide l’argent public car beaucoup vont revenir”, a-t-il estimé. Les candidats au retour touchent 300 euros pour les adultes et 150 euros pour les enfants.

Selon l’ONG Médecins du Monde, qui assure un suivi sanitaire des campements roms de Lyon, ce n’est pas le premier charter depuis le début de la présidence Hollande : l’ONG en a compté un le 10 mai et un autre le 5 juillet vers la Roumanie. Les associations se sont également montrées très critiques après l’évacuation de deux campements de l’agglomération lilloise, encadrée par quelque 150 policiers et CRS et mise en oeuvre suite à une ordonnance d’expulsion délivrée par le tribunal.

La communauté urbaine de Lille (LMCU), présidée par Martine Aubry (PS), et l’Etat, propriétaires des terrains, avaient engagé une procédure pour que soient démantelés ces campements illicites. “Ce qui est inconcevable pour nous, c’est qu’on jette les gens sans leur dire où ils peuvent aller. On attendait mieux suite aux déclarations du président Hollande”, a déclaré Roseline Tiset, de la Ligue des droits de l’Homme. Elle a ainsi rappelé que François Hollande, lors de la campagne présidentielle, s’était prononcé dans une lettre aux associations pour que “lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées”.

Selon Maryvonne Girard, 1ère adjointe au maire de Villeneuve d’Ascq en charge de la sécurité (proche PS), “la tension avec tous les Villeneuvois était devenue intenable”, au bout de “deux ans et demi de nuisances”. Après le discours très controversé de Nicolas Sarkozy, alors chef de l’Etat, en juillet 2010 à Grenoble, LMCU avait établi un moratoire des expulsions, prévoyant toutefois des exceptions notamment en cas de péril pour les habitants des campements.

“Nous avons pris des initiatives qu’aucune autre agglomération en France n’a prise, les villages d’insertion, la mobilisation des moyens d’hébergement d’urgence en lien avec l’Etat. Nous avons délibéré pour aménager des sites, ce que nous ferons prochainement”, a souligné Michel-François Delannoy, Premier vice-président de LMCU. “Si on veut continuer à ce que ce soit toujours les mêmes territoires qui font les plus grands efforts, qui traitent toutes les situations, là on arrive à un point de rupture”, a-t-il ajouté.

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