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Les irréductibles praticiens de l’avortement tardif aux USA salués à Sundance

Quarante ans après la légalisation de l’avortement aux Etats-Unis, seuls quatre docteurs pratiquent encore aujourd’hui les avortements tardifs dans le pays, un métier aussi dangereux que stigmatisé, salué par un documentaire au festival de Sundance.

Présenté en compétition officielle, “After Tiller” (Après Tiller) dresse les portraits des quatre “irréductibles” qui continuent à pratiquer les IVG pendant les 3 derniers mois de grossesse, malgré l’assassinat de George Tiller, pionnnier des IVG tardives, abattu en 2009 par un militant anti-avortement.

Lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis a légalisé l’avortement il y a tout juste 40 ans – le 22 janvier 1973 – elle a en même temps accordé aux Etats le droit de limiter les IVG tardives. Beaucoup ne s’en sont pas privés et les successeurs du Dr Tiller sont persona non grata dans la quasi-totalité du pays. Car si elles ne représentent qu’1% des avortements réalisés chaque année aux Etats-Unis, les IVG tardives cristallisent les passions.

Outre les menaces de mort, “il y a des barrières institutionnelles”, déclare  le Dr Susan Robinson, peu après la présentation du film à Park City (Utah), où le festival se tient jusqu’au 27 janvier. “Si vous pratiquez les avortements, il est très difficile de travailler dans un hôpital, car ces derniers n’aiment pas docteurs qui procèdent aux IVG, qui sont presque toutes réalisées dans des cliniques privées”, observe-t-elle. Par ailleurs, c’est “une profession très stigmatisée. Les autres docteurs vous regardent de haut et vous considèrent comme des moins que rien”, dit-elle.

Le Dr Robinson travaillait avec le Dr Tiller et s’est installée à Albuquerque (Nouveau-Mexique) après sa mort, avec une autre collègue, le Dr Shelley Sella. Les Dr LeRoy Carhart et Warren Hern complètent le quatuor. Le premier exerce aujourd’hui dans le Maryland, après avoir été chassé du Nebraska et de l’Iowa, et le second a sa clinique dans le Colorado. Tous deux, comme le Dr Robinson, auraient l’âge de prendre leur retraite, mais aucun ne l’envisage.

“Nous n’imaginions pas à quel point ce métier peut être éprouvant”, explique la co-réalisatrice du documentaire, Martha Shane. “Car ils ont affaire à des femmes qui traversent l’un des pires moments de ler vie. Les conseiller et les aider dans cette procédure, je pense que c’est ce qui motive ces docteurs”.

De fait, les cas de conscience ne sont pas rares pour le Dr Robinson, car la loi du Nouveau-Mexique laisse au docteur toute latitude pour décider de l’opportunité ou non d’un avortement – le plus souvent motivé par une malformation du foetus, comme l’illustrent plusieurs cas poignants dans le film.

Mais in fine, le Dr Robinson s’en remet le plus souvent au jugement des femmes elles-mêmes. “Si une femme vient me voir, et particulièrement si elle a fait le chemin depuis le Canada, la Californie, la Louisiane ou la France, c’est parce qu’elle ressent vraiment le besoin d’avorter. Elle ne vient pas parce qu’elle a vu la clinique sur le chemin du supermarché”, observe-t-elle. “Je ne suis pas en position de juger mieux qu’elles. Car elles connaissent leur vie mieux que moi”, ajoute-t-elle. “Susan Robinson est un docteur, elle n’est pas un arbitre moral”, souligne la cinéaste Lana Wilson. “Elle pense à la sécurité et au bien-être des patientes qui viennent la voir. Ce n’est pas noir ou blanc, ce n’est pas un jugement. C’est juste de la compassion”.

Le Dr Robinson et sa collègue forment actuellement aux IVG tardives une femme de 35 ans, seule pour l’instant à vouloir prendre la relève de ses aînés. “Nous sommes ravies. Nous en formerions d’autres avec plaisir”, dit-elle. Mais personne n’est candidat. “Ce n’est pas parce que les docteurs ne savent comment réaliser ces avortements. C’est juste qu’ils ont peur”.

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