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Les start-up en grogne contre le gouvernement

Les dirigeants des start-up grognent contre le projet de loi de finances qui prévoit une taxation à leurs yeux élevée sur les cessions d’entreprise et dénoncent l’Etat comme un associé “masqué”, qui n’apparaît qu’à l’heure du partage des plus-values.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux dirigeants de start-up françaises se sont joints au mouvement Geonpi (“pigeon” en verlan), qui fait le buzz auprès des entrepreneurs depuis la présentation vendredi du projet de budget 2013 et qui appelle à manifester dimanche devant l’Assemblée nationale. “Si la loi passe en l’état, elle mettra en danger l’écosystème des start-up et de l’entreprenariat en France”, a expliqué Emanuele Levi, vice-président de la start-upFrance Digitale et directeur général du fonds d’investissement 360 Capital Partners, actif dans le financement des entreprises en phase de démarrage.

Les jeunes pousses actives sur les métiers des nouvelles technologies exigent de leurs fondateurs de longues heures de travail modestement rémunérées, mais acceptées dans l’espoir de toucher le jackpot lors de la revente de l’entreprise. Or, selon M. Levi, le taux maximum de taxation pourrait atteindre 63,5% sur la cession d’une société. Même s’il existe “une certaine déductibilité”, l’entrepreneur “va probablement payer au-delà de 50% sur les plus-values” le jour où il vendra ses actions, prévient-il.

“C’est comme si vous aviez un associé masqué dans votre entreprise qui serait l’Etat. Ce n’est pas un associé de facto, car il ne participe pas aux augmentations de capital ou aux investissements de la société mais, in fine, il vous demande la majorité de la plus-value”, déplore M. Levi. “Nous prenons tous les risques financiers. Et si ça marche, l’Etat nous félicite et ne nous laisse que 30%. C’est de la spoliation”, s’indigne Gilbert Wilhelm, fondateur deMutuelle.com, un courtier de santé sur internet.

Si la loi de finances est adoptée telle quelle, plusieurs dirigeants menacent de déplacer leur start-up sous des cieux plus cléments, “le digital n’étant pas forcément rattaché à une ville ou à une autre”, comme le rappelle M. Levi. Maïa Baudelaire, de Ilovemydietcoach, une start-up spécialisé dans le conseil aux personnes qui veulent perdre du poids, confirme: “Si je devais y être contrainte pour faire vivre ma société et ne pas jeter aux cochons tous les efforts que j’ai fait, je pense que je serais très tentée” de partir à l’étranger, admet-elle.

Le projet de loi prête cependant à confusion sur les chiffres, comme le souligne le secrétaire général du syndicat Solidaires Finances publiques (ex-Syndicat national unifié des impôts), Vincent Dreze. “Le taux de 60% est virtuellement vrai sur une année, factuellement faux la seconde année, parce qu’une part des prélèvements sociaux est diminuée”, assure-t-il. “Le chiffre est spectaculaire, mais en réalité il est largement atténué”, soutient-il. Ces explications n’empêchent pas les start-up de tirer la sonnette d’alarme et d’avertir des dangers pour la création d’entreprises en France.

Syntec numérique, la chambre professionnelle des sociétés de conseil et de services informatiques, qui regroupe 1 200 entreprises, dont 300 jeunes pousses, appelle à une concertation “urgente” avec le gouvernement pour éviter une hausse de la fiscalité, qui “obère l’avenir de l’entrepreneuriat innovant dans notre pays”. Cependant, en plein débat lancé par Geonpi, certaines voix discordent, comme celle de Thibaud Cainne, de Yesibank. Pour lui, avant de parler de taxe sur les ventes de société, il conviendrait de faire pression sur le gouvernement pour qu’il lève les obstacles à la création d’entreprises. “Les pigeons se trompent de cible”, juge-t-il. “Ce n’est pas sur la taxe sur les ventes de la société qu’il faut s’énerver. Payer des impôts, c’est normal. Ce qui l’est moins est de ne pas pouvoir embaucher, lever de l’argent et avoir des aides de l’Etat comme on le veut”, affirme-t-il.

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