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L’identité nationale à la sauce soixante-huitarde

Sous le voile de la comédie politico-romantique, Le Nom des Gens de Michel Leclerc met à mal le débat sur l’identité nationale du gouvernement Sarkozy, qui a surpris la communauté internationale.

Le Nom des Gens (The Names of Love) repose sur la liaison amoureuse de la carpe et du lapin. La carpe, c’est Baya Benmahmoud, la fille extravertie d’un immigré algérien et d’une militante gauchiste forte en gueule, adepte des mariages blancs. Le lapin, c’est Arthur Martin, fils d’un catholique et d’une survivante de la Shoah. A eux deux, ces êtres incarnent l’image d’une France métissée dont rêve la jeune femme à l’idée de l’engagement très personnel. En guerre contre « les fachos », elle n’hésite pas à coucher avec ses ennemis politiques pour les convertir aux idées de gauche.

« L’idée de départ, c’était de plonger un personnage soixante-huitard et fantaisiste, Baya, dans une époque angoissée par son passé et son futur. Son activisme joyeux fait jaillir tous les non-dits du placard », explique le réalisateur Michel Leclerc. Antisémitisme, racisme, négationisme. Ces fléaux toujours présents font froid dans le dos. Comme lorsque la mère d’Arthur, qui a lutté toute sa vie pour oublier la déportation de ses parents, se fait violemment rabrouer par une employée de la mairie qui lui hurle dans les oreilles : « Est-ce que vous êtes bien française, madame Martin ? », au moment de refaire ses papiers d’identité.

Car derrière l’apparente comédie gauchiste et bon enfant, Le Nom des Gens s’attaque à de lourds sujets d’actualité, tels que la résurgence du communautarisme, le débat autour de l’identité nationale ou la question de la laïcité avec le port du voile. Ancré dans la réalité sociale, le film pose la vraie question de notre rapport aux origines, doù son titre original, Le Nom des Gens – bêtement traduit par The Names of Love, sans doute plus vendeur, pour la sortie aux US.

Les vertus thérapeutiques du rire

Comme les films de Woody Allen, Le Nom des Gens soulève beaucoup de questions de société: qu’est-ce que l’intégration dans une société pluri-ethnique ?  Qu’est-ce qui définit notre identité en société ? On songe à Annie Hall… « Ce film est le fruit de nos obsessions personnelles qui ont rencontré les obsessions nationales, explique le réalisateur, qui a coécrit l’histoire avec sa compagne Baya ­Kasmi. Comme Woody Allen a l’élégance de ne pas emmerder les gens avec ses angoisses, je trouve aussi important d’amuser le spectateur. Il faut savoir parler de son nombril sans tomber dedans. »

« Indignez-vous! » , semble dire le film sur fond d’humour humaniste, volontairement caricatural. Un conseil cathartique à l’heure où enfle en France la polémique sur la remise en cause du droit à la binationalité. « En France aujourd’hui, on doit pouvoir être libre de croire ou ne pas croire, de porter un nom juif et choisir de ne pas être juif, d’avoir un nom maghrébin et ne pas être musulman, d’être Français et Arabe à la fois ». Quid d’un remake hollywoodien ? « Dans un pays où le president jure sur la Bible, il y serait surtout question de religion. Et Baya voudrait certainement coucher avec Sarah Palin ! »

Infos pratiques:

The Names of Love (Le Nom des Gens) de Michel Leclerc – César du meilleur scénario original et César de la meilleure actrice pour Sara Forestier à la cérémonie des César 2011 – sort à New York et Los Angeles le 24 juin. Avec Sara Forestier (Baya Benmahmoud), Jacques Gamblin (Arthur Martin), Zinedine Soualem (Mohamed Benhmamoud, le père de Baya), Jacques Boudet (Lucien Martin, le père d’Arthur), Carole Franck (Cécile Benhmamoud, la mère de Baya), Michèle Moretti), (Annette Martin, la mère d’Arthur) et Lionel Jospin dans son propre rôle, en guest-star.

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