Subscribe

L’Holocaust Memorial Museum, vingt ans au service de la mémoire

Le U.S. Holocaust Memorial Museum de Washington D.C. a célébré le 29 avril ses vingt années d’existence. En janvier, l’Etat français a signé un accord de coopération avec ce musée et un fonds d’archives françaises de 70 000 documents a été transmis à l’institution.

Depuis son ouverture en 1993 pour honorer la mémoire des victimes et des survivants de l’Holocauste, le musée a connu un succès indéniable. Il a accueilli plus de 35 millions de visiteurs. Un tiers du public provient des écoles et, selon le musée, 90% du public serait non juifs.

L’idée d’un musée américain consacré à la mémoire de la Shoah remonte au 1er novembre 1978, avec la création par Jimmy Carter de la President’s Commission on the Holocaust. Le Congrès vote en 1980 la création d’un musée. Le gouvernement fédéral met ensuite à disposition un terrain adjacent au National Mall pour la construction de l’édifice. Une portion de la 15e rue, où s’élève aujourd’hui le bâtiment, est ensuite baptisée “Raoul Wallenberg Place” afin d’honorer ce diplomate suédois responsable du sauvetage de nombreux Juifs en Hongrie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

843 survivants de l’Holocauste et une centaine de vétérans ayant participé à la libération des camps de concentration européens ont assisté à la cérémonie d’anniversaire, le 29 avril. Le musée a choisi comme thème never again (“plus jamais ça”). Le président de la fondation du musée, l’auteur rescapé d’Auschwitz Elie Wiesel, 84 ans, s’est adressé à la jeunesse : “Notre mémoire vivra à travers la vôtre, a-t-il déclaré. Souvenez-vous, jeunes gens, que vous avez un idéal (…), l’idéal de sauver ce que le passé renferme pour le futur”. Pour l’ancien président Bill Clinton, également présent, “le mémorial de l’Holocauste sera notre conscience, aujourd’hui et pour toujours”.

Un centre pour la recherche en Histoire

Le musée de l’Holocauste met en avant sa mission éducative : un tiers des visiteurs est constitué de scolaires. C’est aussi un lieu majeur pour la recherche historique, doté d’une importante collection d’archives. Plus de 65 millions de pages documentant la période sont accessibles au public. Le musée reproduit des blocs d’archives européennes et d’autres pays ayant accueilli des réfugiés juifs. Ces copies permettent un plus grand accès à la connaissance tout en préservant les différents fonds d’archives, parfois très fragiles. Quelques documents originaux sont aussi conservés, provenant de donations de particuliers. Chaque année, le musée délivre une trentaine de bourses d’études afin de permettre aux chercheurs de faire des études comparatives entre les pays.

Les coopérations avec le musée américain se font plus ou moins aisément selon les Etats. Certains sont ouverts à la reproduction de leurs fonds (plus de 100 000 pages ont été reproduites des archives du Vatican, pour une période s’étalant jusqu’en 1938), d’autres sont plus difficiles, comme la Belgique, ou n’autorisent aucun accès, comme la Turquie.

Coopération historique

“Le musée dispose d’un partenariat exceptionnel de coopération avec la France”, assure l’historien Radu Ioanid, spécialiste de la Shoah en Roumanie et en charge au musée des accords archivistiques avec les différents Etats. L’institution a travaillé à de nombreuses reprises avec les archives nationales, le ministère de la Défense et sa section des anciens combattants, ainsi que le ministère des Affaires étrangères. Une majorité des archives du Commissariat général aux questions juives a été copiée, à l’exception des dossiers individuels. Le musée de l’Holocauste cherche à copier des dossiers entiers, sans les fragmenter.

Le musée a signé un nouvel accord de coopération pour dix ans avec la France, le 15 janvier dernier. Cet accord entre un musée américain et l’Etat français est unique. Le 27 février, un disque dur contenant 70 000 pages numérisées depuis les archives du Ministère des Affaires étrangères a été remis à Sara Bloomfield, directrice du musée. L’ambassadeur de France François Delattre n’a pas pu se rendre à la cérémonie, retenu à Paris par la visite du secrétaire d’Etat John Kerry. L’ambassade de France à Washington a été représentée par Frédéric Doré, chargé d’affaires.

Courriers, notes administratives et rapports

Les fonds d’archives transmis au musée concernent principalement la situation des Juifs dans les protectorats français du Maroc et de la Tunisie au cours des années 1930 et 1940. De multiples courriers officiels ou internes, notes administratives et rapports mettent en lumière l’évolution du traitement par les autorités de Vichy de cette communauté, ainsi que les différentes organisations qui la structuraient. Le musée ne possédait pas jusqu’à présent de fonds conséquents pour l’Afrique du Nord. M. Ioanid s’attendait à des obstacles de la part de la CNIL. La coopération s’est finalement faite sans aucune difficulté ni restriction. Pour l’accès aux documents portant atteinte à la sûreté de l’Etat ou à la vie privée des personnes, le délais des 50 années à compter de la date du document est en effet dépassé. Ces archives sont maintenant accessibles à tous sur place. Avant la remise des documents, deux universitaires s’étaient déjà déclarés intéressés.

Cet aspect peu connu du travail diplomatique s’inscrit dans la continuité de la protection de la mémoire de la Shoah. La transparence de la part du MAEE permet de poursuivre le dialogue entre l’ambassade et les associations juives des Etats-Unis. La sincérité de la France sur son histoire est parfois attaquée par certains groupes militants américains. Ce type de coopération est aussi un moyen de répondre aux associations qui perçoivent encore l’Etat Français comme trop laxiste dans sa lutte contre l’antisémitisme. “La France considère le devoir de mémoire et la lutte contre l’antisémitisme comme une composante essentielle de sa politique étrangère en matière de droits de l’Homme”, avait ainsi déclaré François Hollande en juillet 2012.

United States Holocaust Memorial Museum
100 Raoul Wallenberg Place, SW
Washington, DC 20024-2126

Ouvert tous les jours excepté Yom Kippur (14 septembre 2013) et Noël, de 10h à 17h20

http://www.ushmm.org/

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Le musée troublant de 2Fik à Washington D.C.Le musée troublant de 2Fik à Washington D.C. Les photos de l'artiste franco-québécois d'origine marocaine 2Fik (prononcer "Tou-fik"), sont à découvrir jusqu'au 28 juin à la Maison française de l'ambassade de France de Washington D.C. […] Posted in Culture
  • 50 tableaux français exposés au MET Cinquante tableaux français de la Wheelock Whitney Collection sont exposés au Metropolitan Museum of Art (MET) de New York, jusqu'au 21 avril 2013. "Je cherche à suivre la nature en […] Posted in Culture