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“L’espion du président”

Un livre consacré au puissant patron du renseignement intérieur français, Bernard Squarcini, l’accuse d’être “instrumentalisé” par l’Elysée, ce qu’il a contesté en affirmant n’être “l’espion de personne”.

Dans “L’espion du président” (Editions Robert Laffont), à paraître jeudi, les journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dressent un portrait au vitriol du numéro un de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), un proche de Nicolas Sarkozy, à partir de témoignages le plus souvent anonymes. Ils lui reprochent d’avoir créé à la DCRI un groupe “d’opérations spéciales” capable de “rentrer n’importe où”.

“Je ne suis l’espion de personne”, a réagi M. Squarcini. Pour lui, parler d’une dérive en police politique ou évoquer des écoutes de personnalités politiques, forment “une présentation insultante pour tous les fonctionnaires de la DCRI”.

Pour les auteurs, M. Squarcini, mis en examen en octobre dans l’affaire des “fadettes”, est au “service de l’Elysée” et “instrumentalisé” par Nicolas Sarkozy. Il a été, selon des sources policières, son homme lige durant la campagne présidentielle de 2007 pour “déminer les pièges et les affaires” telles le scandale Clearstream. En retour, le président l’a installé en 2008 à la tête de la DCRI, un super service de renseignement intérieur. M. Squarcini, considéré par ses pairs comme un “as” en la matière, y a “fait ses preuves” notamment “dans la lutte antiterroriste”, selon les mêmes sources policières, pour qui il a un “sens inné du renseignement”, tout “en diplomatie sous ses rondeurs de Corse fier de ses origines”.

Ce n’est pas la thèse des auteurs. La DCRI, affirment-ils, est un “outil dévoyé pour servir un camp et des intérêts” citant à l’appui anecdotes, témoignages et exemples. M. Squarcini le réfute: soulignant que la DCRI comprend des “fonctionnaires avec des opinions politiques et syndicales différentes”, il ne voit “pas comment (elle) peut être un service de renseignement instrumentalisé au service du pouvoir”.

“Comédien”

Les journalistes évoquent longuement l’existence en son sein d’un groupe “d’opérations spéciales” – la sous-division R – ne “figurant pas dans (son) organigramme” et “capable de rentrer n’importe où”. Une “quinzaine d’hommes rompus aux ouvertures indolores de portes, à la sonorisation d’appartements” ou la “pose de balises sous les voitures”, écrivent-ils. “Tout (y) est permis à condition de ne pas se faire piquer”, dit l’un de leurs interlocuteurs.

Le livre décortique également les relations de M. Squarcini avec l’énigmatique homme d’affaires Alexandre Djouhri, avançant l’hypothèse d’un “pacte secret” entre les deux hommes. Il revient sur l’affaire des rumeurs sur le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni auxquelles la DCRI s’était intéressée en 2010 dans le cadre de sa mission de “sécurité des institutions”, comme l’avait déclaré à l’époque le “Squale”, surnom du patron du renseignement dans la police.

C’est un “formidable comédien”, selon l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, autre proche du président, dont les propos sont rapportés dans le livre. “A chaque réunion” place Beauvau, raconte M. Hortefeux, “il nous disait ce qu’il voulait” sans “moyen de vérifier si c’était vrai ou faux”.

La DCRI, née de la fusion de l’ancien contre-espionnage français, la DST, et des Renseignements généraux (RG), est un chantier du président de la République destiné à rompre avec les “barbouzeries” et autres “cabinets noirs” parfois prêtés aux RG.

Elle a été, à plusieurs reprises, sous le feu des critiques et M. Squarcini a été mis en examen, en octobre 2011, dans l’affaire d’espionnage téléphonique d’un journaliste du Monde.

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