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Les métissages de Claude Grunitzky

Un magazine, des livres, une chaîne de tv, du consulting : Claude Grunitzky, journaliste et entrepreneur, incarne malgré lui l’avocat de la réussite dans la diversité. L’ancien magazine du hip-hop et des cultures urbaines, Trace, dont il est le fondateur, est devenu peu à peu un mensuel lifestyle dont les icônes sont le Brésil, et les actrices Rosario Dawson et Tiffany Limos.

Claude Grunitzky, 38 ans, a fait de Trace, en dix ans, un support transculturel, le journal d’une génération de « citoyens du monde ». « Je me sens aussi bien à Tokyo qu’à Rio, » explique-t-il. Un média qui reflète certainement ses origines plurielles et le parcours atypique qu’il revendique, et dont il a fait une marque. Ce fils de l’ambassadeur du Togo à Washington, né à Lomé dans une famille de politiciens, a grandi bercé par l’optimisme de l’indépendance des années 70. Après un passage par le Lycée Français Rochambeau de Washington, il atterrit en pension en Seine-et-Marne : « Le choc ». Une expérience cosmopolite formatrice qui le mène ensuite de Sciences-Po à Londres où il passera 7 ans, au départ comme journaliste pour son magazine préféré, Actuel, pilier de la contre-culture française et dont il vivra très mal l’échec.

Membre fondateur aux débuts du magazine de mode Dazed and Confused, il monte Trace, en 1995, dans les bureaux londoniens de Dazed, « dans une ville en avance par rapport à la France ».  « À partir de mon tropisme américain, je me suis construit une spécialité autour de la critique musicale. » Il développe ensuite le magazine depuis son sous-sol de l’East End, surfant sur le renouveau du hip-hop en France. « Les magazines sur le hip-hop à l’époque étaient des véhicules pour les attitudes stéréotypées, les poses clichées, je voulais sortir de ça ». L’affaire est lancée, Trace, longtemps confidentiel, est maintenant publié dans 28 pays, mais connaît aujourd’hui les mêmes difficultés que le reste de la presse magazine.

Installé entre Paris et New York, Claude Grunitzky a été le premier « Paryorkeur » identifié par la compagnie L’Avion. En cette période charnière, qui met à l’épreuve les modèles de la presse écrite et du web, il a bien compris qu’il fallait diversifier ses activités. Depuis son appartement, dans l’immeuble Philippe Starck qui donne sur Wall Street, il explique que, financé par Goldmann Sachs, il a lancé Trace TV. Aujourd’hui diffusée dans 130 pays, Trace TV est devenue la chaîne hip-hop en France (où le magazine a, par contre fait un flop, « confusion de marque, » selon lui). Il officie également dans le conseil, axé sur la diversité et la responsabilité sociétale, chez Nissan, ou pour Renaud Dutreil, à LVMH.

« En France, la diversité est associée à la banlieue et ça me dérange un peu » : un constat amer sur l’intégration à la française. « La France est le pays le plus métissé d’Europe, l’action publique est volontariste, mais dans les faits, il n’y pas grand chose ». Il ajoute : « Une génération peut être inspirée par ma réussite, sans avoir honte de ses origines africaines. » Il emploie aujourd’hui son énergie à multiplier  les projets en France. « J’ai envie de participer au changement de la société française à ce niveau-là : si je ne le fais pas, qui va le faire ? »

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