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Les sœurs Helenbeck anoblissent le street art

Galeristes et sœurs jumelles, Brigitte et Chantal Helenbeck exposent les toiles des plus grands graffeurs américains. Portraits croisés de deux femmes de l’art qui œuvrent pour la reconnaissance d’artistes en rupture de musées.

Au milieu de leur galerie d’art temporaire et des graffitis, la gémellité des sœurs Helenbeck apparaît comme une évidence. Il fallait bien être deux et parfaitement en accord pour imaginer une exposition de la trempe de Whole is in the wall, qu’elles ont tenue tout le mois de juin à Manhattan. Partant de l’idée que la galerie et le support de la toile donnent au street art son unité de valeur, Brigitte, la solaire au regard pétillant et Chantal, la lunaire d’allure plus sombre ont réussi à rassembler dans les anciens studios Splashlight les maîtres de la peinture à l’aérosol. De Blade, Crash et Jonone jusqu’aux Français Ikon et Blek le Rat, leur démarche se voulait un hommage « sur leur territoire » à ces nouveaux types d’impressionnistes. « Nous voulions donner une visibilité et de la crédibilité à ces génies de la bombe et de la couleur », explique Chantal.


Deux sœurs, un combat

Originaires de la Côte d’Azur et propriétaires de deux galeries d’art contemporain à Nice et Paris, Brigitte et Chantal Helenbeck ont tout des femmes de l’art. Élégantes et charismatiques, la cinquantaine assumée, elles revendiquent leur origine commune. « Nous sommes jumelles monozygotes (ndlr, issues d’un même œuf) », indiquent-elles. Elles épousent toutes les deux un antiquaire avant de se tourner, ensemble, vers l’art contemporain. Vivre au milieu des antiquités, c’était un peu comme vivre avec les morts, explique Chantal. À un moment, j’ai souhaité passer à la création vivante et dévoiler cette éclipse dans ma propre histoire de l’art, celle de mon quotidien. ». Acquiescement de Brigitte. « Notre intention est de montrer aux puristes la richesse, la plénitude et le rayonnement de ce mouvement américain moderne et marginalisé », explique-t-elle. Les deux sœurs décident de se jouer des codes de la culture traditionnelle et inversent les rapports de classes. Elles placent les chefs-d’œuvre des maîtres du graffiti sous les feux de leurs disciples européens influencés par ces pères de couleur issus des ghettos. Pour Brigitte, « la continuation du mouvement par une jeune génération d’artistes issus des écoles d’art en France témoigne de l’importance et de la postérité féconde du graffiti ».

Réconcilier le graffiti avec l’institution

« Nous essayons d’attirer la reconnaissance publique des Américains sur leurs artistes », ajoute Chantal. Pari en partie réussi. « Des gens non-réceptifs à l’art urbain achètent aujourd’hui ces toiles qu’ils exposeront dans leur salon », se réjouit Brigitte. Le soutien de leur travail par la ville de New York constitue aussi une avancée significative en matière de reconnaissance. Il ne faut pas oublier que le graffiti est encore largement perçu comme un acte de malveillance aux États-Unis. « Ce rejet est lié à l’histoire de New York qui a littéralement déclaré la guerre aux graffeurs de manière violente dans les années soixante », explique Chantal, spécialiste de histoire de l’art. Un contexte de répression que les sœurs Halenbeck tentent de faire oublier en intégrant le graff au circuit élitiste du marché de l’art. Militantes de l’art, elles projettent déjà de revenir sur le sol américain, pour continuer à « faire tomber les barrières entre art de rue et art légitime » et sensibiliser le regard des collectionneurs américains au graffiti. « Nous souhaitons donner à ces artistes le certificat de l’œuvre », concluent-elles.

http://www.helenbeckgallery.com/

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