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Les puzzles génétiques de Valérie de Crécy-Lagard

Spécialiste de génétique microbienne, Valérie de Crécy-Lagard a choisi de s’installer à Gainesville en Floride. Elle dirige son propre laboratoire dans l’université de l’Etat, loin des contraintes du système de recherche français.

Lorsqu’elle entre à l’Ecole Polytechnique en 1984, Valérie de Crécy-Lagard ne s’attend pas à attraper le “virus de la recherche” quelques années plus tard. Mais lassée par une formation qui “ne privilégie pas assez le sens critique”, elle s’intéresse rapidement à la recherche, d’abord en chimie, puis en biologie. A l’Institut Pasteur où elle fait sa thèse de 1988 à 1991, elle adore le raisonnement de la génétique microbienne, “assez mathématique finalement”.

Elle se dirige ensuite vers l’industrie pharmaceutique, en travaillant sur les bactéries qui font les antibiotiques, mais son travail est constitué de “beaucoup de réunions” et “pas assez de réflexion” à son goût. Elle enseigne alors à l’Institut Pasteur. Cinq ans plus tard, le destin lui fait un signe : son mari obtient la green card à la loterie. “Je suis fille de diplomate, j’ai vécu dans de nombreux pays et parle trois langues. Je voulais que mes enfants, qui avaient alors 4 et 7 ans, aient eux aussi cette chance”, se souvient-elle.

Réelle liberté

Valérie de Crécy-Lagard pose d’abord ses valises à San Diego en tant que maître assistant. Elle peut y “développer ses recherches et comprendre le système de financement américain”. Depuis huit ans, elle a son propre laboratoire à l’université de Floride où elle dirige une dizaine de personnes. “Ici, si on a un projet de recherche intéressant, on s’en fiche complètement que vous soyez une femme et jeune, par exemple. On a une réelle liberté.” A la différence de la France, où “on ne peut avoir son laboratoire que quand le grand patron prend sa retraite”, selon elle.

Elle ajoute que les budgets alloués à la recherche et les salaires en France sont ridicules. “J’ai le même salaire que le directeur de l’université Pasteur, il y a quelque chose qui cloche ! Et encore, je travaille dans une université publique. Je serais payée bien plus à Princeton par exemple.” Pour toutes ces raisons, elle sait qu’elle ne retournera pas s’installer en France.

Année sabbatique

Ses recherches ressemblent à des puzzles. Maintenant que la séquence génétique de pratiquement tous les organismes, de l’homme à l’animal en passant par les plantes, est connue, il faut décrypter les informations, faire des liens. “Il y a des gènes et des protéines dont on ne connaît pas la fonction au sein de la cellule”. Ses travaux sont utilisés par d’autres chercheurs, qui se concentrent notamment sur les maladies : la Française s’est en effet aperçue que de nombreux gènes dont on ne connaissait pas la fonction sont là pour réparer les erreurs d’autres enzymes. Ce sont des sortes de “femmes de ménage”.

A 47 ans, sa voix est débordante d’enthousiasme. On n’est pas surpris de l’entendre dire qu’elle s’amuse encore beaucoup à “trouver des gènes et des fonctions”. Maintenant que ses deux enfants sont à l’université, elle envisage de prendre prochainement une année sabbatique pour enseigner en France, “se ressourcer intellectuellement” et entretenir son “esprit créatif”.

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