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L’ex-comptable de Liliane Bettencourt met en cause Eric Woerth et Nicolas Sarkozy

L’affaire Bettencourt a franchi mardi un nouveau cap mettant en difficulté Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, avec les déclarations de l’ex-comptable de la milliardaire sur un possible financement politique illégal, vivement démenties par l’Elysée et le ministre du Travail.

Dans un entretien à Mediapart, Claire T., qui a travaillé pendant 12 ans pour l’héritière de L’Oréal avant de quitter son poste en novembre 2008, assure que M. Woerth a reçu 150.000 euros en liquide au printemps 2007, en tant que trésorier de l’UMP, pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

L’ex-comptable affirme aussi que Nicolas Sarkozy, quand il était maire de Neuilly de 1983 à 2002 et “un habitué” de la table des Bettencourt, “recevait aussi son enveloppe”. “Tout le monde savait dans la maison que Sarkozy aussi allait voir les Bettencourt pour récupérer de l’argent”, souligne-t-elle.

“C’est totalement faux”, a répliqué l’entourage de M. Sarkozy. Evoquant cette affaire à mots couverts lors d’un déplacement en Seine-et-Marne, le président a dénoncé la “calomnie qui n’a qu’un seul but, salir sans aucune espèce de réalité”.

Faisant écho à son entourage selon lequel “tout cela est faux”, M. Woerth a souligné qu’il n’était “pas question” pour lui de “démissionner pour donner raison à ceux qui (l’)attaquent”. “Mon parti n’a pas reçu un euro illégal”, a-t-il dit, ajoutant: “Ca suffit! Ca fait huit ans que je suis trésorier. On ne peut rien me reprocher”.

Le maximum de dons autorisés par la loi sur le financement des partis politiques est de 7.500 euros par an pour un parti et de 4.600 euros pour un candidat à une élection.

Selon l’ex-comptable, Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de la milliardaire de 87 ans et “celui qui +s’occupait+ des politiques”, lui a demandé “fin mars 2007” de retirer “une somme trois fois supérieure à l’habitude, à savoir 150.000 euros”.

“M. de Maistre conteste formellement les allégations mensongères” de Claire T., a indiqué Me Pascal Wilhelm.

L’ex-comptable, qui disposait d’un accréditif pour retirer en liquide 50.000 euros par semaine, raconte n’avoir retiré que 50.000 euros pour ce versement, remis “à Liliane Bettencourt, qui, dit-elle, a ensuite donné l’enveloppe à Maistre, devant moi”.

Claire T. assure que “les policiers pourront vérifier” ses déclarations sur les carnets de caisse qu’elle dit avoir rendus à Mme Bettencourt à son départ fin 2008.

Les 100.000 autres euros ont été sortis d’un compte en Suisse à l’initiative de M. de Maistre, selon Claire T., qui poursuit: “Maistre m’a dit qu’il allait très vite dîner avec Eric Woerth afin de lui remettre, +discrètement+ comme il m’a dit, les 150.000 euros. Et le dîner a bien eu lieu très rapidement…”

Confirmant ces propos, son avocat Me Antoine Gillot a indiqué que l’ex-comptable avait fait les mêmes déclarations lundi à la police.

Près de trois semaines après la divulgation d’enregistrements clandestins de conversations entre Mme Bettencourt et ses proches, ce nouveau rebondissement accentue la tourmente autour de ce dossier devenu affaire d’Etat.

Des figures de la majorité ont pressé M. Sarkozy de s’exprimer sur cette affaire. Le président “réfléchit à une intervention”, selon plusieurs membres de l’UMP.

Pour le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer (UMP), on est “entré dans un mécanisme dangereux” avec un “véritable feuilleton”, mais il faut aller “jusqu’au bout de la transparence”.

Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés PS, a dénoncé le fait que l’exécutif et l’UMP “ne voulaient pas” de la création d’une commission d’enquête sur l’affaire Bettencourt/Woerth avant le 14 juillet.

“Cette fois-ci, ça sent très mauvais! Le chef de l’Etat doit rendre des comptes”, a estimé le président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon.

 

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