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Les métamorphoses avant-gardistes de Claude Cahun à Chicago

Jusqu’au 3 juin, l’Art Institute of Chicago accueille une exposition venue de France : Entre nous, L’art de Claude Cahun propose une galerie d’auto-portraits de la photographe française, pris au début du XXe siècle.

Elle est née Lucy Schwob, en 1894. Mais dès l’âge de 22 ans, elle adopte le pseudonyme Claude Cahun, tandis que sa compagne et partenaire artistique de toute une vie, Suzanne Malherbe, endosse celui de Marcel Moore. Déjà, le couple multiplie les identités et instaure une ambiguïté autour de leur genre. Ces deux thématiques sont au cœur de la rétrospective Entre nous, créée au Jeu de Paume à Paris et qui a voyagé à Barcelone avant sa dernière étape américaine. Aujourd’hui Claude Cahun est connue pour ses photos. Mais à l’époque, elle était avant tout auteure (Aveux non avenus, Confidences au miroir…) et comédienne. Ses clichés avant-gardistes sont restés largement confidentiels de son vivant, même si les thèmes abordés transparaissaient dans sa littérature.

Elle travaille sur le rejet des normes et veut montrer l’instabilité de l’identité individuelle. Tantôt Bouddha, tantôt haltérophile, tantôt homme, tantôt femme… Claude Cahun se métamorphose au gré des clichés, qui déclinent les personnages parfois avec humour, souvent pleins de symboles. Le mythe de Narcisse revient régulièrement, comme pour illustrer à la fois introspection et désir homosexuel.

Surréaliste et résistante

Difficile de ne pas dresser de comparaison avec l’œuvre contemporaine de Cindy Sherman, dont le Musée d’art moderne de New York acceuille actuellement la rétrospective. Claude Cahun collectionne les auto-portraits dans lesquels elle incarne toujours une personne différente. Mais selon Michal Raz-Russo, l’organisatrice de l’exposition à Chicago, “Cindy Sherman réagit à des stéréotypes généraux, tandis que Claude Cahun traite de choses plus personnelles. Au bout du compte le résultat est similaire, mais les deux femmes ont photographié avec des intentions différentes.” Elles sont également nées à 60 ans d’écart. Claude Cahun, bien en avance sur son temps, appartenait à une autre époque.

Dans les années 1930, la jeune femme rejoint le cercle des surréalistes avant de quitter Paris en 1938 avec sa compagne, pour l’île de Jersey, au large de la Normandie, où elles passaient déjà leurs vacances. Deux ans plus tard, l’île anglo-normande est envahie par les Allemands et le duo entre en résistance avec une contre propagande aux accents romanesques : “Claude Cahun et Marcel Moore traduisaient les programmes de la BBC en allemand et les transformaient en poèmes ou en pamphlets satiriques”, raconte Michal Raz-Russo. “Ensuite elles glissaient ces morceaux de papier dans les poches des soldats nazis ou dans leurs paquets de cigarettes !” Pour ces actes, elles sont toutes deux arrêtées en 1944 et condamnées à mort. Elles échappent à leur exécution avec la Libération en 1945 et retournent à leur vie d’artistes sur l’île de Jersey. Mais Claude Cahun est affaiblie et elle décède en 1954. Moins travestie dans ses derniers auto-portraits, elle marque tout de même les esprits avec un cliché pris peu après sa sortie de prison, sur lequel elle porte des vêtements austères et serre un insigne nazi entre les dents.

Pour en savoir plus : www.artic.edu/aic/exhibitions/exhibition/cahun

Visite guidée de l’exposition vendredi 27 avril, à 12h. Présentation par Michal Raz-Russo.

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