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Les Français de l’extrême

Les frères Montgolfier à Théodore Monod, l’histoire de France est parsemée de personnages plus ou moins raisonnables, lancés à l’assaut du ciel, des montagnes, des océans – pour repousser les limites des possibilités humaines et découvrir de territoires inexplorés. Les nouveaux Français de l’extrême ont été inspirés par les lectures de Frison-Roche, Saint-Exupéry ou Paul-Émile Victor. Ces dernières années, les plus médiatisés ont ajouté une dimension écologique à leurs expéditions. Jean-Louis Étienne et Nicolas Vanier ont fait de leurs expéditions au pôle Nord des symboles pour la recherche scientifique et le respect de la nature. On se souvient de Gérard d’Aboville, le premier à avoir traversé l’Atlantique à la rame, très investi dans la lutte écologique. Maud Fontenoy, qui a suivi son sillage à la rame, et la véliplanchiste Raphaëla le Gouvello, veulent, elles aussi, attirer l’attention sur la pollution des océans. Défier la pesanteur, les éléments, et… les autorités locales, voilà une autre spécificité française. À l’instar du funambule français Charles Blondin qui, au XIXe siècle, avait franchi sur un câble les chutes du Niagara, Philippe Petit marcha en 1974 sur un fil tendu entre les deux tours jumelles du World Trade Center. Dans le même genre, le varappeur Alain Robert, alias « Spiderman », est célèbre pour escalader à mains nues les plus hautes tours du monde, dont l’Empire State Building et la Tour Montparnasse. Quelques aventuriers français ont choisi de vivre aux États-Unis, pour s’entraîner, travailler, trouver un sponsor, ou tout simplement pour vivre entre deux océans et deux pôles. F.G.

SUR LES OCÉANS

Anne Quéméré est une femme pleine d’énergie, de passion, d’ambition. Elle veut sans cesse repousser ses limites, accumuler de nouveaux records. Et elle est très bien partie pour y arriver. Cette Quimpéroise ne se lance pas dans la navigation à la fin de ses études. Elle part aux États-Unis au début des années 1990, tombe amoureuse du pays, et finit par y élire domicile. D’abord en Louisiane, puis à New York où elle devient guide conférencière. Douze ans plus tard, en 2002, l’air marin de sa Bretagne natale la rappelle, et elle met les voiles. Commence alors sa reconquête de l’océan Atlantique, ses entraînements sur une yole traditionnelle (une embarcation étroite, légère et rapide propulsée à l’aviron), une Gig des Scilly construite par son père. Un an plus tard, Anne Quéméré se lance un premier défi, pas des moindres : la traversée de l’Atlantique sud à l’aviron en solitaire et sans assistance. Pari gagné en 2001 : elle réalise en 56 jours la traversée de la « route des alizés » (Canaries/Antilles) et en profite au passage pour battre le record du monde féminin. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La navigatrice décide de renouveler l’aventure mais sur l’Atlantique Nord, cette fois. En 2004, elle prend la mer depuis les États-Unis et arrive 87 jours plus tard, épuisée, sur les côtes françaises, un nouveau record en poche.

Deux ans plus tard, elle a un nouveau rêve : la traversée de l’Atlantique Nord, en solitaire et sans assistance mais en « oceankite » ou kiteboat, un flotteur long de cinq mètres et demi sur un peu plus de deux mètres de large tracté par un cerf-volant. En juin 2006, c’est le départ de New York pour 6 700 kilomètres, une grande première mondiale, et une arrivée sur l’île d’Ouessant en Bretagne 55 jours plus tard.

Un défi en entraînant toujours un autre, Anne Quéméré a un nouveau projet d’évasion pour octobre 2008. L’océan Pacifique est sa cible cette fois : elle veut traverser 7 000 kilomètres en « oceankite » de San Francisco à Tahiti en trois mois. « C’est une belle route et Tahiti est un petit bout de France », explique la navigatrice. Quelques mois avant son départ en mer Anne Quéméré donne pour l’instant priorité à « la partie commerciale » pour la recherche « permanente de sponsors » dans une France « où le climat est à la maussaderie ». Comme soutien, elle peut compter sur le conseil régional de la Bretagne qui la met en avant dans des rencontres avec d’éventuels partenaires. D’autant plus qu’elle est fière de présenter un projet écologique, un concept de plus en plus à la mode. Elle n’utilise pas d’énergie fossile, mais seulement des élémentsnaturels : le soleil, la propulsion du vent et l’eau de mer déssalinisée. Côté physique, elle se prépare en salle et se concentre sur ses muscles dorsaux. Cette année, pour la première fois, elle a un préparateur mental, mais « il n’y a pas de recette miracle, il faut en avoir envie », confie Anne Quéméré, pleine d’enthousiasme à l’idée de cette nouvelle « aventure humaine fascinante ».

Une fois en mer, la navigatrice est livrée à elle-même, avec l’océan comme seul partenaire et compagnon de route. Dans sa cabine habitable d’un mètre cube, elle n’a que de la nourriture lyophilisée et quelques instruments de bord : téléphone satellite, GPS, ordinateur, dessalinisateur. Elle est en contact au moins une fois par jour avec son routeur météo Jean-François Bonin, et parfois avec des journalistes restés à terre comme en 2006 quand le magazine Fémina l’avait suivie grâce à un blog. Ses meilleurs souvenirs : les départs et les arrivées. Sa plus grosse frayeur : les cargos avec leurs tailles démesurées. « Je me sens comme une fourmi face à une cathédrale qui ne se déplace pas », confie Anne Quéméré. Petite mais costaude, souhaitons à la « fourmi » de réussir son nouvel exploit en 2008. L.M.

