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Les vignerons nouveaux sont arrivés

Extrait de France-Amérique n°14 spécial Food & Wine, du 20 novembre au 6 décembre 2007

Le Beaujolais nouveau arrive le 15 novembre. Visite chez les producteurs du Beaujolais qui pratiquent la culture raisonnée en bichonnant leur Gamay.

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Quoi de neuf depuis les années glorieuses du Beaujolais Nouveau ? Dans un secteur en crise de jeunes vignerons choisissent de travailler dans une logique autre que celle du marketing à outrance, tout en continuant d’exploiter les parcelles de leurs aïeux.

Ils ont pour la plupart poursuivi des études, voyagé ou fait de la musique, mais tous ont choisi de travailler la vigne comme le faisaient leurs grands-pères : à l’écoute de la nature. Biologique, biodynamique ou lutte raisonnée, peu importent les termes, ces nouveaux vignerons sont réactifs à ce que leur disent les éléments naturels et agissent en conséquence sur leur vigne.

Au sud de la région du Beaujolais, à Saint-Étienne-la-Varenne, Jean-Claude Lapalu a franchi le pas de la viticulture biologique : « il a fallu tout oublier de mon école viticole pour repenser autrement » et d’expliquer que dans l’agriculture biologique, on a droit à tout sauf aux produits de synthèse. « Je suis persuadé que la lune a de l’influence sur les plantes. Quand mes grands-pères n’avaient pas les moyens physiques de filtrer du vin, le jour de la mise en bouteille était un jour précis sur le calendrier, mais ils ne savaient pas pourquoi. Moi aujourd’hui, je me sers de ça ». En dix ans, il a vu évoluer le nombre d’espèces de plantes :
« Après un désherbage chimique, on était à 3, 4 plantes, et maintenant on est à 40, 50 plantes différentes ». Il a gardé son vieux tracteur et laboure peu profondément, cela permet de faire plonger des racines dans le sol, pour aller chercher le côté minéral du vin : « j’ai envie de faire un vin qui ressemble au petit coin de terre sur lequel il a poussé ».

Avec sa femme, il cultive douze hectares, du Beaujolais Villages ainsi que deux crus, Côte de Brouilly et Brouilly, et sort 60 000 bouteilles par an qu’il exporte au Japon, aux États-Unis et tente un nouveau marché avec les Philippines. Son Tentation Beaujolais Villages 2006 est un vin de casse-croûte et son Brouilly La Croix des Rameaux, à déguster avec une bonne côte de bœuf.

Dans le petit village de Morgon-Villié, la jeune Claude-Emmanuelle Desvignes a repris l’affaire familiale. Avec son frère,ils cultivent 13 hectares, uniquement du Morgon et pratiquent une vinification traditionnelle, faites de grappes entières, dans des cuves en ciment. C’est elle qui est « le nez » de la famille. Quand on lui parle de biodynamie, la jeune femme, tout juste maman, fait la moue : « on n’a pas envie de rentrer dans un argument de marketing » et préfère parler de lutte raisonnée : « on réfléchit, on observe et on adapte ». Mais son bébé à elle, c’est ce Morgon Roche Noire 2005, plus tanique, qu’elle commercialise dans une bouteille bordelaise. Claude-Emmanuelle a passé plusieurs mois chez un caviste de Long Island et depuis, une fois par an, le frère et la soeur viennent à New York faire la promotion de leurs vins de demi-garde, Côte de Py et Morgon Javernières. « Quand on ramasse une grappe, il faut qu’elle soit belle, entière, nous, on vendange à la main ».

Dans la cave de Ghislaine et Patrick Péchard, nous sommes hors du temps. Au milieu d’un bric-à-brac de coupes remportées dans les comices agricoles et de vieux outils, les clients, les amis ou les voisins se retrouvent pour un mâchon fait de fromage et de saucisson, où les moucherons font partie de l’ambiance. Cette petite fille de vigneron est intarissable : « le vignoble est en pleine transformation, on a arraché un plant sur six. Le Gamay a besoin d’être resserré, si vous lui laissez de l’espace, il devient fou, il faut arriver à le maîtriser ». Pourtant, ils ne font pas de biodynamie, n’ont pas l’étiquette bio non plus : « on fait ce qu’il faut pour nos vignes, on ne met pas d’engrais, cette année on n’a fait que six traitements au lieu d’une moyenne de huit ou neuf ». Et Ghislaine de faire goûter sa Cuvée Canicule 2005, qui a passé douze mois en fûts de chêne.

Au pays des Pierres Dorées, près de Villefranche, un faux air de Leslie Caron, Martine Chermette et son mari oenologue Pierre-Marie, exploitent le domaine du Vissoux, l’un des plus réputés. Ils auront mis des années à parier sur une vinification beaujolaise traditionnelle semi-carbonique grâce à laquelle leur terroir donne des cuvées très personnalisées. Sur 30 hectares, ils produisent du Beaujolais mais aussi des crus, du Fleurie, Moulin-à-Vent et
Brouilly, dont la moitié part à l’export, et est commercialisée aux Etats-Unis par Peter Weygandt. Grâce à la biodynamie, Bruno Debize vendange 15 jours plus tard que les
autres. À la tombée de la nuit, il prend son vélo pour nous emmener devant une parcelle fraîchement labourée. Depuis 1999, il a passé toutes ses parcelles, cinq hectares en tout, en biodynamie : « J’ai beaucoup lu, j’écoute mon terroir. Pour mes vignes, je ne veux pas d’herbe sous les ceps, et je la veux maîtrisée au milieu des rangs. Finalement, on revient à ce que disaient les vieux ».

Rendez-vous pour la fête des crus du Beaujolais le dernier week-end d’avril à Charentay.

Carnet d’adresses

www.beaujolais.com

Martine et Pierre-Marie Chermette
Domaine du Vissoux, 69620 Saint-Vérand
www.chermette.fr

Claude-Emmanuelle Desvignes
Domaine Louis Desvignes, 135, rue de la Voûte, 69 910 Villié-Morgon
http://www.louis-claude-desvignes.com

Jean-Claude Lapalu
Le Fourque, 69460 Saint-Étienne-la-Varenne
Tél. 011 33 (4) 74 03 50 57

Ghislaine et Patrick Péchard
Domaine Tano Péchard, Aux Bruyères, 69430 Régnié-Durette
http://domainetanopechard.free.fr/index.htm

Bruno Debize
Apinost, 69210 Bully
Tél. 011 33 (4) 74 01 03 62

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