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Les histoires incroyables mais vraies d’Emmanuel Carrère et Francine Prose

Le Festival of New French Writing a trouvé samedi son rythme et son public. Des échanges souvent drôles et enrichissants ont animé la dernier jour de cette manifestation, notamment entre Emmanuel Carrère et Francine Prose.

Il y a eu des étincelles entre Emmanuel Carrère, l’auteur d’ Un roman russe et Francine Prose, l’auteur de Goldengrove… Deux écrivains qui ont visiblement ressenti du plaisir à découvrir les œuvres de l’autre et ont su le faire partager au public du festival. Chacun dans leur style, Francine Prose, mordante, enchaînant les phrases avec un débit rapide et Emmanuel Carrère, posé et chaleureux, ont comparé leur approche du travail d’écriture et son évolution au long des années, des rencontres ou des drames…

Pour lancer la discussion, Caroline Weber – l’animatrice spécialiste de la  littérature française du XVIIIe  siècle  mais  très  à l’aise  aussi en compagnie  d’ auteurs  contemporains –  avait choisi de lire un extrait des premières pages de l’Adversaire d’Emmanuel Carrère. C’est justement après ce livre que l’écrivain français a tiré un trait sur la fiction pour privilégier la forme de l’enquête comme dans Un roman russe, publié en 2007 et  bientôt disponible en anglais. « Une des raisons d’écrire, c’est d’essayer de décrire le monde à travers les yeux d’un autre », a-t-il expliqué.  « Mais je n’ai plus le courage ni le désir de le faire. »
Pour l’Adversaire, recréé d’après un fait divers, il s’était mis dans la peau du tueur Jean-Claude Romand qui a préféré assassiner toute sa famille plutôt que d’avouer les mensonges sur lesquels était bâtie sa vie. « Si j’étais venu voir mon éditeur avec cette idée de roman, il aurait souligné que la trame n’était pas crédible… Il s’agit d’une histoire vraie, pourtant inacceptable dans la fiction. La réalité dépasse souvent l’imagination ». Une affirmation que Francine Prose a repris à son compte en ajoutant : « En ce moment aux États-Unis, il se passe tous les jours des histoires incroyables mais vraies comme celle de Bernie Madoff. »
« On peut écrire un livre non fictionnel en utilisant toutes les ressources romanesques », a poursuivi Emmanuel Carrère. Dans son prochain livre, D’autres vies que la mienne, qui sortira en mars en France chez son éditeur P.O.L., l’écrivain français, fidèle à sa nouvelle stratégie, a choisi l’approche journalistique pour évoquer des rencontres survenues parfois dans des circonstances tragiques « sans essayer d’être ceux dont je raconte l’histoire. »
Auteur très prolifique, Francine Prose alterne quant à elle les ouvrages non fictionnels et les romans, mais a avoué que le travail de biographe par exemple, avec sa recherche d’informations et même avec les surprises qu’il pouvait lui réserver, n’était pas « drôle ». Elle a dit préférer le moment où elle cherche un terrain commun avec un personnage : « C’est toujours une question de language », a-elle ajouté. « Je cherche une formule, une phrase que le personnage pourrait prononcer, un état d’esprit que j’aurais pu partager à un moment de ma vie et cela me donne un angle. »
L’écrivain américain a confié son soulagement d’avoir mis un point final à son livre sur le Journal d’Anne Frank – Anne Frank : The Book, The Life, The Afterlife, à paraître chez HarperCollins – pour attaquer un nouveau roman sur une sombre affaire d’immigration et de trafiquants de drogue albanais. Un projet que Francine Prose a eu le talent de présenter sous forme d’anecdoctes hilarantes…
Des échanges drôles et des drôles d’échanges,  il y en a eu beaucoup lors cette rencontre. Sur la différence entre suspense et surprise au cinéma vue par Hitchcock et réinterprétée par Emmanuel Carrère ou le « gentil néo-nazi » croisé dans A changed Man (HarperColllins) de Francine Prose. La palme revenant tout de même au Français et son hommage inattendu, dans les dernières minutes, à la pornographie décomplexée… qui en dit long sur sa sincérité sans apprêt.
Les  livres d’ Emmanuel Carrère  sont  publiés  chez P.OL. en France.
Disponibles  aux États-Unis :
La Moustache/The Mustache, ( 1987  Collier Publishing)
La Classe  de Neige/Class  Trip (1997,  Quartet Book)
L’Adversaire/The Adversary ( 1999,  Bloomsbury Publishing)
Dossier de France-Amérique sur le Festival of New French Writing
Interview d’Emmanuel Carrère: “Les pick-up trucks, c’est pas mon truc!”
Interview d’Adam Gopnik, le “Parisien du New Yorker”
Interview de Marie Darrieussecq: “Les Etats-Unis font partie de ma vie”
Interview d’Olivier Rolin: “La politique, c’est le contraire de la littérature”
Interview de Frédéric Beigbeider: “Les lunettes et les cheveux longs, ça fait snob”
Compte rendu de la première journée du festival
Compte rendu de la seconde journée du festival

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