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L’euro est mort, vive l’Europe !

2 200 000 000 000 d’euros. Si vous peinez à lire ce chiffre, c’est normal. Il est encore plus difficile de concevoir que cette somme de 2,2 billions d’euros ne sera pas suffisante pour résoudre le problème de la dette européenne.  Début août 2012, cette somme a été mise à disposition par le mécanisme européen de stabilité (MES) et le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour l’Espagne, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, Chypre et le Portugal afin de les aider à rembourser leurs dettes souveraines. Ces fonds n’ont pas encore tous été utilisés mais si tous ces pays venaient à faire faillite, cela représenterait une perte de 771 milliards d’euros pour certains contribuables européens.

Les mesures mises en place pour contenir la crise mettent en évidence l’incapacité de notre modèle économique “libéral financier” à trouver une solution sans l’apport des liquidités des gouvernements de l’Union Européenne. Ces mesures éprouvent aussi les limites de l’efficacité des politiques d’inspiration keynésienne. Les gouvernements européens peinent à convaincre les marchés financiers de leur cohérence et de leur crédibilité. Quand, en décembre dernier, Mario Draghi a déclaré devant des députés européens “Nous avons un pacte budgétaire (…). Nous devons revenir en arrière et faire un pacte de croissance”, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) autorisait implicitement les gouvernements des 27 États membres de l’Union à s’éloigner du pacte de stabilité et de croissance (PSC) jugé inadapté pour traiter les symptômes de la crise à un niveau national, en raison des objectifs chiffrés et des directives rigides définis pour l’ensemble de la zone euro.

Parallèlement, la ratification du pacte budgétaire européen qui entrera en vigueur le 1er janvier 2013 permettra une meilleure surveillance des pays de l’Union, puisqu’ils auront l’obligation légale de maintenir une discipline budgétaire sous peine de sanctions. Après la carotte, le bâton. Le nouveau traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), donnera un cadre institutionnel à la BCE, lui permettant d’élargir son rôle de prêteur en dernier ressort. Mario Draghi se fait aussi le défenseur de la mise en place d’une union bancaire européenne, un changement institutionnel indispensable pour minimiser l’aléa moral auquel la BCE est exposée en finançant des emprunteurs pouvant faire défaut. Certains applaudissent l’élargissement du mandat de la BCE qui pourra racheter directement les dettes souveraines et privées des États, les rendant ainsi solvables et leur évitant la faillite, tandis que d’autres cautionnent la légalisation de la monétisation des dettes du “Club Med” (les pays de l’Europe du sud) par les pays de l’Europe du nord.

Cette absence de consensus perceptible au sein des banques centrales européennes sur le bien-fondé d’un élargissement du mandat de la BCE alimente la volatilité et la spéculation sur les marchés financiers. Euphorie et dépression se suivent et affectent considérablement les rendements des taux de référence. Ainsi, l’emprunt espagnol à dix ans a baissé de 91 points de base (près de 1% !) en quelques secondes après les déclarations de M. Draghi indiquant l’achat possible de dettes espagnoles par la BCE, au grand dam de la Bundesbank soucieuse d’épuiser le stock de titres qu’elle peut vendre pour financer de nouveaux prêts à l’Eurosystème.

Pour résoudre la crise de la dette tout en préservant l’euro, M. Hans-Werner Sinn, Président du CESifo (un centre de recherche économique basé à Munich), propose de reconnaître qu’en l’absence de réalignement des prix dans les pays en crise, les opérations de sauvetage se poursuivront indéfiniment. L’Espagne a besoin de voir ses produits devenir 20% moins chers pour redevenir compétitive et cela est impossible sans dépréciation réelle de sa monnaie et baisse des salaires. Ces deux objectifs entraîneraient un coût social très douloureux pour les pays débiteurs et un coût financier également très douloureux pour les pays créanciers de la zone Euro.

Afin de sortir de l’impasse, M. Sinn propose une “union monétaire ouverte” dans laquelle les pays membres en difficulté pourraient temporairement faire usage d’une monnaie propre, tout en restant juridiquement rattachés à l’Union Monétaire Européenne. Ce mécanisme comprendrait des contrain-tes budgétaires réellement applicables et ce seraient les marchés et non la BCE qui établiraient les primes de risques. Simultanément, l’intégration européenne fiscale et règlementaire devrait être poursuivie avec zèle. Pour sauver l’euro, il faudrait pouvoir s’en écarter.

Isabelle Delalex est chargée de cours en finance et économie à l’université de Pace et de Columbia de New York, après avoir été analyste et directrice de recherche dans le secteur bancaire.

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