SUR LES CIRCUITS

À 18 ans, Stéphan Grégoire se lance dans le sport automobile avec l’ambition de devenir pilote de Formule 1. Il mènera en fait une toute autre carrière – mais toujours derrière le volant. Aujourd’hui à 38 ans, il veut être le premier pilote français à réaliser un ambitieux triplé pour l’année 2008 : les 24 heures de Daytona, les 500 miles d’Indianapolis et les 24 heurs du Mans.

Sa carrière aux États-Unis débute en 1993, « par accident », quand on lui propose à 24 ans de participer aux 500 miles d’Indianapolis en « Indy car », une discipline en monoplace équivalente à la F1 européenne. Il part donc outre-Atlantique et ne reviendra pas. Stéphan Grégoire est partagé entre la France et les États-Unis. Au niveau professionnel, les États-Unis l’emportent : « il y a plus d’opportunités d’emploi alors qu’en Europe, il y a beaucoup de pilotes mais il est très difficile de vivre de son métier, la plupart des pilotes ont un travail en plus ». Au niveau sentimental, Stéphan Grégoire se sent encore français, confiet- il avec une légère pointe d’accent des Vosges, sa région natale.

Paradoxalement, malgré un accès à l’emploi plus facile outre-Atlantique, Stéphan Grégoire est un des seuls pilotes français à avoir quitté la France. Il en connaît seulement deux autres, dont l’un, Sébastien Bourdais, va rentrer pour courir en F1. Avec sept participations, Stéphan est le seul recordman français à l’Indy 500. Il est aussi l’un des seuls à avoir couru aux 24 heures de Daytona et du Mans.

Aujourd’hui, il est à la recherche de sponsors afin de réaliser son triplé. Il a déjà finalisé un accord avec l’écurie Fortune Market Racing-BMW pour participer aux essais libres des 24 heures de Daytona et est soutenu par Highco, une société de marketing. Mais l’Indy 500 est la course qui nécessite le plus gros financement. Il veut faire parler de lui, va partir en France pour rencontrer des écuries, et compte sur l’originalité de son parcours pour obtenir des contrats avec des équipes.

Selon le pilote, les différences entre le sport automobile français et américain sont importantes. Aux États-Unis, les pistes sont essentiellement ovales. Les attentes du public divergent également. Outre-Atlantique, le sport automobile « est basé sur le spectacle », en France, il s’adresse plus aux « mordus du sport automobile ».

Installé à Indianapolis, Stéphan Grégoire a deux enfants qui ont la double nationalité française et américaine. Un retour en France n’est pas d’actualité mais il n’y verrait pas d’objection. L.M.

SUR LA GLACE…

Passionnée de voile, Céline Blanchard a tout quitté pour vivre la grande aventure… au pôle Nord. À trente ans, cette Française n’a pas hésité une seconde à abandonner son emploi d’architecte navale, sa maison dans le Connecticut et à plier bagage lorsqu’on lui a parlé de cette expédition de cinq semaines autour de l’Antarctique. « Ils ont une place comme équipier sur un ketch de 64 pieds en mission pour le grand Sud. Ils partent dans moins d’un mois, ça t’intéresse ? »,

lui annonce en décembre un ami au téléphone. Aux États-Unis depuis deux ans, elle rêvait déjà de changement. C’est donc le 15 janvier dernier, armée d’un sac à dos et d’un équipement professionnel soigneusement choisi les jours précédents, que la jeune femme s’envole pour Santiago du Chili. C’est là qu’elle rencontrera pour la première fois les 13 personnes qui partageront son univers dès le lendemain, à bord du Golden Fleece. Le capitaine de l’expédition n’est autre que Jérome Poncet, un Français devenu légendaire dans ces zones risquées. Après trente ans d’expérience dans les glaces du pôle Sud et du pôle Nord, le navigateur s’apprête, encore une fois, à amener une équipe de journalistes scientifiques de la BBC étudier la chaîne alimentaire des mers gelées. Grande, fine, réservée et déterminée, Céline s’est engagée à fournir autant d’efforts sur le voilier que les marins professionnels qu’elle accompagne. Qu’il vente ou qu’il neige, elle sera sur le pont de longues journées pour amener les chercheurs aux différents points d’amarrage autour de la péninsule glacée. Lorsqu’on lui demande quels moments elle redoute le plus dans cette mission, elle qui a déjà traversé l’Atlantique à la voile, répond simplement : « Le retour à la terre, et l’amarinage… ». Si l’on considère les nombreux accidents vécus par les précédentes expéditions sur ces terres

hostiles, certains auraient pu émettre des réserves. « Je n’ai pas peur une seconde. J’ai parfaitement confiance dans l’équipage », répond-elle comme s’il s’agissait d’une formule pour écarter le mauvais sort. « Ça va être une expérience incroyable, peut être l’expérience de ma vie. J’ai vraiment hâte d’y être », nous confia-t-elle, excitée, la veille du grand départ. C.H.

L’aventure sur l’Internet

Retrouvez les aventuriers d’hier et d’aujourd’hui sur la toile :

www.annequemere.com

www.horizon.co.fk/goldenfleecexp/french/index_fr.htm

www.paulemilevictor.fr

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