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Les sculptures poétiques de Barbara Chase-Riboud exposées à Philadelphie

Difficile de placer le curseur sur une profession précise pour Barbara Chase-Riboud dont les œuvres reconnues dans le monde entier couvrent des disciplines aussi diverses que la poésie, le roman, la sculpture ou même le design de bijoux.

Née à Philadelphie, Barbara Chase-Riboud montre des dispositions artistiques dès l’adolescence : une gravure sur bois qu’elle réalise à l’âge de 15 ans est acquise par le Museum of Modern Art ! Formée aux grandes institutions ici et en Europe (Philadelphia Museum School of Art, Temple University, Académie américaine à Rome et Yale), elle se consacre également à l’écriture où, croisant fiction et réalité, elle brosse des tableaux saisissants de l’histoire de la communauté noire : La Virginienne, La grande sultane, Le nègre de l’Amistad, La fille du président et Vénus hottentote. Autant de best-sellers qui font de cette Américaine bilingue partageant son temps entre Paris, Rome et New York une familière des studios de télévision francophone (invitée de Bernard Pivot à Apostrophes, des Dossiers de l’écran, d’Antipodes…).

Elle expose en solo au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et au Metropolitan Museum of Art, en groupe au Centre Georges Pompidou, au Whitney Museum of American Art et au Smithsonian American Art Museum. Le prestigieux prix américain Carl Sandburg lui est attribué en 1988 pour un recueil de poèmes dont certains rappellent les calligrammes d’Apollinaire. En 1996 le gouvernement français lui remet les insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres.

Expatriation en France

A cette femme de passion qui excelle dans tout ce qu’elle entreprend, se taillant une réputation internationale grâce à ses multiples aptitudes, la citation de Thomas Jefferson semble aller comme un gant, “Every man has two countries – his own and France”. Souvent, ses livres ont pour arrière-plan Paris où elle a rejoint la grande famille des artistes et intellectuels américains expatriés dans cette Ville Lumière à laquelle elle rend hommage pour avoir reconnu, entre autres talents, le métis Alexandre Dumas ou encore un Philadelphien, le peintre noir Henry Ossawa Tanner. Dans La Virginienne – Prix en 1979 Janet Heiginger Kafka du meilleur roman écrit par une Américaine – elle ouvre, archives à l’appui, un chapitre complexe de l’histoire de son pays : la relation amoureuse entre Thomas Jefferson et une jeune esclave de quinze ans, Sally Hemings, liaison qui débuta pendant le séjour parisien du futur président des Etats-Unis alors ambassadeur en France.

Avec ce décors ambigu et très contesté dès la parution de l’œuvre en 1979, l’auteur traque la vérité dans des silences que bon nombre d’historiens américains avaient préféré garder. Si certains détails du roman relèvent de l’imagination, des analyses ADN viendront étayer bien plus tard la légitimité de la descendance du président et d’une maîtresse qui passa trente-huit ans à ses côtés. Dans Vénus hottentote – Prix en 2005 de l’American Library Association Black Caucus – c’est dans la France du XIXe siècle qu’elle nous transporte. Elle y raconte avec sensibilité, à travers le portrait déchirant de Saartje Baartman, ballotée depuis l’Afrique du Sud jusqu’en Europe pour y être exhibée comme une attraction foraine, les errements d’une science instrumentalisée par les savants de l’époque comme Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, frères enemis dans leurs théories racistes des espèces. Nulle surprise que la destinée bouleversante de ces deux femmes noires ait été transposée à l’écran (Jefferson à Paris, Vénus noire).

La sculpture pour défendre les droits civiques des Afro-Américains

C’est aux sculptures de Barbara Chase-Riboud que le Musée de Philadelphie consacre une exposition du 14 septembre 2013 au 20 janvier 2014 “The Malcolm X Steles”, série d’œuvres abstraites réalisées dans les années soixante-dix en l’honneur du défenseur des droits civiques afro-américains. Suite à ses nombreux voyages en Chine et en Egypte, l’artiste a adopté le format de la stèle érigée en commémoration de personnages illustres. Dans ces statues monumentales de trois mètres de haut, elle emploie un language plastique inscrit dans le registre des textures opposées,  mariant métal et textiles, le bronze, indestructible et viril, combiné à la laine ou la soie tressée en cascades fluides et légères.

Fidèle à la démarche esthétique qu’elle reprendra dans ses écrits où s’expriment constamment la dualité et la complémentarité des cultures, Barbara Chase-Riboud explore ici la sculpture pour établir un point de rencontre entre différentes traditions millénaires.  Celle de l’airain et celle, plus féminine, du tissage, dans un subtil dialogue sur le métissage et l’universalité d’une création artistique qui transcende époques, nationalités, sexes ou races. Des études et dessins associés au même thème complèteront l’exposition, une quarantaine d’objets au total, en provenance des Etats-Unis et d’Europe.

Philadelphia Museum of Art

Barbara Chase-Riboud : The Malcolm X Steles

14 septembre 2013 – 20 janvier 2014

26e rue et Benjamin Franklin Parkway

(215) 763-8100

Pour plus d’informations : www.philamuseum.org/exhibitions/763.html

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