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Les Misérables envahissent l’écran

La comédie musicale de tous les records arrive dans les salles obscures le 25 décembre aux Etats-Unis, avant de sortir en France le 13 février.

Les Misérables n’est pas seulement l’adapatation sur grand écran de la comédie musicale du même nom, elle-même inspirée par le livre. Cette production britannique d’origine française est un phénomène populaire. Née à Paris, cette “tragédie musicale” a traversé la Manche, puis l’Atlantique, rapporté plus de 3 milliards de dollars et 8 Tony Awards, a été traduite en 21 langues et applaudie par plus de 65 millions de spectateurs dans 42 pays. Les thèmes sont universels, ils plaisent à tous, partout, à l’exception de la France. L’action se déroule de 1815 aux barricades des 5 et 6 juin 1832. Même si la chronologie est précisée, le contexte historique français s’efface complétement devant la narration. Le public mondial reste d’ailleurs persuadé de vivre la Révolution de 1789.

Au-delà de l’aspect historique, le passage de la scène à l’écran est un exercice difficile, surtout lorsque l’œuvre est intégralement chantée. La scène d’ouverture, au bagne de Toulon, propose un souffle épique. Puis une mécanique illustrative s’installe. Sans subtilité, le film insiste, pendant 2h40, jusqu’à ce que chacun dans la salle ait enfin ressenti quelque chose.

Au cinéma, la révolution est d’abord technique. Les chansons sont traditionnellement enregistrées en studio en amont du tournage, puis postsynchronisées sur la bande son, afin que les paroles “collent” à l’image. Dans le film de Hooper, les chansons sont enregistrées pendant le tournage, grâce à de longues prises. Les acteurs, équipés d’une oreillette, sont accompagnés par un piano situé hors plateau. Les comédiens gagnent ainsi en liberté d’interprétation dans leurs chants. Contrairement au théâtre, l’écran permet aux spectateurs de se rapprocher des acteurs, de saisir la moindre modification de leur expression. Tom Hooper opte donc pour un usage intensif, presque exclusif, du gros plan.

La volonté de moderniser la comédie musicale est assez claire. Venu de la réalisation télévisuelle (Elizabeth I, John Adams), Hooper filme caméra à l’épaule de manière très serrée, légèrement en contre plongée, en cadrant sur les visages, entre le haut du front et la gorge. Ce choix esthétique permet quelques jaillissements d’émotion mais se révèle épuisant sur la durée. Les décors, qui reproduisent le Paris du XIXe siècle dans les studios anglais de Pinewood, sont peut-être très réussis, telles ces barricades qui “tombent du ciel”. Ils restent hélas flous à l’arrière plan. Les scènes où gronde la foule seraient plus saisissantes si la caméra prenait un peu ses distances. La réalisation n’est pas à la hauteur de la partition de Claude-Michel Schönberg et des paroles d’Herbert Kretzmer.

Dans cette mise en scène minimaliste, restent les acteurs. Les performances vocales s’enchaînent sans heurt. La prestation de Russell Crowe est la plus faible. Hugh Jackman a fait ses preuves sur les planches de Broadway et du West End. Anne Hathaway, grâce à sa courte apparition dans le rôle de Fantine, réussit à se placer au centre de l’attention médiatique en une chanson, “I Dreamed a Dream”. Helena Bonham-Carter et Sacha Baron Cohen, en époux Thénardier hystériques, assurent les distractions. Ils semblent échappés d’un tournage de Tim Burton, tendance Sweeney Todd, adaptation d’un tout autre niveau.

Retrouvez une analyse du phénomène musical dans le numéro de janvier de France-Amérique.

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