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Les histoires (a)musées de Jean-Michel Ribes samedi sur TV5 USA

La captation de la pièce culte de Jean-Michel Ribes, Musée Haut, Musée Bas sera diffusée sur TV5 USA samedi soir à 23 h. De la pièce, il avait tiré un film éponyme présenté en avril dernier au Festival Focus on French Cinema. Une comédie chorale, déjantée mais finement ciselée, et portée par un casting de luxe.

Jean-Michel Ribes serait aux dires de son ami et complice de théâtre, Pierre Arditi, « un garnement qui se sert du rire comme d’une arme. »  Musée Haut, Musée Bas, son dernier film ne dément pas cette théorie. Loufoque mais pensé, il est un pied de nez à l’esprit de sérieux, ce que l’auteur appelle le « cholestérol de l’imaginaire ».  

Le film sorti en France en novembre 2008 est adapté de la pièce éponyme, écrite en 2004 pour le Théâtre du Rond-Point à Paris. Jean-Michel Ribes y brosse une cosmogonie bariolée, celle du peuple des musées. « J’ai grandi entouré d’artistes et les musées ont toujours été des endroits où je respire mieux, » explique-t-il.  « Les grands musées comme le Metropolitan à New York ou le Louvre à Paris ont cette étonnante faculté de nous projeter en quelques secondes d’une époque et d’un continent à l’autre, presque sans transition. »

Dans ce lieu magique du passage des mondes, il a imaginé une comédie humaine délirante : un conservateur hystérisé par l’invasion de mystérieuses plantes vertes, une visiteuse obsédée par des « Kandinski » toujours fuyants, une mère oppressante plastifiée par un fils à bout de nerfs et finalement exposée comme une œuvre d’art, un rendez-vous nocturne et polyglotte de Vierges Marie, un ministre fasciné par une exposition de sexes… Le tout formant une mosaïque de saynètes burlesques mais agencées avec la précision rythmique d’une partition de musique.

Défi logistique

Tourné dans 6 musées, avec pas moins de 120 acteurs (contre 26 dans la version théâtrale) dont quasiment autant de têtes d’affiche, le film a d’abord été une gageure logistique : « La production de ce film a été un gigantesque puzzle. Il fallait concilier les emplois du temps et les contraintes des musées. Je ne pouvais pas faire fermer le Louvre parce que Josiane Balasko avait un empêchement ! » explique Jean-Michel Ribes.

Fabrice Lucchini, Pierre Arditi, Isabelle Carré, Michel Blanc, Josiane Balasko, ou encore Muriel Robin ont tous répondu à l’appel. « Beaucoup d’acteurs avaient vu et adoré la pièce. Ils voulaient tous un petit rôle. J’ai dû dire non à Karin Viard ! ».  Musée Haut, Musée bas est aussi le dernier film de Philippe Khorsand, compagnon théâtral de la première heure de Jean-Michel Ribes, décédé début 2009. Le film lui est dédié.

Une farce aux différents niveaux de lectures

Comme le rappelle l’auteur, « pas besoin de savoir qui est Malévitch ou ce que dit Hegel de l’art pour comprendre le film ». Mais le joyeux ballet de Musée Haut, Musée Bas est cependant truffé de références artistiques, littéraires et philosophiques, offrant mille niveaux de lectures.

Musée Haut, Musée Bas s’amuse de cet art contemporain qui fait art de tout. L’art d’aujourd’hui, apparemment sans limite, va, dans le film, jusqu’à faire du meurtre stylisé de la mère haïe, incarnée par Josiane Balasko, une démarche artistique. Héritiers malgré eux des « ready made » de Marcel Duchamp, à qui le film fait plusieurs clins d’œil, les visiteurs deviennent eux aussi, dans le contexte de l’exposition, des œuvres d’art : « Quand je parle, c’est de l’art aussi ? » demande une visiteuse troublée. Et le guide de répondre : « Bien sûr. Tout ce que vous dites ici est partie de l’œuvre. L’artiste vous fait ce cadeau ». Un concept vertigineux dont s’amuse Jean-Michel Ribes : « Je crois que tout ce que j’ai imaginé et décrit a été fait depuis : les expositions de nains de jardin, d’excréments, de macchabés… »

Le film est aussi pour l’auteur l’occasion de réaffirmer le primat de l’homme et de la civilisation sur la nature. « L’art est ce qu’on crée pour vivre mieux. La nature n’a jamais été belle avant qu’on la peigne », professe Jean-Michel Ribes.  Ou comme le hurle dans le film Fabrice Lucchini, gardien philosophe, oppressé par la trop pesante compagnie du beau : « la campagne, c’est de l’art mal copié ! […] A-t-on jamais vu une résidence secondaire dans un tableau de Cézanne ? »

À l’heure du « tout écolo », cette profession de foi tiendrait presque lieu de provocation. « Je respire mieux dans un musée que dans une forêt, » assure Jean-Michel Ribes. « Bien sûr, je n’aime pas voir les arbres disparaître ou les animaux menacés, mais j’en ai assez de cette grand-messe de l’écologie, qui nous culpabilise dès qu’un scarabée disparaît. Les dinosaures ne me manquent pas ! »

Infos pratiques :

Musée haut, Musée Bas (la pièce) sur TV5 USA

Samedi 20 juin à 23h

tv5.org

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