Subscribe

Les perles de verre de Jean-Michel Othoniel

Le Brooklyn Museum consacre une rétrospective à l’œuvre de verre monumentale et fragile de l’artiste français Jean-Michel Othoniel. A voir jusqu’au 2 décembre 2012.

Semblant tout droit sorties d’une boîte à bijoux surdimensionnée, les sculptures de verre coloré de Jean-Michel Othoniel, propres à ravir petits et grands, ont la séduction trompeuse. Comme dans l’univers des contes de fées où l’effroi se conjugue au merveilleux, l’œuvre du plasticien joue avec le mystère, les ombres et la lumière : larmes de verre rouge sang et objets flottant dans les bocaux translucides d’un cabinet de curiosités, colliers géants, mandorles, oriflammes pétrifiés ou chapelets de tétons suspendus dans l’espace, ses créations, qui empruntent au vocabulaire liturgique, sont hantées par le non-dit, la sexualité, la perte des êtres chers et les corps absents.

Intitulée My Way, la rétrospective présentée au Brooklyn Museum avec le concours du Centre Beaubourg et de l’Institut Français, donne à voir l’évolution du travail de l’artiste, depuis ses œuvres de jeunesse, à base de cire et de souffre, jusqu’à ses créations les plus récentes, anneaux de möbius vif-argent et structures autoportées. Dans le hall du musée, une charrette de bois transformée en carrosse baroque accueille les visiteurs, comme une réminiscence de la vie âpre des pionniers du Far West et de leurs fabuleux désirs de conquête d’une vie meilleure.

Né à Saint-Etienne en 1964, Jean-Michel Othoniel puise ses influences dans l’Arte Povera, le surréalisme ou encore le minimalisme et l’abstraction des œuvres de Brancusi. Diplômé de l’école des beaux-Arts de Cergy-Pontoise, il se tourne à partir des années 90 vers le verre, ce matériau torturé par l’épreuve du feu, au cours de laquelle il acquiert plasticité et transparence. Cherchant à reproduire artificiellement de l’obsidienne, une roche noire précieuse composée de basalte vitrifié qu’il a découverte en Sicile dans les Iles Éoliennes, Othoniel travaille avec le département de recherche des verreries Saint-Gobain, dans le but d’obtenir un équivalent avec lequel il réalise trois sculptures. A Venise, il collabore ensuite avec les maîtres verriers de Murano, mettant au point les perles creuses de verre soufflé qui constituent sa marque de fabrique.

Lauréat de la Villa Médicis en 1996, Jean-Michel Othoniel réalise en 2000 le fameux “Kiosque des noctambules” installé à la station de métro Palais Royal, place Colette à Paris. Ses installations à travers le monde lui valent une reconnaissance internationale. En 2002, à La Nouvelle-Orléans, ses colliers de verre géants accrochés aux arbres, font écho aux fameux “beads” et à l’univers festif du carnaval, tout en révélant les marques invisibles et tragiques de l’histoire des esclaves noirs pendus naguère à ces mêmes arbres. A Miami en 2004, son “bateau des larmes”, chaloupe échouée sur la plage festonnée de guirlandes de verre, rend hommage à l’exode des exilés cubains, et dit la précarité de la vie humaine. Tandis que la sculpture “Precious Stonewall”, un cube de 6 mètres de haut fait de briques de verre dorées réalisées avec des artisans en Inde, rappelle la lutte de la communauté gay de New York pour ses droits civiques et la mémoire des victimes du sida.

Jardin d’Eden paradoxal qu’il faut découvrir en s’y promenant, les sculptures de Jean-Michel Othoniel s’offrent aux visiteurs comme une expérience de réenchantement du monde, malgré ses souffrances.

My Way, Jean-Michel Othoniel, à voir jusqu’au 2 décembre 2012 au Brooklyn Museum

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related