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Les politiques culturelles en France et aux Etats-Unis

La Maison Française de l’université de Columbia a organisé le 27 novembre une rencontre sur les politiques culturelles en France et aux Etats-Unis. Rocco Landesman, président de la National Endowment for the Arts (NEA) a échangé avec Antonin Baudry, conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis.

Cette discussion a permis de confronter deux conceptions différentes de la place de l’Etat par rapport à la culture. Deux systèmes cohérents ont été présentés, l’un américain, qui laisse une large place à la philanthropie privée, l’autre français, fondé sur l’idée que l’Etat est le plus capable de protéger et de promouvoir la culture pour tous.

Différentes approches du rôle de l’Etat

Créée en 1965 par le Congrès, la NEA est l’agence fédérale en charge de la culture aux Etats-Unis. Les subventions publiques aux projets culturels sont généralement le résultat d’une combinaison de fonds provenant des agences fédérales, étatiques, régionales et locales. A cet “écosystème public ” s’ajoute la philanthropie privée. La loi américaine interdisant les dons directs de l’Etat fédéral aux artistes, la NEA finance donc les Etats ou les structures locales, qui, à leur tour, redistribuent les montants aux fondations ou aux artistes.

Le soutien financier se fait au terme d’un parcours en plusieurs étapes. Les projets sont d’abord soumis à un panel d’experts dans la discipline artistique, qui recommande ensuite ses projets favoris au Conseil National pour les Arts. Celui-ci est composé de dix-huit artistes, administrateurs et professeurs nommés par le président. Six membres du Congrès font aussi partie de ce conseil, sans pouvoir voter. Cette instance fait ensuite part de ses propres recommandations à la NEA, qui décide finalement quels projets seront financés.

NEA et ministère de la Culture sont difficilement comparables. L’organisation centralisée française semble en effet très éloignée du réseau étendu de financement des projets culturels en Amérique. Les niveaux réciproques des dotations tout d’abord : le budget de la NEA s’élève à 146 millions de dollars, un montant que Rocco Landesman qualifie de “pathétique”. En France, le ministère de la Culture et de la Communication bénéficiera d’un budget de 7,4 milliards d’euros en 2013. L’ensemble du personnel de la NEA compte environ 170 personnes, alors que les services culturels français aux Etats-Unis emploient à eux seuls 80 personnes, car le pays reste une priorité pour la diffusion et la promotion de la culture française.

M. Landesman a regretté que la culture aux Etats-Unis reflète trop souvent les valeurs du marché, qui déterminent ce qui doit être ou non financé. Selon lui, un système idéal et démocratique pourrait se trouver entre ces deux modèles français et américain, à la fois piloté par l’Etat et ouvert au secteur privé. Pour sa dernière apparition publique avant de quitter son poste à la fin 2012, il s’est réjoui que les agences fédérales les plus importantes collaborent désormais étroitement avec la NEA. Les politiques culturelles sont maintenant considérées comme de véritables politiques fédérales.

L’ambition culturelle à l’épreuve de la crise économique

Même s’ils restent très élevés par rapport aux Etats-Unis, les crédits du ministère de la Culture vont connaître une baisse de 3,2% en 2013, alors que le candidat Hollande avait promis de “sanctuariser” ce ministère le 19 janvier 2012, au cours d’un déplacement dans la ville de Nantes. M. Baudry souligne que le budget français baisse beaucoup moins que la plupart des budgets culturels des pays européens. Les Pays-Bas ont en effet réduit de 25% le financement des arts. 0,21% du budget italien est consacré à la culture. Le Portugal a même fermé son ministère dédié. Seules l’Allemagne et la Belgique n’ont pas effectué de coupes sombres dans les crédits pour les arts.

La culture reste une priorité très forte pour la France, selon M. Baudry. Il note que lors des campagnes présidentielles françaises, les candidats ont toujours des propositions culturelles, ce qui n’est pas le cas en Amérique. “Le président français incarne à la fois l’Etat et la culture. A l’heure du rôle croissant et fort des régions et des villes dans le domaine culturel, l’Etat conserve son rôle de leadership”, déclare M. Baudry. Les salles de cinéma en France sont ainsi subventionnées afin qu’elles puissent se moderniser en projetant en numérique. Aux Etats-Unis, les salles qui ne peuvent passer à ce type de format sont vouées à la fermeture.

En Amérique, les services culturels de la France sont présents pour aider toute initiative qui permettrait de renforcer les liens transatlantiques, que ce soit au niveau de la coopération décentralisée entre deux villes, ou au niveau d’un partenariat entre deux musées privés. La notion d’”exception culturelle” dépasse l’intérêt national. Elle ne serait pas un vain mot pour les artistes du monde entier qui reçoivent la médaille des Arts et des Lettres. Le 22 novembre, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a plaidé pour une “exception culturelle européenne”. Elle serait fondée sur une coopération renforcée entre les pays et une fiscalité différenciée, qui permettraient de financer et de promouvoir “ce qui fait de l’Homme autre chose qu’un accident de l’univers”, selon Malraux.

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