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Les relations franco-turques à nouveau en panne sèche

Les relations entre Paris et Ankara sont à nouveau brouillées après l’adoption d’une loi sur le génocide arménien avec le soutien du président Nicolas Sarkozy, un choix jugé catastrophique par des experts au regard du difficile dossier syrien.

Ankara a rappelé aujourd’hui son ambassadeur en poste à Paris peu après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi pénalisant la négation du génocide arménien de 1915 que ne reconnaît pas la Turquie, et annoncé la suspension des visites bilatérales et l’annulation d’exercices militaires conjoints avec la France.

“Je suis consterné par la bêtise de nos dirigeants. Cela va entraîner une brouille durable car la Turquie aujourd’hui est en position de force pour beaucoup de choses”, souligne Philippe Moreau-Defarges, expert à l’Institut français des relations internationales (Ifri). “C’est une très mauvaise affaire (qui) va laisser des traces” même si le texte est enterré par la suite au Sénat français, juge-t-il. Un point de vue partagé par Didier Billion, autre spécialiste des affaires diplomatiques à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, était encore il y a tout juste un mois en Turquie où il avait engrangé “la capacité de prendre des initiatives communes” sur la Syrie. Maintenant “c’est foutu pour les semaines ou mois à venir”, note cet expert. Les experts sont particulièrement critiques à l’égard de l’Elysée qui avait le pouvoir de désamorcer la crise en repoussant sine die l’examen au Parlement du texte de loi proposé par une députée membre du parti présidentiel UMP.

Pour Philippe Moreau-Defarges, la crise avec la Turquie est la résultante d’une diplomatie faite par Nicolas Sarkozy “avec ses considérations propres” et qui “marginalise complètement” le Quai d’Orsay. “Beaucoup de diplomates sont furieux”, assure-t-il. “Un bras de fer avec Ankara aujourd’hui est absurde. Jamais pour la politique qu’elle conduit au Proche-Orient, et surtout à l’adresse de la Syrie, la France n’a eu autant besoin de travailler en bonne entente avec la Turquie”, souligne dans un éditorial le quotidien Le Monde.

Sur ce dossier de la Turquie “et sur quelques autres d’ailleurs, comme l’Iran, Alain Juppé n’est pas sur la même longueur d’onde que Nicolas Sarkozy (mais) il n’est pas en situation de peser”, renchérit Didier Billion, en reprochant au chef de l’Etat son absence de sens diplomatique. Les relations franco-turques sont sur une pente descendante depuis la reconnaissance dans une loi en 2001 du génocide arménien et “les contentieux sont multiples”, juge ce spécialiste. L’arrivée au pouvoir en 2007 de Nicolas Sarkozy, vif opposant d’une entrée turque dans l’Union européenne, a été suivie de multiples crises, parfois de la responsabilité d’Ankara.

En avril 2009, la Turquie avait ainsi failli faire capoter un sommet de l’Otan organisé en France en s’opposant à la nomination d’un nouveau secrétaire général de l’Alliance atlantique. En début d’année, c’est une visite du chef d’Etat français en Turquie qui a été très mal vécue côté turc en raison de son extrême brièveté. La mise en demeure en octobre de Nicolas Sarkozy à la Turquie de reconnaître l’existence du génocide arménien d’ici la fin de son mandat en mai 2012, à l’occasion d’un voyage à Erevan, avait aussi accentué le fossé, en partie recomblé ensuite par Alain Juppé.

Dans l’affaire de la loi sur le génocide arménien, le ministre des Affaires étrangères est resté très silencieux, plusieurs médias rapportant son jugement négatif sur l’opportunité d’une telle législation. “Avec la Turquie, le ressort est cassé. Comme il l’a été à plusieurs reprises, cela va être beaucoup plus long à réparer”, selon Didier Billion.

 

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