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Les mystères de la planète Mars passés au crible à Toulouse

Le robot “Curiosity”, qui a atterri sur Mars début août, est désormais dirigé depuis Toulouse par des chercheurs qui reçoivent en direct de la Planète rouge des milliers de données quotidiennes, les analysent et décident du plan de route du robot pour le lendemain.

Il a “déjà fourni plus de données sur la composition de roches que toutes les missions précédentes sur Mars”, s’émerveille Sylvestre Maurice, le concepteur et responsable de l’instrument ChemCam (Chemical Camera) à l’Irap (Institut de recherche en astrophysique et planétologie).

Pierres volcaniques, graviers et cailloux provenant du lit d’un ancien ruisseau, pas de détection de méthane, pas d’isotopes légers dans le gaz carbonique et l’argon de l’atmosphère, des températures supérieures à 0 degré Celsius…

Le robot américain de la mission MSL (Mars Science laboratory) commence ainsi à préciser l’image de Mars dans le cratère de Gale, grâce notamment à deux instruments français, la ChemCam et une partie du Sam-GC (Sample Analysis at Mars – Gas Chromatograph).

Depuis le début de la semaine, les responsables de ces instruments travaillent à Toulouse dans les salles du Fimoc (French Instrument Mars Operation Centre) au Centre national d’études spatiales (Cnes) et à l’Irap. Ils y reçoivent les données venues de Mars et participent aux commandes de “Curiosity”. Une mission partagée en alternance avec le Laboratoire national de Los Alamos (LANL) au Nouveau-Mexique.

“Un satellite, on lui donne une nouvelle feuille de route tous les 6 mois, alors que nous, nous devons en envoyer une chaque jour”, précise à l’AFP le concepteur et responsable de ChemCam à l’Irap, Sylvestre Maurice, qui ne tarit pas d’éloges sur les 90 premiers jours de “Curiosity” sur Mars.

Traces de vie?

“Nous avons une voiture de formule 1”, se félicite l’astronome à l’Observatoire Midi-Pyrénées, “tous les instruments fonctionnent très très bien, et le ChemCam de façon magique”.

ChemCam, outil révolutionnaire d’exploration composé d’un laser, d’un télescope et d’une caméra, peut effectuer une première analyse des roches et des sols jusqu’à environ 9 mètres. Il permet aux scientifiques de choisir à distance les cibles les plus intéressantes et de diriger “Curiosity” vers elles pour des études plus approfondies.

“Il a effectué jusqu’à présent 15.000 tirs, offrant autant de spectres à analyser”, souligne Sylvestre Maurice. Le site de Gale est “très compliqué: c’est un terrain volcanique, avec des basaltes qui ont beaucoup plus de variabilités que l’on ne pensait et les roches analysées sont plus complexes qu’attendu”, note-t-il.

“Très clairement, de l’eau y a coulé, on a vu un lit de rivière” avec des sédiments, des graviers et cailloux dont la forme montre qu’ils ont été transportés par de l’eau. Le Sam-GC du Latmos (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales), dont les données sont également reçues au Fimoc et au centre Goddard de la Nasa près de Washington, a fourni des premiers résultats sur la composition de l’atmosphère.

“Pour le moment, nous n’avons pas vu de méthane”, alors que les observations faites de Terre ou par satellites en décelaient, remarque le responsable français du Sam-GC, Michel Cabane (Université Pierre et Marie Curie – UPMC). “Mais c’est ici et maintenant, les mesures sont à renouveler”, ajoute-t-il prudemment.

Par ailleurs, “on observe une surabondance en isotopes lourds” dans le gaz carbonique et l’argon, ce qui montrerait que les isotopes légers ont quitté l’atmosphère de Mars, dit-il encore.

“Curiosity” se dirige maintenant au gré de ses analyses vers le Glenelg, une zone géologiquement intéressante car à l’intersection de trois types de terrains. Et les scientifiques espèrent découvrir dans ses pérégrinations leur graal, des molécules organiques pouvant laisser penser que de la vie a existé sur la planète.

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