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Les vies téléchargeables de Stephan Crasneanscki

Stephan Crasneanscki collectionne les vies comme d’autres les œuvres d’art. Artiste pluridisciplinaire et foisonnant, voyageur insatiable, entrepreneur à succès, ce trentenaire décontracté, établi à New York depuis plus de 10 ans, a créé « Soundwalk », une société de production qui développe – entres autres projets – des parcours sonores urbains, à la frontière de l’art et du jeu de rôle.

Soundwalk produit des films sonores dont vous êtes le héros. La société, créée en 1998 à New York par le Français Stephan Crasneanscki, vous invite à vous glisser, une heure durant, dans la peau de quelqu’un d’autre pour (re)découvrir en insider un lieu, une ville ou un quartier. Elle décline désormais le concept à travers le monde en une trentaine de parcours mp3 à télécharger.

Ses premiers Soundwalks, Stephan Crasneanscki, alors étudiant en histoire de l’art à la New York University, les imagine à force de faire visiter à ses amis de passage à New York le quartier du Lower East Side, où il habite. « Je me suis rendu compte, que je les faisais toujours passer par les mêmes endroits » explique-il. « Au lieu d’y aller avec eux, je me suis mis à décrire le parcours sur une bande son, en temps réel et avec un mix musical qui correspondait à mon sens à l’ambiance du lieu. Les rues, sur ma bande son, devenaient cinématographiques. »

L’idée est de brouiller les pistes entre le réel et la fiction. Crackhouses, squats, maisons closes… Au début des années 2000, le sud de New York est encore une zone de quasi non droit et en même temps un formidable incubateur de création, le lieu idéal pour les mises en scène les plus extrêmes. « Dans les premiers parcours, on a poussé la limite assez loin. Par exemple à Chinatown, je faisais rentrer les gens dans des fumeries d’opium, des sweat shops, des salles de jeu clandestines, » continue Stephan Crasneanski. « On met le visiteur face à une prise de décision. On lui révèle les passages, on lui donne le code d’entrée de la porte, mais c’est finalement à lui de décider s’il veut ou non la pousser… » Un jeu dangereux ? « C’est vrai qu’on s’est dit qu’on aurait pu avoir des problèmes, mais tout s’est toujours bien passé. » Soundwalk décline quand même toute responsabilité.

New York devenue plus riche et policée, n’offre plus tout à fait aujourd’hui le même terrain de jeu aux expériences de Soundwalk, mais Stephan Crasneanscki n’est pas un nostalgique. « Bien sûr ce n’est plus le même esprit frondeur, mais les parcours restent une expérience inédite. Pendant une heure, on vit dans la peau de quelqu’un d’autre et on découvre la ville autrement, » le quartier de Williamsburg sous la kippa d’un rabbin, le sud du Bronx dans les baskets de Jazzy Jay, ou Little Italy dans la chemise un peu mafiosa de Vinny Vella…

La grande force de Soundwalk c’est d’avoir convaincu des artistes d’exception : Paul Auster dans le quartier dévasté de Ground Zero, Matthew Broderick à Bryant Park, Jeanne Moreau pour l’habillage sonore du Chanel Mobile Art, ou Lou Doillon dans le quartier de Pigalle à Paris… la liste est longue des talents qui ont un jour prêté leur voix et leur univers aux visions sonores de Stephan Crasneanscki.

Avec la création des mp3 et la généralisation des « smart phones », le concept Soundwalk a par ailleurs pris une nouvelle dimension économique : « C’est un peu comme si on avait inventé le film avant que n’existe la salle de cinéma. Imaginez, vous partez sur un coup de tête en week-end dans une ville, et vous n’avez qu’à télécharger votre parcours depuis le train… »

L’ère numérique a fait de l’expérience artistique de Soundwalk un trésor marchand, et les marques les plus prestigieuses se battent aujourd’hui pour y associer leur nom. Le dernier né des Soundwalks, un triptyque chinois, en collaboration notamment avec Gong Li et Michael Galasso, a été entièrement financé par LVMH. Un autre projet actuellement en développement avec le Français Orange devrait l’année prochaine exporter le concept Soundwalk dans 25 villes d’Europe. On devrait entre autres y découvrir le Madrid noctambule de Pedro Almodovar ou le Berlin déglingué de Werner Herzog…

Stephan Crasneanscki travaille par ailleurs actuellement à d’autres projets de conceptions sonores sophistiquées (« Je suis en train de créer 24 heures de son en continu pour l’iPhone personnel de Philippe Starck »), ou plus énigmatiques (« On va faire parler les meubles du Royal Monceau à Paris). Il revient également régulièrement à la photographie, son premier amour. « Le son et la photographie requièrent les mêmes qualités de précision, la même économie. » Il vient de signer la photographie sur le dernier album de Coldplay ou sur les derniers travaux de Yoko Ono.

« J’ai eu la chance de pouvoir travailler ici avec tous les artistes qui m’ont inspiré, » explique Stephan Crasneanscki. « À New York, les gens, même très établis, sont bien plus accessibles qu’ailleurs. La ville t’adopte immédiatement lorsque tu es jeune et plein d’énergie. Mais elle peut aussi te rejeter cruellement quand tu n’es plus capable de suivre le rythme. »

La ville faustienne lui a pour l’instant tout donné. C’est peut-être pour cela que, malgré lui, il n’arrive pas à la quitter. « Cela fait 10 ans que je n’ai pas défait mes valises. Je ne me suis jamais décidé à m’installer ici. J’ai vécu partout, dans tous les quartiers, et je me dis que je pourrais en repartir n’importe quand. En attendant, je squatte. »

Infos pratiques :

www.soundwalk.com/

www.stephancrasneanscki.com/

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